Quand des pseudo-artistes en panne d’inspiration veulent utiliser la tradition comme source d’inspiration et bouc émissaire, on assiste à un phénomène paradoxal : ce qui devrait être une richesse devient un alibi. La tradition, par essence, n’est ni un décor folklorique ni un outil opportuniste. Elle constitue un socle vivant, une mémoire collective façonnée par des siècles d’expériences humaines, spirituelles et sociales. La détourner sans compréhension profonde revient à vider un symbole de son sens.
Dans de nombreux contextes culturels, notamment au Bénin, la tradition n’est pas un vestige du passé mais une réalité quotidienne, incarnée dans les langues, les rites, la musique, les valeurs familiales et la vision du monde. Lorsqu’un artiste s’en inspire avec sincérité, il peut produire une œuvre puissante, enracinée et universelle à la fois. Mais lorsqu’il s’en sert comme d’un simple costume esthétique pour masquer un manque de créativité, le résultat devient artificiel, voire caricatural.
Le problème se pose surtout lorsque ces mêmes artistes, après l’échec de leurs productions, rejettent la responsabilité sur la tradition elle-même : « le public n’est pas prêt », « la culture locale ne soutient pas », « les mentalités bloquent ». En réalité, ce n’est pas la tradition qui échoue, mais l’approche superficielle qui en est faite. La tradition exige du respect, de la connaissance et une immersion réelle. Elle ne se résume pas à quelques symboles visuels, à des mots empruntés ou à des rythmes copiés sans compréhension de leur portée.
Il faut aussi reconnaître que la création artistique authentique demande un travail intérieur : recherche, formation, discipline et identité assumée. Beaucoup d’artistes qui réussissent à valoriser leur patrimoine culturel y parviennent parce qu’ils vivent cette culture, la comprennent et la transforment avec intelligence. Ils ne l’utilisent pas comme un refuge en cas d’échec, mais comme une source d’innovation.
En définitive, la tradition ne doit jamais être un bouc émissaire. Elle peut être une source d’inspiration infinie, mais seulement pour ceux qui l’abordent avec humilité et vérité. L’artiste véritable ne se cache pas derrière elle : il dialogue avec elle, la réinvente et la transmet. C’est là que naît l’art durable, celui qui traverse le temps et parle à la fois aux ancêtres, aux contemporains et aux générations futures.
- Zossoungbo (coll.)
