Entre deux séances de projection de film dans le cadre de la quinzaine cinématographique chinoise au Bénin/cinéma dans la cité, nous étions invités par le club de lecture de la  bibliothèque Bénin Excellence de Godomey pour une Rencontre littéraire autour de mon livre intitulé YÊ-NU. Le club de lecture a su pénétrer d’une manière scientifique les éléments essentiels qui caractérisent YÊ-NU. De la présentation des personnes aux thématiques abordées en passant par d’autres.

Du livre et de son auteur

<<La littérature béninoise contemporaine se caractérise par une multitude de genres et par une volonté affirmée des écrivains d’explorer les réalités sociales, culturelles et politiques du pays. Du roman historique au récit engagé, en passant par la poésie et le théâtre, les auteurs béninois participent activement à la construction d’un imaginaire national et à l’enrichissement du patrimoine littéraire africain. Dans ce paysage en constante évolution, le roman policier occupe une place encore émergente, mais prometteuse. Au cours de cette rencontre, nous allons vous proposer une analyse du roman Yê-Nu de l’écrivain béninois Claude BALOGOUN ; un roman qui, à y regarder de près, s’apparente au polar.  Mais avant, qui est Claude BALOGOUN ? Quelles sont ses œuvres ?

I-  Bio-bibliographie de Claude BALOGOUN

Claude BALOGOUN est un auteur, scénariste et réalisateur béninois prolifique, abordant les réalités sociales, les traditions et le fantastique. Né le 20 septembre 1967 à Allada, une commune du département de l’Atlantique au Bénin, Claude Kokou BALOGOUN s’est très tôt forgé un destin d’acteur majeur du 7ème art. Encore adolescent dans son petit village natal, le jeune Claude avait la passion de l’image. A l’époque, avoir un poste téléviseur était bien une affaire de privilégié. Pour suivre la télévision, il fallait parcourir des kilomètres. À 9 ans, il sera inscrit à l’école primaire publique de Hinvi-Dovo, le village de sa mère d’où il sortira nanti de son premier diplôme, le Certificat d’études primaires (CEP). Passionné des activités sportives et culturelles, le petit Claude se faisait toujours remarquer par ses talents d’animateur. Désormais son CEP en poche, Claude BALOGOUN entame ses études secondaires au CEG Houègbo, situé à 35 kilomètres de son village maternel.

Spectacles et compétitions sportives rythmeront désormais sa vie scolaire. Il accumule alors les distinctions : meilleur coureur d’endurance de son collège et du département de l’Atlantique, meilleur sauteur en hauteur, bon gardien de but… On le remarquera également dans les représentations théâtrales et spectacles de chorégraphie à l’occasion des activités culturelles organisées aussi bien dans son établissement que dans son quartier.  Auteur de court-métrages (Agniké, 2005) et de films (Dodji, le tabouret sacré, 2007), il a fondé et dirige Gangan Production, une société spécialisée dans la réalisation audiovisuelle. Il est donc reconnu pour son expertise dans la réalisation audiovisuelle et la production de films. Claude BALOGOUN est lauréat du Grand Prix Littéraire du Bénin 2025 avec Yê-Nu, un polar abordant des thématiques sociales et le terrorisme. Il est également connu pour des romans tels que Le pacte (2017) et des œuvres scéniques comme Houèdo l’arcen-ciel (2014), Querelles de quartier (2022), toutes des contes théâtralisés.

Que peut-on alors retenir du paratexte de cette œuvre ?  

 II-  Étude para-textuelle de Yê-Nu

Lorsqu’on prend contact avec l’œuvre, certains éléments para-textuels captent l’attention du lecteur. En effet, la première de couverture du roman assure une double fonction, informative et symbolique.  Le titre, Yê-Nu, par sa sonorité endogène, affirme d’emblée un ancrage culturel africain et plus précisément béninois. Il intrigue, interroge, convoque un imaginaire local et invite à la découverte. La mention générique « Polar » balise l’horizon d’attente du lecteur : il s’agit d’un roman policier, donc d’un récit structuré par l’énigme, le crime, la quête de vérité.

À cette inscription générique s’ajoute la consécration institutionnelle : Grand Prix

Littéraire du Bénin 2025 qui confère à l’œuvre une légitimité et une reconnaissance officielle. Cette distinction agit comme un sceau de valeur, un gage de qualité littéraire qui élève le texte au rang d’œuvre marquante du paysage culturel national.

L’illustration centrale, représentant deux femmes avec mine serrée se faisant face, installe immédiatement une dramaturgie visuelle. Cette confrontation iconographique suggère une dialectique puissante : ordre et désordre, loi et transgression … La gémellité évoquée annonce le thème du dédoublement identitaire, du miroir et de l’altérité intime. Deux visages semblables, mais deux trajectoires opposées : le paratexte visuel anticipe ainsi le conflit moral et psychologique qui structura l’intrigue.

L’autre élément du paratexte est la préface écrite par le Docteur ès Lettres Jérôme

Tossavi, Grand Prix Littéraire du Bénin. Dans cette préface, l’homme des lettres et écrivain, ami de Claude BALOGOUN, magnifie l’originalité de l’écriture romanesque de notre écrivain. Il confesse que :

« Dans Yê-Nu, la norme est en berne avec le télescopage volontaire du filmique dans le narratif. L’auteur tient avec une caméra plutôt qu’un stylo. Il l’exhibe à chaque coin du récit de sorte à nous faire croire que nous sommes dans les films de Jean-

Claude Van Dam ou d’Arnold Schwarzenegger ».

Cette note prépare le lecteur et le motive à déguster le contenu de l’œuvre.

Enfin, un avant-propos ferme la rubrique des éléments qui encadrent le texte proprement.

A présent, de quoi s’agit-il réellement dans cette œuvre ?  

III- Résumé  

Yê-Nu, cette œuvre magistrale de Claude BALOGOUN, fait voyager au cœur du phénomène terroriste au Bénin. Deux jumelles, Yênou et Charlie, séparées à la naissance, mais dont les destins sont liés de manière inéluctable. Wogo, leur mère biologique, avait accepté de porter ces enfants pour le compte d’un couple de retraités français, les Farol. Ainsi naissent les jumelles, rapidement initiées aux traditions ancestrales de leur famille paternelle, avant d’être partagées entre leurs parents biologiques et le couple Farol. Charlie, adoptée par les Farol, suit ses parents adoptifs en Europe, où elle grandit, en butte au racisme qui la marque profondément, suscitant en elle des tendances agressives. Un jour, lors d’une altercation avec son petit ami Julien, Charlie le pousse accidentellement, ce qui la contraint à fuir vers l’Afrique pour échapper aux conséquences judiciaires. Son voyage est interrompu à Lagos, où elle rencontre Souradjou, qui lui propose une visite guidée du Bénin. C’est lors de cette excursion présentée comme touristique, que Charlie est enlevé par un groupe terroriste, dont elle deviendra plus tard la cheffe.  Son tempérament agressif ayant trouvé un exutoire dans cette nouvelle voie. De son côté, Yênou, la jumelle restée au Bénin avec ses parents biologiques, grandit dans un contexte marqué par les agressions terroristes qui frappent sa région. Révoltée par ces violences, elle décide de devenir policière pour combattre ces crimes. Elle parvient à se hisser au rang de chef de brigade et se concentre désormais sur un groupe terroriste particulièrement actif : celui dirigé par sa propre sœur Charlie. Confondue avec sa jumelle, Yênou est arrêtée et soupçonnée d’espionnage. C’est lors de sa garde à vue que les révélations de sa mère lui font découvrir l’existence de sa sœur jumelle. Désormais, elle sait qui est sa cible. Le face-à-face entre les deux sœurs, au cœur de la forêt, se termine de manière ambiguë, laissant le lecteur dans l’incertitude quant au sort de ces deux femmes, prises dans un destin tragique.

IV-Les personnages principaux 

Plusieurs personnages ont participé à l’évolution du récit. Il s’agit de :

Wogo : Domestique dans une famille française installée au Bénin pour des raisons professionnelles. Le couple Farol, incapable de concevoir, décida d’un commun accord avec cette dernière d’adopter l’enfant qu’elle portait dès sa naissance. Elle donna contre toute attente naissance à deux jumelles. L’une resta auprès de ses parents biologiques, l’autre fut remise à la famille adoptive qui retourna en France. On assiste à une séparation des jumelles dès l’enfance.

Philémon : Epoux de Wogo, il est un homme profondément ancré dans la spiritualité et attaché à ses traditions. Il donna son accord pour l’adoption de son enfant. Néanmoins, des années après, avec l’aide de son Babalao, il provoqua le retour au pays de sa fille adoptée, ignorant les conséquences de son acte.

Alberta : Patronne de Wogo. Pour des raisons sanitaires, elle ne put concevoir. Mais face à son désir de maternité, elle eut l’idée d’adopter le nouveau-né de sa domestique. En dépit des déviances comportementales de sa fille adoptive, elle fut pour celle-ci une mère très protectrice. Des années après, les agissements de sa fille adoptive la plongèrent dans une spirale judiciaire. Aveuglée par son instinct maternel, elle fut inculpée pour complicité, dissimulation et obstruction à la justice.

Jérôme FAROL : Epoux d’Alberta. Il fut un mari attentionné et un père aimant pour sa fille adoptive. A l’instar de sa femme, il sera également inculpé pour les mêmes chefs d’accusation.

Le père Nicaise : homme de Dieu. Usant de son statut de père spirituel, il mit en confiance Wogo et Philémon et les convainquit afin qu’ils acceptent de faire adopter leur enfant dès sa naissance.

Yênou : L’une des jumelles. Elle eut la chance de grandir auprès de ses parents biologiques. Loyale, forte et intelligente, elle fut une fille exemplaire. Le jour où des brigands sont parvenus à dévaliser la boutique de sa mère, elle eut un déclic : servir sa patrie. Alors elle s’engagea dans l’armé afin de lutter contre le banditisme et le terrorisme qui y sévissait. Dans sa conscience, elle avait toujours été l’enfant unique de ses parents. Jusqu’au jour où la découverte de l’existence d’une sœur jumelle fit vaciller sa vie personnelle et mit en branle sa carrière d’agent de police.

Charlie : Sœur jumelle de Yênou, elle fut confiée à sa famille adoptive dès la naissance et a grandi loin de sa terre natale, en France. En dépit du confort et de tout l’amour que lui portaient ses parents adoptifs, elle développa une personnalité insoumise. La frustration qui n’arrêtait de grandir en elle l’emmena un jour à commettre l’irréparable : elle causa accidentellement la mort de son petit ami, Julien. Cette faute la contraignit à la fuite et créa un grand chamboulement dans sa vie d’adolescente.

Al-Hadj Malam Faramin : Chef des djihadistes. Avec ses hommes, il n’hésite pas à semer la terreur dans le pays.

Le commissaire Claude : C’est le supérieur hiérarchique de Yênou au commissariat où elle officiait. Il s’est engagé à arrêter les malfrats qui perturbaient la quiétude de la population. Pour avoir cru au propos de Malcolm, le gang qui prenait Charlie pour Yênou, le commissaire s’est embrouillé dans sa mission en suspectant sa collègue.

Il meurt le jour où il s’était rendu compte de son erreur.  Au combat, alors que Yênou était au commissariat, il croisa Charlie. Perdu, il s’était mis à se poser des questions sur cette ressemblance avec Yênou et son remord d’avoir injustement accusé sa collègue lorsqu’il reçut une balle mortelle.

 V-   Les thèmes principaux de l’œuvre Yê-Nu  

Le roman Yê-Nu de Claude BALOGOUN est une œuvre de fiction dont le thème principal est : Le terrorisme. À travers les parcours de ses personnages principaux, l’auteur développe plusieurs thèmes importants comme l’identité, l’éducation, le terrorisme et ses impacts, la tradition, la justice et la morale.

D’abord, le thème de l’identité et des liens du sang est au cœur de l’histoire. Les jumelles Charlie et Yênou sont séparés à la naissance et grandissent dans des milieux totalement différents. Charlie est adopté par un couple européen et vit loin de son pays d’origine, tandis que Yênou est restée au Bénin. Ne connaissant pas leurs origines communes, elles construisent chacune leur personnalité selon leur environnement.

Cette séparation montre comment l’éducation, le milieu de vie et les expériences influencent l’identité d’une personne et sa façon de penser. Pourtant, malgré la distance et l’ignorance, elles demeurent liées par le sang renforcé par les facteurs endogènes des jumeaux dans le panthéon vodun. À travers elles, l’auteur montre que l’identité ne se limite pas au lieu où l’on vit, mais qu’elle est aussi liée aux racines familiales.

Ensuite, le thème du terrorisme et ses impacts apparait surtout à travers le personnage de Charlie. Son parcourt l’a conduit à intégrer un groupe terroriste qui terrorise des communautés rurales, enlève des gens et vit des rançons. A travers elle, l’auteur montre comment certaines personnes peuvent être entrainées dans les milieux violents à cause des circonstances de la vie, du manque de repère ou des mauvaises influences. Ce thème reflète une réalité contemporaine qui touche de nombreuses régions d’Afrique : l’insécurité, la violence organisée et la fragilisation des sociétés. Elle permet aussi de montrer comment cette violence bouscule des vies individuelles et détruit des familles.

Un autre thème important est la tradition et le mystère. Le roman fait aussi intervenir des croyances et des éléments liés à la spiritualité africaine. Certains événements semblent dépasser la logique ordinaire. Cela rappelle que, dans la culture africaine, le monde visible et le monde invisible coexistent. Ce thème donne une dimension culturelle forte au récit et montre l’attachement des personnages à leurs racines. En témoigne le rôle joué par Philémon à la naissance des jumelles pour les baptiser dans la forêt.

Le thème de la justice, du devoir et de la morale est incarné par Yênou, devenue policière. Son rôle est de lutter contre le groupe armé dirigé par sa propre sœur, sans le savoir au début. Lorsqu’elle découvre la vérité, elle se retrouve face à un conflit intérieur : doit-elle accomplir son devoir professionnel ou écouter son cœur ? À travers ce dilemme, l’auteur pose une grande question : la loi est-elle toujours plus forte que les liens familiaux ? Yênou représente ainsi la lutte entre la raison et les sentiments.

Ce thème est aussi mis en œuvre à travers les parents adoptifs de Charlie qui après l’acte de Charlie qui a causé la mort de son copain Julien ont laissé leur sentiment dominé sur leur responsabilité morale. Ce qui amène à se poser cette question : jusqu’où peut aller la compassion, même pour un criminel ?

Enfin, Yê-Nu revisite aussi le genre policier. Habituellement, un polar suit une enquête classique avec un détective qui découvre peu à peu la vérité. Ici, l’accent est plutôt mis sur le drame humain et familial que sur l’enquête elle-même. Les personnages sont plus importants que le mystère. Cela montre que l’auteur veut surtout faire réfléchir le lecteur sur les relations humaines et les choix difficiles de la vie.

En conclusion, à travers Charlie, Yênou et les autres personnages, Claude

BALOGOUN aborde des thèmes encore en vogue comme l’identité, le terrorisme, la tradition et la justice morale.

VI-   PORTÉE DE L’ŒUVRE  

Yê-Nu n’est pas un roman qui raconte le terrorisme ; c’est un roman qui le met à nu, qui l’arrache à la statistique, au communiqué officiel, pour le rendre à sa plus dangereuse vérité : une aventure humaine née des failles du monde. En choisissant les jumelles séparées à la naissance, Claude BALOGOUN installe d’emblée son récit sous le signe du dédoublement tragique. Deux corps issus d’un même ventre, deux consciences nourries par des terres opposées, deux réponses à la même violence du réel. Cette opposition n’a rien de caricatural : elle est le témoin d’une écriture du clair-obscur, où nul n’est totalement coupable, nul entièrement innocent.

Sur le plan social et politique, l’œuvre s’impose comme un roman d’alerte. À l’instar de Les Larmes du Djihad de Mahamat Mahjoub ou de La Saison de l’ombre de Léonora Miano, l’ouvrage montre que la violence armée ne surgit jamais dans le vide, elle pousse sur un terreau des humiliations, de silences et de fractures identitaires. Le parcours de Charlie, marqué par le racisme européen, fait penser à certaines figures de American Dirt de Jeanine Cummins ou même, plus loin, les personnages déracinés de L’Étranger de Camus, écrasés par un monde qui ne leur fait aucune place. BALOGOUN suggère que le terrorisme est parfois le langage monstrueux de ceux à qui l’on a refusé la parole. L’Europe, souvent donneuse de leçons, apparaît ici comme une fabrique de rancœurs exportées.

La portée psychologique du roman est sans doute l’une de ses réussites les plus remarquables. BALOGOUN ne décrit pas la radicalisation comme une soudaine conversion idéologique, mais comme une érosion lente, un glissement presque imperceptible, semblable à celui que met en scène Yasmina Khadra dans Les Hirondelles de Kaboul. Charlie ne devient pas cheffe terroriste par fanatisme pur, mais par saturation affective, par besoin d’exister enfin, fût-ce dans la destruction.

Face à elle, Yênou incarne la colère contenue, disciplinée, canalisée par l’uniforme.

Deux colères, deux directions : l’une dévore, l’autre protège.

Le face-à-face final, au cœur de la forêt, élève le roman à une valeur presque mythique. La forêt devient matrice, tombeau et tribunal. Comme dans les tragédies antiques ou dans Œdipe roi, la vérité surgit là où l’homme croyait se cacher.

L’ambiguïté du dénouement, loin de frustrer, fait comprendre que certaines blessures ne se referment pas, que certaines guerres ne connaissent pas de victoire nette. En cela, Yê-Nu rejoint la modernité littéraire occidentale, celle de Graham

Greene ou de Don Winslow, où le bien et le mal cessent d’être des pôles fixes pour devenir des lignes mouvantes.

En définitive, Yê-Nu est un roman de la frontière : frontière entre deux sœurs, entre deux continents, entre justice et vengeance, entre l’ordre et le chaos. Claude

BALOGOUN y signe une œuvre grave, nécessaire, qui refuse le confort des réponses simples. C’est un texte qui éclaire, et qui rappelle, avec une sobriété poignante, que le terrorisme n’est jamais seulement une affaire d’armes, mais d’âmes perdues.

CONCLUSION

En somme, Yê-Nu se distingue dans le paysage littéraire béninois par son intrigue originale et la profondeur de son traitement narratif. Le face-à-face des deux sœurs jumelles constitue le moteur essentiel du récit et confère au roman une intensité particulière. Claude BALOGOUN parvient ainsi à allier suspense, réflexion sur l’identité et observation sociale, tout en contribuant au développement du roman policier au Bénin. Ce compte rendu permet donc de mesurer la portée de cette œuvre qui, par son originalité et sa force dramatique, marque une étape importante dans la production romanesque nationale. »>>

Claude B. (Coll.)

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