(Une opportunité structurante pour le pays)
La création d’une unité d’appui en ressources humaines à la Présidence de la République marque une évolution importante dans la manière d’aborder la gestion du capital humain au sein de l’administration. Cette décision traduit une prise de conscience claire : la performance des politiques publiques dépend directement de la capacité de l’État à identifier, attirer et fidéliser les talents dont il a besoin.
Dans un contexte de transformation accélérée, cette initiative constitue pour le Bénin une opportunité majeure de professionnalisation durable des pratiques de recrutement et de gestion des compétences.
Du recrutement administratif au pilotage stratégique des talents
Historiquement, dans de nombreuses administrations, le recrutement s’est construit autour d’une logique classique consistant à répondre à un besoin exprimé, organiser un processus de sélection puis pourvoir le poste. Ce modèle montre aujourd’hui ses limites face à la concurrence accrue entre secteur public et secteur privé pour les profils qualifiés, ainsi qu’à l’émergence de nouveaux métiers nécessitant des compétences rares.
Les États les plus performants ont progressivement fait évoluer leur approche vers une gestion stratégique des talents fondée sur l’anticipation, la structuration de viviers de compétences et l’attractivité de la fonction publique. La création d’une unité dédiée au plus haut niveau de l’État s’inscrit clairement dans cette évolution.
Cette initiative traduit également l’entrée progressive de l’État dans une logique de marque employeur publique. Dans un contexte de compétition accrue pour les compétences, notamment dans les métiers techniques, numériques ou stratégiques, les administrations ne peuvent plus se limiter à une posture attentiste fondée sur la seule stabilité de l’emploi public. Attirer les meilleurs talents suppose désormais de travailler la visibilité, la lisibilité des parcours, la valorisation des missions d’intérêt général et la crédibilité des processus de recrutement. L’État devient ainsi un employeur qui doit rendre sa proposition de valeur lisible et construire une relation durable avec ses talents, à l’image des organisations les plus avancées.
Une dynamique déjà engagée sur le continent africain
Plusieurs pays africains ont engagé des réformes importantes de modernisation de la gestion des ressources humaines publiques. Le Rwanda s’est notamment distingué par la digitalisation de ses recrutements et la mise en place de dispositifs visant à attirer des talents, y compris issus de la diaspora. Le Maroc a, de son côté, structuré des démarches de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences tout en développant des portails nationaux de recrutement public. Ces initiatives témoignent d’une volonté partagée de professionnalisation.
Toutefois, la création d’une unité spécifiquement dédiée à l’attraction stratégique des talents, placée au sommet de l’État et inscrite dans une logique proactive de constitution de viviers de compétences, demeure encore rare. En ce sens, le Bénin semble aujourd’hui prendre une longueur d’avance.
Une réforme porteuse d’opportunités
Telle qu’annoncée, cette initiative pourrait produire plusieurs effets structurants : une meilleure anticipation des besoins en compétences stratégiques, un renforcement de l’attractivité de la fonction publique et une accélération des recrutements sur les fonctions clés. Lorsque l’État élève son niveau d’exigence en matière de recrutement, l’ensemble du marché du travail tend naturellement à suivre cette dynamique.
Les conditions de réussite
Comme toute réforme structurelle, son impact dépendra de sa mise en œuvre opérationnelle. Sa réussite reposera sur la clarté du mandat confié aux acteurs en charge, la mobilisation de compétences RH modernes, la standardisation et la transparence des procédures, la digitalisation des processus ainsi que l’implication des managers publics dans la fonction recrutement.
Transformer l’intention en pratiques durables
La création de cette unité constitue un signal fort. Sa réussite dépendra désormais de sa capacité à traduire l’ambition en méthodes, outils et résultats mesurables. Si elle s’inscrit dans la durée, cette initiative pourrait devenir un levier déterminant de modernisation de la gestion des talents publics et contribuer durablement au renforcement du capital humain au Bénin.
Djamila IDRISSOU SOULER
Consultante marketing Rh et management des organisations





