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Élection présidentielle sous tension au Cameroun: Issa Tchiroma défie Paul Biya à l’usure

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Bourrages d’urnes, listes électorales   gonflées, falsifications des procès-verbaux, l’élection présidentielle du 12 octobre 2025 au Cameroun a connu tous les indices d’un scrutin peu transparent. Cet énième combat électoral qui paraissait comme une simple formalité pour les apparatchiks du système Biya, se révèle aujourd’hui comme une bombe à retardement qui sonnera tôt ou tard la fin de quatre décennies de règne sans partage. La victoire et la vérité des urnes seraient en faveur de l’opposant Issa Tchiroma Bakary. Le système Biya égrène certainement ses derniers jours…

Face à onze (11) challengers, Paul Biya 93 ans a été déclaré vainqueur du scrutin présidentiel du 12 octobre 2025 pour un 8ème mandat par le Conseil Constitutionnel dirigé par Clément Atangana avec 53,66%. Il serait suivi de Issa Tchiroma Bakary selon les chiffres officiels avec 35,19% des suffrages. Mais les choses ne se sont pas passées comme prévu pour le camp présidentiel. En face, il y avait un redoutable animal politique nommé Issa Tchiroma Bakary. Dénonçant les fraudes massives et la falsification des vrais résultats, les marches pacifiques des pro-Tchiroma ont été violemment réprimées avec des tirs à balle réelle sur les civils avec un lourd bilan de plus d’une cinquantaine de morts et plus de 3000 arrestations sans jugement selon les activistes et autres acteurs de la société civile. Sur le réseau social X, le Haut-Commissariat de l’ONU aux Droits de l’Homme a demandé l’ouverture des enquêtes après ces violences. Quant à l’Union Européenne, elle a exprimé sa profonde préoccupation face à la répression violente des manifestations et a déploré la mort par arme à feu de plusieurs civils et appelé à la libération des prisonniers politiques arbitrairement détenus depuis la présidentielle. L’Union Africaine a, quant à elle, félicité le président Paul Biya mais a déploré la répression contre les manifestants. C’est dans ce contexte fait de protestations des résultats, de manifestations réprimées violemment et d’emprisonnement des contestataires de ce hold-up électoral que Paul Biya s’est empressé de prêter serment le jeudi 6 novembre 2025 au siège de l’Assemblée Nationale à Yaoundé.

Le président élu Selon ses propres décomptes et ceux des chancelleries étrangères et des organismes indépendants, le Président du Front pour le Salut National du Cameroun (FSNC) Issa Tchiroma Bakary serait crédité d’un score oscillant entre 57 et 60% des voix. Très loin des 27% qu’aurait réunis le Président sortant Paul Biya. L’opposant même revendique sa victoire avec 54,8% des voix contre 31,3% pour Paul Biya.

Environ 1.208.657 voix auraient été volées par le Conseil Electoral Camerounais (Elécam) à Issa Tchiroma et aux autres petits candidats afin de permettre à Paul Biya d’être déclaré élu. Ce vieil opposant chevronné de 76 ans plusieurs fois ministres, des transports (1992 à 1996), de la communication (2009 à 2019) et de l’emploi et de la formation professionnelle (2019 à 2025) a surpris plus d’un, que ce soit au Cameroun que dans le reste du monde. Personne ne l’a vu venir, car il a toujours joué au serviteur docile et humble aux côtés de Biya à qui il faisait des courbettes. Mais derrière ce caractère, se cachait un homme politique rusé comme un renard qui a su faire preuve de stratégies et   de calculs politiciens pour parvenir à ses fins.

Le projet politique de Tchiroma pour une transition démocratique avec un mandat unique de cinq ans a séduit aussi bien les populations que plusieurs personnalités politiques et de la société civile ainsi que sa promesse de repentance et de rupture avec l’ordre ancien. Alors que le pouvoir de Yaoundé a joué des pieds et des mains pour empêcher l’opposant farouche Maurice Kamto de se présenter à la présidentielle du 12 octobre 2025, le loup était plutôt dans la bergerie. En effet, le candidat malheureux à l’élection de 2018 qui a réclamé sa victoire jusqu’à finir en prison, a été empêché de se présenter au scrutin parce que le pouvoir redoutait sa candidature. Ancien candidat à la présidentielle de 2018 et arrivé en 2ème position derrière Paul Biya avec un score officiel de 14,23% alors que lui-même s’était déclaré vainqueur du scrutin avec environ 39,74% des voix contre 38,47% pour Biya. Ancien Président du Mouvement de la Renaissance du Cameroun (MRC), Maurice Kamto a démissionné en juin 2025 de la tête de son parti avec lequel il ne pouvait pas se porter candidat parce que ne disposant pas d’élus ni au parlement ni dans les conseils communaux pour avoir boycotté les législatives et les municipales de 2020 en vertu du nouveau code électoral. Dans un premier temps, il a donc voulu faire porter sa candidature par le FSNC de Issa Tchiroma, mais c’est finalement le Mouvement Africain pour la Nouvelle Indépendance du Cameroun (Manidem) qui l’accueillera. Cette candidature sous la bannière du Manidem a été purement et simplement rejetée par le Conseil Constitutionnel malgré son recours pour pluralité d’investitures du parti parce que le régime en place a fabriqué un nouveau président du Manidem qui sera aussi aidé à déposer son dossier à Elécam. Pendant ce temps, le candidat Issa Tchiroma tissait sa toile et est parvenu à rassembler plusieurs personnalités de divers horizons autour de sa vision de devenir le 3ème Président du Cameroun.

Plusieurs stratégies ont été utilisées par les sbires du système Biya pour parvenir à leur faim. Le nombre d’inscrits des régions du centre et du sud ont été curieusement gonflés et sont passés devant ceux de l’Extrème-Nord qui a toujours compté plus d’électeurs que toutes les autres régions du pays. Pour les partisans de l’opposition, la vraie fraude opérées par les militants du Rassemblement démocratique du Peuple Camerounais  (RDPC) n’est pas que celle du bourrage des urnes dans les zones enclavées ou dissimuler les postes de vote dans les maisons, mais cela s’est déroulé plutôt dans les antennes locales de Elecam, composé des agents de l’administration publique, où les procès-verbaux sont acheminés et traités pendant 48 heures. Selon eux, c’est pendant cet intervalle de temps que les vraies feuilles de dépouillement donnant la victoire à Issa Tchiroma ont été changées par des faux PV qui ont déclaré Paul Biya vainqueur du scrutin. Malheureusement, la candidate Patricia Ndam Njoya a déploré le fait qu’il n’y ait pas dans le code électoral Camerounais un moyen pour contester les chiffres car pour le Conseil Constitutionnel, seuls les PV du Conseil Electoral Camerounais (Elecam) font foi.

La stratégie Tchiroma

Très rusé et fin calculateur, Issa Tchiroma ne se fera pas prendre par le pouvoir de Yaoundé comme ce fut le cas avec Maurice Kamto en 2018. En effet, au temps fort des violences qui ont éclatées suite à la proclamation des résultats déclarant Biya vainqueur, Issa Tchiroma a été exfiltré à Yola au Nigeria (région frontalière du Cameroun) aidé pour cela par des militaires et policiers camerounais et nigérians et l’élite Peulh et Haoussa des deux côtés de la frontière. Suite à son arrivée sur le sol Nigérian qui embarrassait les autorités d’Abuja, l’opposant à qui le pouvoir de Paul Biya a volé sa victoire vit aujourd’hui en Gambie d’où il lance régulièrement des mots d’ordre de villes mortes et de protestation afin de revendiquer sa victoire et pour honorer la mémoire des civils tombés sous les balles des forces de sécurité lors des manifestations post-électorales.

Ce fut déjà une première victoire stratégique de Issa Tchiroma d’avoir réussi à échapper aux mailles des services de renseignements Camerounais. Sa capture aurait tué dans l’œuf ses ambitions et surtout le mouvement de protestation et de résistance face au vol supposé de sa victoire. Il a réussi à organiser la résistance de son exil Nigérian puis Gambien. Manifestations pacifiques à travers tout le pays les 26 et 27 octobre 2025, villes mortes du 3 au 6 novembre 2025 et du 30 novembre au 02 décembre 2025, Journée de deuil national le vendredi 21 novembre 2025, ultimatum de 48 heures pour libérer les prisonniers politiques, nomination de Maître Alice Nkom comme porte-parole du Président élu, Issa Tchiroma ne chôme pas depuis sa terre d’accueil. Plutôt que de faiblir, les mouvements et stratégies de protestation contre le hold-up électoral opéré par les caciques de la galaxie Biya vont crescendo depuis la proclamation des résultats par le Conseil Constitutionnel le 27 novembre 2025. En dehors des pays voisins au Cameroun  comme le Tchad, le Gabon, la Guinée Equatoriale, la Centrafrique, les grandes chancelleries occidentales (France, USA, Canada, Belgique, Grande Bretagne, Union Européenne) n’ont ni reconnu la victoire ni félicité Paul Biya parce que disposant des meilleurs canaux à travers leurs services de renseignement qui leur auraient déjà confirmé la victoire de Issa Tchiroma.

Le pouvoir Biya vacille

Plusieurs personnalités de l’opposition ont été incarcérées après l’annonce des résultats officiels pour diverses raisons : insurrection rébellion, hostilité contre la patrie. Notamment Anicet Ekane, Président du Mouvement Africain pour la Nouvelle Indépendance du Cameroun (MANIDEM) et Djeukam Tchameni, président du Mouvement pour la Démocratie et l’Interdépendance au Cameroun (MDI) et le professeur Jean Calvin Aba’a Oyono tous membres de la coalition qui a soutenu la candidature de Issa Tchiroma. Le premier cité, Anicet Ekane est décédé en prison le 1er décembre 2025 pour faute de soins en cellule alors que le professeur Jean Calvin Aba’a Oyono a eu plus de chance en recouvrant la liberté le 5 décembre 2025.

Cependant, plusieurs militants de l’opposition ont reproché à leur leader, dont la victoire à la présidentielle ne souffre d’aucune contestation, d’avoir desserré l’étau autour du régime Biya en interrompant les appels à manifestation et à la désobéissance civile qui ont ébranlé le régime de Yaoundé entre octobre et décembre 2025. La pression de la France et des États-Unis ne serait pas étrangère à cette accalmie sous le couvert de négociations secrètes. Mais le refus catégorique de Tchiroma de sacrifier sa victoire et surtout d’accepter des postes dans le nouveau gouvernement bloque le remaniement ministériel et la vie politique à Yaoundé.

Et cerise sur le gâteau, après plusieurs tergiversations, le Front National du Salut du Cameroun (FSNC) a décidé de ne pas participer aux prochaines élections législatives et municipales car les conditions minimales pour une élection démocratique, transparente et pacifique ne sont pas réunies. En plus le parti estime que participer à ces élections reviendrait à légitimer la victoire de Paul Biya et à valider une autre parodie d’élections dont les résultats sont connus d’avance.

Malgré l’investiture précipitée du Président Paul Biya, une incertitude grandissante plane toujours sur l’avenir politique du Cameroun. Le régime est croulant tout comme son leader qui ploie de plus en plus sous le poids de son âge très avancé. La guerre de succession est déjà enclenchée au Palais d’Etoudi et elle risque d’être fratricide en attendant le coup de boutoir des partisans de Tchiroma.

Biya ne peut que s’en prendre à lui-même, car il n’a pas su se choisir lui-même ses candidats à la présidentielle comme c’est devenu la mode actuellement en Afrique de l’ouest et du centre.

Entre Issa Tchiroma Bakary jouissant de la légitimité populaire qui ne veut pas se laisser voler sa victoire électorale et le contesté Paul Biya fatigué et usé par 43 ans de règne, dont le clan Ekang et Bulu ne veux pas lâcher les privilèges du pouvoir après y avoir pris goût pendant plus de quatre décennies, l’avenir du Cameroun s’écrit actuellement en pointillé.

Aziz KOTO CHABI (Journaliste/Analyste Politique)

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