L’attaque terroriste survenue dans la nuit du 28 au 29 janvier à l’aéroport de Niamey  révèle à ne point en douter les failles du dispositif sécuritaire mis en place depuis l’arrivée du Général Tiani au pouvoir. Mais curieusement, au lieu de le reconnaître, le patron de la junte au pouvoir au Niamey semble choisir de porter à d’autres les responsabilités de son propre échec. Analyse.

Le 29 janvier dernier alors qu’il visitait la base militaire 101 de l’aéroport de Niamey attaquée nuitamment par des terroristes, le Général Abdourahamane Tiani a tenu des propos d’une rare discourtoisie diplomatique, accusant directement trois présidents d’être des sponsors de cette attaque. « Nous rappelons aux sponsors de ces mercenaires, notamment Emmanuel Macron, Patrice Talon, Alassane Ouattara, nous les avons écoutés suffisamment aboyer. Qu’ils s’apprêtent eux aussi à leurs tours à nous voir rugir », avait-il affirmé sans barguigner. Ce genre d’accusations est fréquente dans les interventions publiques du Général Tiani qui ne manque aucune occasion de s’en prendre à ces différents présidents lorsqu’il s’agit de la précarité sécuritaire dans la sous-région. Seulement voilà, avec le temps, les accusations de Tiani ont commencé à perdre de la valeur au fil du temps. Et pour cause, les incohérences sont de plus en plus évidentes dans le discours de l’homme fort du Niamey sans oublier le manque de solutions concrètes face à l’aggravation des crises sociales, économiques et sécuritaires dans le pays.

Incohérence

A la tête du pays depuis le putsch du 26 juillet 2023, le narratif anti-français du Général Tiani emballe de moins en moins. C’est d’ailleurs ce que dénonce le docteur Abdourahamane Barry sur la chaîne de télévision ivoirienne Life Tv qui se pose assez de questions sur la pertinence du narratif anti-français. « Quand on cherche un chef ce n’est pas fait pour trouver des excuses mais c’est pour prendre des décisions et trouver des solutions. Depuis son arrivée au pouvoir, le Général Abdourahamane Tiani a toujours accusé les autres. Chaque fois qu’il y a eu un problème, une attaque c’est toujours le même narratif, c’est toujours la France, c’est toujours le même narratif, la Côte d’Ivoire, le Bénin. La Côte d’Ivoire comme les gens l’ont dit, n’est pas frontalier du Niger. Je ne sais comment et pourquoi elle peut être derrière cet attentat. C’est facile pour lui de savoir ce qui se passe à Abidjan. Une fois, il avait dit qu’il y a des mercenaires qui se formaient à Jacqueville », déplore-t-il avant d’ironiser : « il sait ce qui se passe chez les autres mais il ne sait pas ce qui se passe chez lui ». Dans son explication, le sociologue déclare que « ceux qui viennent attaquer, on sait tous en regardant la carte que la région de Tilabery est la région la plus touchée après son arrivée au pouvoir, soit 1200 morts. Depuis son arrivée au pouvoir c’est 1700 victimes civiles et militaires. La zone la plus touchée c’est Tilabery. Tilabery, ce n’est pas la frontière du Bénin, ce n’est pas la frontière du Nigéria. C’est à la zone des trois frontières, entre le Burkina, le Niger et le Mali. Si des frontières sont poreuses, c’est celles-là. Pourquoi il n’accuse pas le Burkina ? Pourquoi il n’accuse pas le Mali ? C’est la Côte d’Ivoire qui est à près de 3000km qu’il accuse. Du côté du Bénin, la frontière est fermée. Si, des gens ont traversé la frontière, c’est que du côté nigérien, on a fait preuve de flexibilité. C’est une question de raisonnement », a-t-il lâché.

Pour conforter son argumentaire, Dr Barry ajoute : « la base 101 abritait un détachement des troupes coalisées de l’AES (Alliance des Etats du Sahel) », avant de s’interroger : « qui sont les responsables du JNIM ? C’est la question que personne ne pose. Iyad Ag Ghali, c’est un citoyen malien connu des autorités maliennes. Jaffar Dicko, c’est un citoyen burkinabè. Ce n’est pas un français, ce n’est pas un citoyen togolais, ce n’est pas Béninois. Ils sont connus. Amadou Kouffa, il est citoyen malien originaire de Mopti. Tout le monde connaît sa famille au Mali. Ceux-là, on ne les accuse pas.

Le porte-parole du gouvernement béninois assimile les accusations du Général Tiani à de la jalousie. « Nous n’avons pas le temps à perdre pour des gens dont la seule vocation est de nous empêcher à ne pas être premier » avant d ‘ajouter qu’« à la suite des déclarations de M. Tiani, même les nigériens disent ne pas y croire »

Deux poids, deux mesures

Sur Live Tv, Abdourahamane Darry dénonce les deux poids, deux mesures du Général Tiani et de la politique anti-française. « Le Général Tiani a dit quelque chose de très important. Il a remercié la Russie. Donc aujourd’hui, on remercie des troupes étrangères qui viennent en renfort ? Donc des soldats russes peuvent intervenir au Niger, ça ne pose aucun problème ? Quand la France est intervenue au Bénin sur demande de Patrice Talon, président élu, ça criait partout violation de souveraineté. Donc tant que c’est la Russie, tant que c’est la Chine, tant que c’est la Turquie, ça va, ça ne pose aucun problème de souveraineté. C’est la France qui est le loup. C’est ce narratif qu’on a servi aux rues. Quand vous allez à Ouagadougou et à Bamako, il y a des gens qui sont dans les carrefours et font des vidéos. C’est à ceux-là que le général Tiani s’adresse », s’offusque l’analyste politique qui revient sur la rançon de 50 millions de dollars payée par les Emirats Arabes Unis au JNIM pour la libération d’un général d’armée en retraite. Et de conclure : « ce n’est pas la France qui a payé cette rançon ».

M.M

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