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Climat politique au Tchad: La dynastie des Déby à l’épreuve d’une fin de règne ?

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Mahamat Idriss Déby de plus en plus isolé, l’opposition muselée, des violences politiques, des généraux frustrés, la  rébellion au Sud du pays qui monte en puissance, le décor d’une fin de dynastie est planté à N’Djamena. Tous les indices d’une minuterie de basculement sont désormais réunis au Tchad.

Depuis son accession au pouvoir en avril 2021 suite au décès de son géniteur Idriss Déby Itno, Mahamat Idriss Déby, dit Kaka, a du mal à consolider le système Déby. En prenant la tête du Conseil Militaire de Transition (CMT), le nouvel homme fort de N’Djamena pensait dérouler son programme de succession dynastique. Mais il a très vite été rattrapé par les réalités du pouvoir. Malgré un semblant de dialogue national, Mahamat Idriss Déby n’a jamais pu rassembler et s’imposer. Il a dû aller au forceps avec de violentes répressions des manifestations de l’opposition et une purge des officiers intègres au sein de l’armée pour asseoir un semblant de pouvoir.

Suite aux violences politiques de 2021 et 2022 qui ont abouti à la mort de plusieurs manifestants et à l’arrestation de plusieurs activistes et opposants dont Succès Masra qui a dû fuir le pays. Il a fallu l’accord de Kinshasa qui a suspendu le mandat d’arrêt contre lui pour le voir revenir de son exil. Ce fut la première erreur commise par l’opposant qui a accepté le poste de Premier ministre en janvier 2024 et a cru aux garanties juridiques données à son parti « Les Transformateurs » pour mener librement ses activités politiques. Après la présidentielle du 6 mai 2024 à laquelle il a participé, Succès Masra a légitimé l’élection de Mahamat Idriss Déby qui avait pourtant fait la promesse de ne pas y prendre part après une transition de deux (02) ans. Ce fut la seconde erreur de l’opposant car en Afrique, les promesses politiques n’engagent que ceux qui y croient.

Après ce scrutin biaisé, on a assisté à une vague de répressions évidentes des voix dissidentes, à une révision constitutionnelle pour des mandats illimités pour le nouvel homme fort de N’Djamena, à une concentration du pouvoir avec le Mouvement Patriotique du Salut (MPS) qui contrôle l’Assemblée Nationale. L’arrestation le 16 mai 2024, juste au lendemain de la présidentielle, et la condamnation à 20 ans de prison et une amende d’un milliard de francs CFA de Succès Masra en août 2025 et bien avant  la mort de Yaya Dillo le 28 février 2024 suite à l’attaque du siège de son parti à N’Djamena, ont fini de convaincre que le régime de Mahamat Idriss Déby sera plus autoritaire que celui de son feu père.

Le pays s’enfonce dans la crise

C’est dans ce climat politique que le pouvoir de N’Djamena doit faire face aux conséquences de la guerre au Soudan avec les incursions armées en territoire tchadien avec son corollaire de morts et de kidnappés et l’enrôlement forcé de jeunes tchadiens issus de zones et communautés hostiles au pouvoir en place. Le Tchad subit le contre-coup de la guerre civile au Soudan avec une crise humanitaire. Cela a généré près d’un million de réfugiés et rapatriés soudanais qui fuient la guerre.

À cela s’ajoutent les affrontements meurtriers entre agriculteurs et éleveurs exacerbés souvent par les prises de position d’une armée dominée par une seule tribu.

Le tableau est assombri par une insécurité alimentaire aggravée par des changements climatiques (sécheresses et inondations). Les menaces et incursions terroristes de Boko Haram et des rebelles au sud du pays s’ajoutent à ce sombre tableau qui font vaciller quotidiennement le pouvoir fragile de Mahamat Idriss Déby.

En mettant fin aux accords militaires de coopération militaire avec la France en novembre 2024 avec le retrait de plus de 1000 militaires français en début 2025, au-delà d’affirmer sa souveraineté, le Tchad entend plutôt se tourner vers d’autres partenaires comme la Russie, la Turquie, les Émirats Arabes Unis. Alors que le pays a déjà du mal à contenir les terroristes du groupe Boko Haram et les rebelles du MPRD et du FACT dans le sud, le Maréchal Mahamat Idriss Déby veut s’inspirer des pays de l’Alliance des Etats du Sahel (Mali, Niger, Burkina) et assure avoir pour cela une armée capable de défendre seule l’intégrité de son territoire. Mais il reçoit des pressions et hésite encore à rejoindre les rangs de l’AES parce que le Tchad reste l’un des derniers bastions de la Françafrique et il doit d’ailleurs son accession au pouvoir à Emmanuel Macron suite au décès au front dans des conditions très floues de son père. Mais depuis son dernier séjour a Paris, on assiste déjà au retour de l’armée française sous une autre forme et connue dans le jargon sous l’appellation de « conseillers militaires ».

Incapable de tenir sa promesse de réforme démocratique et face aux crises politiques, sécuritaires, humanitaires et alimentaire, au trafic de drogue qui mine son système et à la montée en puissance de la rébellion au Sud du pays, sans oublier la guerre des clans au sein de son armée, combien de temps tiendra encore le régime dynastique des Déby ? Question à mille inconnus.

Alors que son feu père était passé maître des manières fortes, des compromissions et des alliances contre-nature pour sauvegarder son pouvoir, Mahamat peine à asseoir son autorité. Maréchal comme son père, mais il hésite désormais à descendre sur le terrain à l’instar de l’annulation de son déplacement dans sa région natale pour y passer le jeûne musulman en raison des tensions politiques et sécuritaires. Plus inquiétant, il n’a pas pu adresser de message de ramadan aux fidèles musulmans comme il en a pris l’habitude depuis quatre ans. Ce silence inquiète et éveille des soupçons que la peur et le doute auraient changé de camp. C’est dans cette atmosphère de crispation politique et militaire que son oncle, le Ministre d’Etat en charge de l’Enseignement Supérieur Tom Erdimi a quitté ses fonctions en raison du rejet de sa réforme du Centre National des Œuvres Universitaires (CENOU), une mine d’or pour certains caciques du régime. Une aubaine pour remanier son équipe en vue de consolider son pouvoir ou d’en perdre définitivement le contrôle. Le compte à rebours est lancé au pays des Maréchaux…

Aziz KOTO CHABI (Journaliste/Analyste Politique)

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