A Libreville après avoir remporté la présidentielle haut-les-mains avec un score fleuve de 90,35%, le Général Brice Oligui Nguema, ancien proche collaborateur du père Omar Bongo et du fils Ali Bongo, multiplie les stratagèmes pour se faire aduler par le peuple et effacer sa proximité avec l’ancien système. Même si pour cela, il faut renier ses anciens amis d’hier à la faveur d’un procès biaisé avec un arrière-goût d’inachevé.
Dans la tourmente des contestations des résultats de l’élection présidentielle du 26 août 2023 pour laquelle, le Centre Gabonais des Élections (CGE), a déclaré Ali Bongo élu avec 64,27% des voix face à son principal adversaire Albert Ondo Ossa crédité de seulement 30,77%, le Général Brice Oligui Nguema et sa troupe prennent le pouvoir le 30 août 2023.
Le nouvel homme fort de Libreville ne mettra pas longtemps avant d’afficher ses nouvelles ambitions. Pour cela, l’homme multiplie des opérations de charme à la faveur de ses 100 premiers jours à la tête de l’Etat Gabonais. Entre temps, il a renoncé à son salaire de Président de la République et a promis le changement aux Gabonais qui en rêvaient depuis 55 ans. Pour n’avoir connu que trois présidents depuis les indépendances, Léon Mba, le père Omar Bongo et le fils Ali Bongo respectivement pendant 6 ans, 41 ans et 14 ans, les populations ont trop vite exulté.
Candidatures sérieuses éliminées
Comme c’est maintenant à la mode et une nouvelle habitude des Chefs d’Etat africains en exercice, les candidatures sérieuses sont éliminées avant le scrutin afin qu’aucun obstacle n’obstrue leur rêve de continuité. Le pouvoir du Général Brice Oligui Nguema n’a pas dérogé à cette règle avec une nouvelle constitution et un code électoral réformé que certains opposants ont qualifié de « taillé sur mesure ». Sur vingt-trois (23) dossiers de candidatures à l’élection présidentielle du 12 avril 2025, quatre (04) dossiers avaient été jugés recevables (Brice Oligui, Alain-Claude Bilié By Nzé, Joseph Lapensée Essingone et Stéphane Germain Iloko Boussengui) avant que le Conseil Constitutionnel ne repêche quatre autres candidats suite à leurs recours (Zenaba Gninga Chaning, Axel Stophene Ibinga Ibinga, Alain Simplice Boungouères et Thierry Yvon Michel Ngonra).
Quinze candidatures sérieuses ont été rejetées dont celle de Jean-Rémy Yama qui était perçu comme l’un des plus sérieux concurrents du Général Brice Oligui Nguema, Sénateur, Enseignant Chercheur et Président de Dynamique unitaire qui est la plus grande centrale syndicale du Gabon.
Face à ces menus fretins, et sans surprise, le Général Brice Oligui Nguema a remporté le scrutin du 12 avril 2025 avec un score soviétique de 90,35% devant l’ancien Premier Ministre de Ali Bongo qui n’a réuni que 3,02% des voix. La débâcle de ce dernier porte-étendard du parti d’opposition ‘’Ensemble pour le Gabon’’ qui se présentait comme candidat de la rupture, a été plutôt perçu par les Gabonais comme le continuateur du système des Bongo.
Un procès pour s’offrir une virginité politique
Après cinquante-cinq (55) années de gabegie, de pillage et de gaspillage de la galaxie Bongo, les attentes des 2,3 millions de Gabonais sont fortes et pressantes. En effet, le 1/3 des gabonais vit en dessous du seuil de pauvreté et la dette publique représente 73,3% du PIB en 2024 malgré la richesse de son sous-sol et de sol en pétrole, manganèse et bois.
Noureddin Bongo et sa mère l’ex-première dame Sylvia ont été condamnés par contumace à vingt (20) années de prison par une Cour criminelle spéciale pour détournements de fonds publics, blanchiment de capitaux et association de malfaiteurs. Ils ont par ailleurs été condamnés à payer une amende de 3,35 milliards d’euros au titre des préjudices subis par l’Etat gabonais qui s’était constitué partie civile.
Démarré le 10 novembre 2025, ce procès dénommé celui de la « Young team » au regard du très jeune âge des accusés a connu son épilogue le 14 novembre 2025. Dix co-accusés étaient dans le box des accusés dont certains étaient en détention et d’autres en liberté.
En dehors des deux principaux accusés absents, Noureddin et Sylvia Bongo, il y avait Ian Ghislain Ngoulou, ancien chef de cabinet de Noureddin Bongo qui a écopé de quinze (15) ans de prison dont cinq (05) avec sursis pour détournement de fonds publics corruption active, association de malfaiteurs, usurpation de titre et de fonction.
Cyriaque Mvourandjiami, ancien membre du cabinet présidentiel s’en sort avec vingt-six (26) mois de prison tout comme Gisèle Mombo.
Les frères Océni : Mohamed Ali Saliou ancien Directeur Adjoint de cabinet d’Ali Bongo et Abdoul Océni Ossa sans fonction officielle, ont écopé chacun de quinze (15) ans de prison dont cinq (05) avec sursis pour détournement de fonds publics, blanchiment de capitaux pour le premier et recel de détournements de fonds pour le second.
L’ancien porte-parole de la présidence, Jessye Ella Ekogha écope de dix (10) ans et cinq (05) ans pour Kim Oun le collaborateur personnel de l’ancienne première dame.
Gabin Otha Ndoumba, ancien Directeur Général des Impôts et de Gabon Télécom et Jordhan Camuset ancien ami et collaborateur de Noureddin Bongo s’en sortent avec trois (03) ans de prison chacun.
Steeve Nzegho Dieko dernier Secrétaire Général du Parti Démocratique Gabonais (PDG) est relaxé purement et simplement.
Par ailleurs, la Cour a condamné les dix accusés à verser des réparations dont 1,5 millions d’euros pour Ian Ngoulou et 9,14 millions d’euros pour les frères Océni. Leurs biens (immobiliers, véhicules et montres de luxe) ainsi que ceux de Jessy Ella Ekogha seront saisis.
Cette saga judiciaire a mis en lumière des détournements avec des montants faramineux, des dépôts bancaires hors norme, des patrimoines immobiliers luxueux à Libreville, Dubaï, Paris et Londres et des secrets du palais présidentiel Gabonais.
Le déroulement du procès n’est pas sans critique des accusés dont les avocats ont dénoncé leurs conditions d’incarcération et l’inaccessibilité aux dossiers de leurs clients. Mieux, l’opinion publique nationale (surtout de la société civile et de l’opposition) trouve dans l’épilogue de ce procès un goût d’inachevé et souhaitent que le pouvoir du Général Brice Oligui Nguema aille au-delà de ce procès car l’argent du peuple a été volé blanchi et investi par des gens qui vivaient dans un luxe insolent. Il en est de lui-même qui a été très proche collaborateur des Bongo père et fils pendant plusieurs décennies qui ne saurait se dédouaner de la gabegie, du pillage et du gaspillage mis à nu par ce procès qui n’a pas dit son dernier mot. Pourtant le nouvel homme fort de Libreville est le seul qui ressort blanchi de ce procès mitigé. Mais pour combien de temps encore ? L’avenir nous le dira.
Aziz KOTO CHABI (Journaliste et Analyste Politique)
