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Au sujet du BIM: « Le BIM c’est un groupe créé pour accompagner et illustrer musicalement le Benin »

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Hervé Riesen est l’un des instigateurs du groupe musical BIM. Il a fait un tour à Cotonou dans le cadre du Festival international des arts du Bénin (Finab) puis il a bien voulu profiter de l’occasion et de la journée du lundi 02 mars 2026, pour faire un point rapide sur l’existence du groupe  »Bénin international musical » (BIM). C’était à Novotel Bénin qu’il a accordé l’entretien exclusif à Matin Libre.

Matin Libre : AHervé Riesen vous êtes ici, à Cotonou, dans le cadre du Festival international des arts du Bénin qui a pris fin hier. Mais ce n’est pas de cela que nous allons parler. Nous allons parler du projet BIM que nous avons connu ici au Bénin et qui a longtemps duré, mais après on n’en entend plus parler. Le BIM, déjà, c’est quoi pour ceux qui n’en savent rien ?

Hervé Riesen : Alors, le BIM, c’est un groupe, ça veut dire Bénin international musical. Et puis, à l’époque, quand j’avais initié le projet avec mon acolyte Jérôme Ettinger, on s’était inspiré de ce qui s’était passé au Mali, surtout à Bamako, où il y a beaucoup de musique, où il y a une renommée musicale importante et ils avaient créé beaucoup de choses pour donner envie aux gens de venir vivre les expériences au Mali. Après quelques années où ils invitaient sur des projets des artistes virtuoses maliens, toute la communauté internationale avait envie de venir. Et moi, en tant que passionné de musique, au fil des années, plus j’ai approfondi mes recherches, mes écoutes, mes lectures, et plus je suis arrivé sur le Bénin, sur Cotonou, comme berceau de toutes les musiques qu’on écoute en Europe, même Outre-Atlantique, etc. notamment avec les rythmes vaudous, avec les chorales des églises, il y a une technique, une culture musicale. Et tous les musiciens, notamment les musiciens français qu’on a amenés ici, ils ont toujours tous eu le même réflexe de dire « Oula, avant de jouer avec eux, il nous faut quelques jours. » Donc c’était ça. L’idée, c’était effectivement de monter un groupe qui n’existait pas pour deux raisons. Parce que tout le monde, depuis Buena Vista Social Club à Cuba, tout le monde, et c’est super que ça continue, était dans la démarche de recréer, de faire renaître des groupes anciens. Et ça, c’est assez complexe à faire, et puis ça avait déjà été fait.

Et on se disait que pour nous, qui sommes à la base plus des gens de médias et pas des producteurs, peut-être que c’était aussi, on avait plus le sens et la lecture des choses pour créer un groupe moderne avec son héritage, et faire une passerelle vers les jeunes. Mais l’idée, c’est de vraiment préserver tous les rythmes et toute la culture béninoise, englober dans les musiques modernes, parce qu’en fait, il n’y a pas de musique, quand on partage la musique avec le Bim, moi je l’aurais souvent dit, il n’y a pas de la musique de chez vous et de la musique de chez moi. Parce que tout vient de chez vous. Elle est universelle, mais en plus tout vient de là. Si on parle de rock, même de rap, de blues, de jazz.

Donc c’était ça, et c’est pour ça que dans le nom, on a voulu absolument choisir un nom avec le mot Bénin, parce que ce qu’on voulait, c’est que tout ce qui se passe ailleurs, il y ait toujours le mot Bénin, et donner envie aux gens de s’intéresser, et peut-être de venir, et qu’en fait, ça puisse faire rayonner bien au-delà d’un groupe. Alors, c’est pour ça qu’on a fait un énorme travail de circulation et de rayonnement mondial, et je pense que c’est aussi surtout pour ça que vous en avez moins entendu parler sur le deuxième album que sur le premier. C’est aussi pour ça que je suis ici à Cotonou, mais je n’étais pas venu depuis sept ans, parce qu’on a vécu beaucoup de choses avec eux, mais en fait, c’est la première fois depuis 2018 que je les revois ici au Bénin. Et c’est vrai qu’ils ont des activités ici, ils jouent, ils ont du travail, et quand ils viennent aussi, ils profitent de la famille, ils se posent un peu, mais je sais qu’ils jouent quand même régulièrement. Bon, il y a eu l’Evo Doundès il y a deux ans, il y a eu comme ça quelques concerts que moi je n’ai pas eu la chance de venir, et puis il y a eu aussi entre-temps le Covid qui nous a un petit peu bloqués, ralentis pour les voyages et tout ça. Mais dans tous les cas, depuis 2019 maintenant, ils n’ont jamais cessé de tourner au moins deux fois par an, en Europe, au Canada, aux Etats-Unis. Là, dans un mois, ils reviennent, toujours pour des dates en France, pour des dates dans d’autres pays européens. Ils vont aller jusqu’en Malaisie et retourner au Canada. Ils ont fait deux fois New York, dont la prestigieuse salle Carnegie Hall. Donc voilà, il faut aussi qu’on soit bien, bien attentifs, et c’est pour ça que je suis content de reparler à tous les acteurs ici pour garder une forme d’équilibre et que ça revienne aussi beaucoup jouer ici.

Pourquoi est-ce qu’aujourd’hui ils ne sont plus présents comme avant sur le territoire béninois et c’est seulement au-delà des frontières qu’on remarque aujourd’hui que le BIM existe ?

Peut-être parce que ça leur prend beaucoup de temps. Et après, alors là, comme moi je n’étais pas revenu depuis sept ans, je ne saurais pas vraiment dire, peut-être qu’il faut ici aussi un petit peu réactiver les médias, les radios. Et puis ce n’est pas si mal, parce que ça veut aussi dire que depuis sept ans, moi j’ai rencontré là beaucoup d’artistes, beaucoup de jeunes aussi qui viennent et il n’y a pas de temps pour faire jouer tout le monde non plus. Donc voilà, mais il faut effectivement qu’on reste attentif à ça. Il y a peut-être aussi un petit peu des structures avec qui on travaillait, qui ont changé, qui ont évolué. Mais voilà, il faut surveiller ça.

La création du groupe remonte à quand et comment est-ce que les sélections des artistes se font ?

C’est une très bonne question. Bon alors, si on prend le tout premier séjour pour le projet, c’était en 2013. Mais on n’avait pas encore trouvé les musiciens. On appelait ça Cotonou Project, puisqu’on fait ça avec Jérôme Ettinger que j’avais repéré. Il avait monté un projet à succès en Égypte qui s’appelait Egyptian Project, donc 2013. Mais après, ça s’est vraiment déclenché en 2017. Donc on a travaillé, on est arrivé, on a été beaucoup guidés par Aristide Agondanou, qui est le directeur artistique justement du FINAB. Et c’est quelqu’un qui est un ambassadeur musical du Bénin. C’est un peu un BIM à lui tout seul. C’est un des membres d’origine du Gambé Brass Band. Et il est souvent mandaté pour non seulement représenter le Bénin, mais pour aller chercher aussi des artistes ailleurs, pour ramener et exporter les artistes dans pas mal de choses. On le voit dans les Womex, qui sont les grands salons mondiaux, le Visa for Music au Maroc, en France. Lui, c’était le premier qui nous a guidés dans Cotonou, qui nous a emmenés voir des musiciens. On en a rencontré plus de 40 avant d’en sélectionner 7. Aujourd’hui, ils sont 5. Et il y en a 2 qui ont voulu se consacrer à des projets solos. Et en fait, les critères, c’était beaucoup des critères. C’était très dur, parce que c’était très dur de vraiment communiquer à ceux qui ne rentraient pas dans le groupe, que c’était pas une question de qualité ou d’amitié ou tout ça. C’était des histoires de complémentarité, de disponibilité. Et il fallait être très attentif, quand on faisait notamment les premiers essais et les auditions, à trouver des gens très patients et qui avaient l’habitude et l’expérience et qui se projetaient, qui savaient déjà ce que ça allait être la vie du BIM. Puisqu’en fait, quand ils sont en tournée, ils sont tout le temps ensemble, dans les mêmes hôtels, dans le même camion, dans les loges, sur la même scène. Ils vivent vraiment ensemble. Et voilà, il fallait quand même que le projet soit nouveau, donc qu’il n’ait jamais véritablement eu de groupe ensemble, mais qu’ils se connaissent quand même et qu’ils sachent vraiment apprécier tous les paramètres. Donc ça, ça a pris un petit peu de temps. Et ça s’est vraiment constitué en 2018, la concrétisation. Et le premier album en 2018, c’était BIM numéro 1. Et le deuxième est sorti il y a moins d’un an. Il s’appelle Positive Vodun  Et puis, ils ont déjà des nouveaux morceaux. Et en parallèle aussi, pour répondre à la question de pourquoi ils ont été moins présents ici. C’est qu’en parallèle, il y a un auteur de bande dessinée très connu en France qui s’appelle Fabien Toulmé, qui a sorti une bande dessinée qui a bien marché, qui s’appelle Les deux vies de Baudouin, et dont l’histoire se passe à côté de nous. Et il y a beaucoup de scènes de dessin qui sont dans des clubs. Le héros de la bande dessinée est un musicien guitariste qui, justement, il ne connaissait pas l’histoire et la démarche que je viens de raconter du BIM. Et il a fait un peu une BD dans ce sens, avec quelqu’un qui s’ennuie dans son travail très administratif à Paris. À un moment donné, il prend sa guitare, qui est sa seule vraie passion, et il dit je veux aller vivre cette expérience. Et il va rencontrer des musiciens béninois, il va jouer. Et donc, en fait, cet auteur de BD a créé un spectacle visuel qui est comme un dessin animé géant, qui raconte une histoire sur grand écran. Et il a pris le BIM pour accompagner musicalement, illustrer musicalement pendant les projections. Et pour ne pas créer de confusion, ça ne s’appelle pas BIM, ça s’appelle B.O.A. Et donc, ils ont fait une tournée, ils ont fait pas mal de dates, notamment à l’automne, sous B.O.A. Donc à peine, ils sont rentrés là pour la fin d’année, pour le 10 janvier, pour leur famille, pour leur projet. Que là, ils reviennent déjà, donc ils vont revenir au mois d’avril en Europe. Ils vont revenir se reposer 15 jours au Bénin. Et ils vont repartir tout l’été jusqu’à la fin août en tournée.

Est-ce qu’aujourd’hui, il y a d’autres artistes béninois qui manifestent le désir de se faire enrôler dans le BIM ? Est-ce que c’est toujours possible que la sélection continue, que ça s’arrête au cycle ?

Alors, c’est une bonne idée d’aborder ça, parce que ça pourrait répondre à la question de comment refaire un peu, parler du BIM ici, et retrouver un peu le même succès qu’ils ont à l’international, en faisant des choses ici, mais pour des raisons d’organisation, mais surtout de budget, ça serait plutôt des participations, des invitations, faire un morceau avec quelqu’un d’invité, etc. Ou alors, il faudrait que dans X années, pour une raison quelconque, il y ait un membre du BIM qui dise « Voilà, je veux faire autre chose, et là, on pourrait refaire un casting. Mais ce n’est pas du tout prévu, ce n’est pas à l’ordre du jour. Tout le monde est très content, très heureux, on est une famille. Mais il y a cette idée, de toute façon, on a toujours dit qu’il n’y a pas de leader dans le BIM. Si vous les voyez en concert, ils ont tous un rôle, ils sont tellement dans un rôle… Alors c’est sûr qu’il y a Jimmy Bella qui est batteur, chanteur, guitariste, mais il n’est pas leader pour autant. Vous avez Brigitte qui, maintenant, est la seule chanteuse qui est très en devant, donc elle n’est pas leader pour autant. Après, la guitare de Yaovi, qui impressionne tout le monde. Chaque sortie de concert, les gens disent « Waouh, le guitariste ! » Il y a la présence, le charisme et le groove du bassiste de Lionel. Et puis vous avez, avec les percus vaudou, vous avez Émile, qui est très impressionnant à l’international parce qu’ils ne connaissent pas. Lui, il a vraiment un élément tout aussi charismatique et presque mystique de ce qu’ils ne connaissent pas. Donc en fait, ce qu’on nous dit, c’est qu’à chaque fois, le public se laisse en portée et puis ils font des focus à des moments du concert en disant « Ouais, mais c’est lui ! » et puis après « Non, mais c’est lui ! » Donc on a toujours dit qu’il n’y a pas de star, il n’y a pas de leader. La star du BIM, c’est le Bénin. Et c’est le premier mot du groupe Bénin International Musical. On veut que la star soit le Bénin et la musique béninoise. Alors, en termes de retour, quand le BIM circule, donne des prestations et tout, est-ce que vous avez un retour par rapport à les prestations ? Il y a beaucoup de presse, il y a beaucoup de retours. Et en fait, les retours sont très concrets puisque des dates appellent d’autres dates. Donc il y a deux tourneurs en France qui s’en occupent, qui vendent, qui démarchent comme des commerciaux des dates. Et pour eux, c’est de plus en plus fluide comme travail puisqu’il y a de plus en plus de gens qui les voient en concert. Et on est passé d’une époque il y a quelques années où des gens disaient « Ah, j’aimerais bien voir quand même BIM sur scène parce que c’est bien » à maintenant des gens qui disent « Je veux faire ou refaire BIM ». Donc ça, c’est super. Et on le voit notamment en Angleterre où ils ont commencé à faire une ou deux dates en Angleterre et ça en a appelé d’autres. Là, ils y retournent tout le temps. Donc ça, c’est vraiment magique.

Depuis la création, quels sont les pays déjà sillonnés à travers le monde ? 

Beaucoup plus la  France, l’Angleterre, Norvège. Ils avaient fait un concert extraordinaire en Norvège. Hongrie, Suisse, c’est des pays où ils ont joué plusieurs fois. Allemagne, Canada aussi. Alors voilà, ils deviennent un peu des habitués du Canada. Deux énormes concerts à New York, 2018 et 2019. Italie. Et j’en oublie. Mais beaucoup, oui.

Pas mal de pays ?

Oui, pas mal de pays.

Ils ont participé à des compétitions ?

Non, c’est plutôt des festivals. Quelques dates uniques en leur nom, mais plutôt des festivals. Mais jamais vraiment de compétitions au sens concours, tout ça. Voilà.

Alors, qu’est-ce que vous aviez à dire ? D’autres détails que vous aviez à préciser par rapport au BIM ?

Je crois que je l’ai dit pas mal. C’est vraiment. Pour moi, la plus grande réussite, c’est plus que le nombre de concerts ou de personnes, c’est les réactions. C’est-à-dire, effectivement, on a fait découvrir des rythmes et une musique à des gens qui ne connaissaient pas. Et en fait, on est sorti. Ça, c’était une base du départ. On est sorti du strict cadre des amateurs de scènes africaines. Et on va jouer dans des festivals et dans des salles où il y a des jeunes qui vont plutôt voir du rock ou du rap. Et donc, pour eux, c’est presque une première porte. Et ça, c’est vraiment une grande réussite.

Y a-t-il des tendances musicales qu’ils jouent ?

Il y a rythme vodun, on dit afro-rock, un peu de gospel et un peu de rap aussi. Mais ce qui est intéressant, c’est que notamment Brigitte, qui chante et qui rappe, au début, on ne lui disait même pas de rapper. C’est-à-dire qu’elle ne se rendait même pas compte. Elle n’écoutait pas plus de rap que ça. Et on n’appelait pas ça, même entre nous, du rap. Donc, c’est une espèce de tchatch. C’est une espèce de tradition orale accélérée, brute, vraiment très impactante. Ça, c’est fort.

Teddy GANDIGBE

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