La consolidation des droits numériques et de la liberté d’expression était au cœur d’un atelier de réflexion organisé jeudi 11 mars 2026 au Chant d’Oiseau à Cotonou par Internet Sans Frontières, en partenariat avec l’Union des Professionnels des Médias du Bénin (UPMB). La rencontre a réuni journalistes, représentants d’institutions publiques, acteurs de la société civile et spécialistes du numérique autour de la mise en œuvre des recommandations issues du Conseil des droits de l’homme des Nations unies dans le cadre de l’Examen Périodique Universel (EPU).
L’atelier vise notamment à permettre aux participants de mieux s’approprier les recommandations liées aux droits numériques, à identifier des bonnes pratiques pour leur mise en œuvre et à réfléchir à des mécanismes efficaces de suivi.
Selon les organisateurs, il s’agit également de créer un cadre de dialogue entre autorités publiques, professionnels des médias, blogueurs et organisations de la société civile afin d’assurer un suivi effectif des engagements pris par le Bénin sur la scène internationale.
L’importance de la liberté des médias
Dans son allocution d’ouverture, le Responsable Afrique de l’ouest de Internet Sans Frontières a rappelé que la liberté de la presse constitue un pilier fondamental de la démocratie. « Elle garantit à la fois le droit d’informer et celui d’être informé sans censure ni représailles », a déclaré Qemal Affagnon, soulignant qu’elle contribue aussi au pluralisme, à la transparence et au contrôle citoyen de l’action publique.
L’organisation a précisé qu’il s’agit du troisième événement consacré à cette thématique, après deux ateliers organisés précédemment avec les députés de la neuvième législature.
Une situation encore fragile pour les journalistes
La communication inaugurale ouvrant les travaux de groupe a été assurée par le président de l’UPMB. Hervé Hessou a dressé un état des lieux de la protection de la liberté d’expression et des droits numériques au Bénin, deux ans après les recommandations issues de l’EPU.
Selon lui, si certaines avancées ont été enregistrées, la situation reste fragile. Il a notamment rappelé que le Bénin avait accepté une recommandation visant à garantir le droit des journalistes d’informer sans crainte de représailles.
Cependant, plusieurs défis persistent, notamment la coexistence du Code de l’information et de la communication et du Code du numérique, deux textes qui encadrent différemment l’activité des médias et l’usage des technologies de l’information.
Cette situation peut créer des zones d’ambiguïté, notamment lorsque des journalistes s’expriment sur les réseaux sociaux ou en dehors du cadre strict de leurs organes de presse.
Le Code du numérique au centre des débats
Les discussions ont également porté sur la loi n°2017-20 portant Code du numérique. Lors du quatrième cycle de l’EPU, plusieurs États avaient recommandé au Bénin de revoir certaines dispositions de ce texte jugées susceptibles de restreindre la liberté d’expression.
Si le gouvernement béninois s’est engagé à adapter son cadre juridique, les organisateurs estiment que certaines dispositions continuent de susciter des préoccupations.
Plusieurs institutions ont pris part aux échanges, notamment la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC), représentée par Ghislaine Olga Gnimassou, , le Centre National d’Investigations Numériques (CNIN), représenté par Rodolphe Adjaïgbé et l’Autorité de Protection des Données à Caractère Personnel (APDP).
Les participants ont souligné la nécessité de renforcer la collaboration entre institutions et professionnels des médias afin de mieux réguler l’espace numérique tout en préservant les libertés fondamentales.
Renforcer le plaidoyer pour les droits numériques
Au-delà du diagnostic, l’atelier a permis d’identifier plusieurs défis pour la profession journalistique, notamment la protection des journalistes, l’adaptation du métier aux transformations numériques et les difficultés économiques que connaissent les médias.
À l’issue de la rencontre, les participants ont été invités à formuler des propositions concrètes afin d’améliorer la protection des droits numériques et de garantir un environnement favorable à la liberté d’expression au Bénin.
Les organisateurs espèrent que ces échanges contribueront à renforcer le plaidoyer en faveur des droits numériques et à consolider les acquis démocratiques dans le pays.
Th.A.








