Après l’échec aux élections générales de 2026, le parti Les Démocrates perd ses leviers au Parlement, dans les communes et à la Présidence. Dans ce vide, le Sénat contesté, issu de la révision constitutionnelle, devient l’ultime rempart pour sa survie politique via la trêve instituée. Cependant, le refus de Boni Yayi d’y siéger menace de priver l’opposition de son dernier accès légal au sommet de l’appareil d’État.
Le paysage politique béninois dans cette atmosphère d’élections générales de 2026 révèle une configuration complexe pour l’opposition, et plus spécifiquement pour le parti Les Démocrates. Après une série d’échecs lors des scrutins communaux, législatifs et présidentiel, cette formation politique se trouve désormais confrontée à un vide institutionnel qui menace sa capacité d’action et sa visibilité sur l’échiquier national. Dans ce contexte de reflux électoral, le Sénat, institution introduite par la révision constitutionnelle contestée par cette même opposition, émerge comme l’unique point d’ancrage légal et le dernier rempart pour la survie politique du parti. Puisque, l’architecture de la réforme constitutionnelle a profondément modifié les mécanismes d’accès au pouvoir. En perdant sa représentation au Parlement, le parti Les Démocrates perdra son droit de regard sur le vote des lois et le contrôle de l’action gouvernementale. Parallèlement, l’absence de maires issus de ses rangs prive le parti de Boni Yayi de la base territoriale nécessaire pour mobiliser les électeurs et gérer les affaires de proximité. Cette exclusion totale des instances électives crée ainsi une rupture entre le parti et les centres de décision de l’État. Dans ce sillage, intervient la notion de trêve politique, évoquée comme une nécessité pour stabiliser le climat social après les cycles électoraux en cours. Dans sa mise en place, les instigateurs ont indiqué que le Sénat a été conçu pour incarner cette fonction de régulation et de continuité. Autrement, contrairement à l’Assemblée nationale, sujette aux variations du suffrage direct, le Sénat offre une structure de stabilité où les équilibres peuvent être maintenus en dehors des périodes de confrontation électorale. Pour l’opposition, siéger dans cette chambre haute n’est plus seulement une option de participation, mais une nécessité de subsistance. Sans cette présence, le parti sort du périmètre de la légalité institutionnelle pour devenir une entité purement extra-parlementaire, dépourvue de moyens d’action concrets sur les politiques publiques. Le droit de siège automatique prévu pour les anciens présidents de la République constitue, dans cette optique, l’ultime levier de sauvetage. En sa qualité d’ancien chef de l’État et de président actuel des Démocrates, Boni Yayi dispose d’une place de droit au sein de cette nouvelle institution. Cette disposition permettrait, théoriquement, d’assurer une voix à l’opposition au sommet de l’appareil étatique, garantissant ainsi un accès aux informations de l’État et une tribune officielle protégée par des immunités. Cela permettrait également de maintenir un canal de dialogue avec le pouvoir en place dans le cadre de la trêve instituée.
Mais…
Cependant, cette perspective se heurte à une contradiction politique majeure. Dès la création de l’instance, Boni Yayi a publiquement exprimé son refus d’intégrer le Sénat, considérant l’institution comme le produit d’une réforme qu’il conteste sur le fond. Ce refus place le parti dans une position délicate. Si le leader de l’opposition maintient sa renonciation, il ferme la dernière porte d’accès au système décisionnel béninois. L’absence des Démocrates au Sénat, après leur défaite dans toutes les autres instances, signifierait une disparition totale des radars institutionnels du pays. La stratégie du boycott ou du retrait, bien que cohérente avec une posture de contestation idéologique, risque d’aboutir à une marginalisation irréversible. Sans siège au Sénat, le parti perd non seulement sa capacité de proposition, mais aussi son statut d’interlocuteur légitime face à la communauté internationale et aux partenaires nationaux. La survie des Démocrates dépend donc de l’arbitrage entre la fidélité à une ligne de protestation et la nécessité pragmatique d’occuper le dernier espace de pouvoir disponible. La notion de trêve ne peut fonctionner que si les deux forces en présence acceptent d’utiliser les cadres de concertation prévus par la loi. En se retirant du Sénat, l’opposition acte son impossibilité à influencer le cours des événements par les voies légales pour les 14 prochaines années. Le parti Les Démocrates se trouve ainsi à la croisée des chemins, où le Sénat représente soit le lieu d’une renaissance politique par la participation, soit le témoin d’un effacement définitif au profit d’une existence exclusivement symbolique en dehors des institutions de la République.
J.G
