Située dans le département de l’Ouémé, la commune des Aguégués demeure l’un des territoires les plus singuliers du Bénin. Constituée essentiellement d’îlots, de marécages et de zones lacustres reliés par des chenaux naturels, cette commune s’étend sur environ 45 km² et abrite aujourd’hui plus de 40 000 habitants répartis dans plusieurs villages lacustres. Son paysage est dominé par les eaux de la lagune et les bras du fleuve Ouémé. Les habitations sur pilotis, les pontons en bois et les embarcations traditionnelles composent un décor atypique.
Dans cette commune où l’eau structure la vie quotidienne, la pirogue reste le principal moyen de transport. Elle permet de relier les habitations, les marchés, les écoles ou encore les centres de santé.
Une économie dominée par la pêche et la transformation
L’économie locale repose essentiellement sur la pêche artisanale, qui constitue la principale source de revenus pour la majorité des ménages. Les pêcheurs exploitent les ressources halieutiques de la lagune : poissons d’eau douce, crabes, crevettes, anguilles ou encore tilapias.
Les femmes jouent un rôle central dans la transformation et la commercialisation des produits halieutiques. Le fumage et le séchage du poisson permettent de conserver les captures et d’alimenter les marchés de villes voisines comme Porto-Novo ou Cotonou.
En complément de la pêche, certaines familles pratiquent l’agriculture insulaire, notamment la culture du manioc, du maïs et parfois du riz sur les parcelles émergées. L’artisanat local, basé sur le bois, le rotin ou les fibres végétales, contribue également à l’économie domestique.
Une identité culturelle profondément ancrée
La population des Aguégués est majoritairement composée des groupes ethnoculturels Wémè, Goun et Yoruba, qui partagent un riche patrimoine culturel. Les traditions spirituelles occupent une place importante dans la vie sociale.
Le culte du vodoun y est particulièrement vivant, avec des cérémonies et rituels qui rythment le calendrier communautaire. Les manifestations culturelles, les danses traditionnelles et les rituels de protection tels que ceux liés au Zangbeto participent à la préservation de l’identité locale.
Cette richesse culturelle constitue un potentiel touristique encore peu exploité, notamment dans le domaine du tourisme communautaire et de l’écotourisme.
L’enclavement, principal défi de développement
Malgré ses atouts, la commune reste confrontée à un important enclavement géographique. L’absence de réseau routier structurant oblige les populations à dépendre quasi exclusivement du transport fluvial, souvent coûteux et soumis aux conditions climatiques.
Cet isolement complique l’accès aux services sociaux de base, notamment l’éducation et la santé. Certaines localités sont situées à plusieurs kilomètres des centres administratifs et sanitaires.
Pour répondre à ces contraintes, des initiatives innovantes ont été mises en place ces dernières années, notamment des écoles et des projets de classes adaptées aux réalités lacustres.
Les habitants restent également exposés à plusieurs risques sanitaires liés aux milieux humides, notamment le paludisme, les maladies hydriques et les épisodes de choléra lors des périodes de crue.
Des initiatives pour un développement durable
Face à ces défis, la commune et plusieurs partenaires techniques et financiers multiplient les initiatives visant à améliorer les conditions de vie des populations.
Parmi les actions en cours figurent : la construction et l’aménagement de débarcadères modernes, la promotion de techniques de pêche durable, l’accompagnement des coopératives de transformation de produits halieutiques et le développement de projets pilotes de pisciculture en cages flottantes.
La valorisation de l’écotourisme et la protection des écosystèmes lacustres font également partie des pistes envisagées pour renforcer l’économie locale.
Un territoire à fort potentiel
Malgré son enclavement, la commune des Aguégués reste un territoire à fort potentiel économique, culturel et environnemental. Avec un meilleur accompagnement de l’État et des partenaires au développement, elle pourrait devenir un modèle béninois de gestion durable des zones humides, conciliant tradition, développement économique et préservation des ressources naturelles.
Thomas AZANMASSO
