Installés pour la mandature 2026-2033, les nouveaux maires béninois entrent déjà dans une phase d’évaluation. Entre attentes sociales élevées, contraintes budgétaires persistantes et exigence de résultats rapides, leur capacité à améliorer concrètement la gouvernance locale sera déterminante pour la crédibilité de la décentralisation.

Dans les communes béninoises, la période de grâce des nouveaux exécutifs locaux se raccourcit. Les populations attendent des améliorations visibles dans des domaines clés tels que l’accès à l’eau potable, l’assainissement, l’entretien des voies urbaines et rurales, la gestion des marchés ou encore l’emploi des jeunes.

La progression des réseaux sociaux et des mécanismes d’interpellation citoyenne accentue cette pression. Les maires sont désormais soumis à une observation permanente de l’opinion publique. Dans ce contexte, les premières décisions et réalisations pèseront lourd dans la perception de leur efficacité.

La contrainte financière toujours déterminante

Le principal défi demeure la faiblesse des marges financières locales. Malgré les réformes de la décentralisation, la majorité des communes dépend encore largement des transferts de l’État via le Fonds d’appui au développement des communes. Les recettes propres restent limitées, surtout dans les collectivités à faible base économique.

Cette situation impose une gestion rigoureuse et innovante. L’amélioration du recouvrement fiscal local, la sécurisation du patrimoine foncier communal et le développement de partenariats constituent des leviers essentiels pour accroître la capacité d’investissement. La performance des maires se jouera autant dans la mobilisation des ressources que dans leur utilisation efficiente.

Le défi central de la gouvernance locale

Au-delà des moyens, la qualité de la gouvernance sera scrutée. Les citoyens exigent davantage de transparence dans la gestion communale. La publication des informations budgétaires, le suivi effectif du Plan de développement communal et la lutte contre les pratiques de favoritisme deviennent des standards attendus.

Par ailleurs, plusieurs communes restent confrontées à un déficit de compétences techniques dans leurs administrations. Les insuffisances en matière de planification, de passation des marchés ou de montage de projets structurants peuvent freiner l’action locale. Le renforcement des capacités administratives apparaît donc comme un facteur clé de performance.

Entre autonomie locale et encadrement de l’État

Le processus de décentralisation au Bénin demeure marqué par un encadrement important de l’État central. Les mécanismes de contrôle et de validation continuent d’influencer fortement l’action communale. Cette situation crée une tension entre les attentes de résultats rapides des populations et les contraintes procédurales auxquelles font face les maires.

Pour de nombreux observateurs, la mandature 2026-2033 servira de test pour la maturité du système décentralisé. Trouver le juste équilibre entre autonomie de gestion et contrôle de légalité sera déterminant pour l’efficacité de l’action locale.

L’innovation comme levier d’efficacité

Face aux contraintes structurelles, l’innovation territoriale apparaît comme une voie prometteuse. La digitalisation des services communaux, la mobilisation de la diaspora, la coopération décentralisée et les initiatives liées à l’économie verte et bleue offrent de nouvelles perspectives.

Les communes capables d’innover pourraient rapidement améliorer la qualité des services publics et renforcer la confiance citoyenne. En définitive, cette mandature s’annonce décisive. Elle dira si la gouvernance de proximité au Bénin peut véritablement répondre aux attentes des populations et consolider les acquis de la décentralisation.

Th.A.

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