Après le Golf de Minerton en 2025, au Cap, c’est dans l’élégance feutrée du Golf de Rondebosch, à Cape Town, que l’Institut de l’Être a tenu sa journée annuelle d’étude. Un cadre paisible, chargé d’histoire, dans une Afrique du Sud marquée par l’héritage de Nelson Mandela — figure d’une vision politique où la dignité humaine ne limite pas le pouvoir, mais l’oriente.

Le thème choisi n’avait rien d’anodin : la raison d’être de l’entreprise. En avril 2022, un numéro spécial de la Harvard Business Review posait une question devenue centrale dans le débat économique mondial : « What is the purpose of the corporation? » Autrement dit : quelle est la raison d’être de l’entreprise ? Pourquoi existe-t-elle au-delà de la recherche du profit ? La question n’est plus académique. Elle traverse désormais les conseils d’administration des grandes entreprises internationales.

En France, la loi Pacte de 2019 a introduit la possibilité d’inscrire dans les statuts une « raison d’être », voire d’adopter le statut d’« entreprise à mission ». De Veolia à Danone, de Schneider Electric à de grands groupes américains, les sociétés cotées ne se définissent plus seulement par leur capitalisation boursière, mais par la contribution qu’elles entendent apporter à la société.

Et le mouvement ne se limite pas à l’Europe ou aux États-Unis

En Afrique également, plusieurs entités ont formalisé leur identité stratégique. Ecobank se définit comme la banque panafricaine. Ce n’est pas un slogan publicitaire. C’est un positionnement structurant : être l’institution financière de l’intégration africaine. Cette définition irrigue son déploiement territorial, son modèle de gouvernance et son ambition continentale. Il est essentiel de dissiper un malentendu : travailler sur la raison d’être n’est pas une posture anticapitaliste. Ce n’est pas l’opposition caricaturale entre l’être et l’avoir. Opposer les deux relève d’un raccourci idéologique. L’avoir — le capital, la performance, la rentabilité — est indispensable. Mais l’être — la finalité, la contribution, le sens — lui donne direction et cohérence. Sans performance, il n’y a pas d’entreprise. Sans finalité, il n’y a pas de légitimité.

Les entreprises qui réussissent durablement sont précisément celles qui connaissent leur raison d’être, même lorsqu’elles ne la formalisent pas explicitement. Elles savent pourquoi elles existent. Elles savent à quel besoin profond elles répondent. Elles savent arbitrer.

L’ambition de l’Institut de l’Être est claire : vulgariser ce concept et accompagner les entreprises dans sa formalisation concrète. Il ne s’agit pas d’ajouter une déclaration à un rapport RSE, mais de bâtir un plan stratégique cohérent permettant de traduire la raison d’être en décisions, en investissements et en choix organisationnels. Car une raison d’être sans déclinaison stratégique reste une proclamation. Une raison d’être alignée sur un plan opérationnel devient une force.

S’inscrire dans une vision nationale : le cas du Bénin 2060

 Cette réflexion a également été l’occasion de saluer la Vision Bénin 2060. Cette stratégie prospective ambitionne de faire du Bénin, à l’horizon 2060, un pays économiquement prospère, socialement inclusif et institutionnellement solide. Elle repose sur la transformation structurelle de l’économie, l’industrialisation progressive, la modernisation des infrastructures, le renforcement du capital humain et l’amélioration continue de la gouvernance.

La vision est posée

Mais toute vision pose la même question stratégique : le cap est défini, reste le chemin. Le “quoi” est connu. Le “comment” est décisif. La clé de la réussite réside dans la capacité des entreprises béninoises à aligner leur propre stratégie sur cette ambition nationale. Il ne s’agit pas d’un exercice administratif. Il s’agit d’un travail de cohérence économique.

Cela suppose :

  • de définir clairement leur raison d’être ;
  • d’identifier leur contribution spécifique à la Vision 2060 ;
  • d’adapter leur plan stratégique pour participer concrètement à la transformation productive du pays.

Une vision nationale ne se réalise pas uniquement par l’action publique. Elle se réalise par l’alignement des acteurs économiques.

L’Institut de l’Être entend contribuer à cet alignement : aider les entreprises béninoises à clarifier leur identité, structurer leur stratégie et inscrire leur développement dans la trajectoire nationale.

De la déclaration à la transformation

La raison d’être n’est pas une mode managériale. Elle est un indicateur de maturité. Elle signale un capitalisme qui ne renonce ni à la compétitivité ni à la rentabilité, mais qui accepte d’assumer une question plus exigeante :

Pourquoi existons-nous ?

 Et surtout :

Sommes-nous prêts à laisser cette réponse guider réellement nos décisions ?

La journée annuelle de l’Institut de l’Être au Cap l’a rappelé avec force : la solidarité dépasse les frontières nationales, comme en témoigne le soutien apporté à une fondation sud-africaine œuvrant auprès des plus défavorisés. L’économie moderne n’est plus seulement une affaire de chiffres. Elle est devenue une affaire de cohérence. Et c’est peut-être là, dans cette cohérence retrouvée entre l’être et l’avoir, que se joue le prochain chapitre du capitalisme.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici