(Un défi pour l’ordre républicain)
Le procès de la jeune tiktokeuse Florence Kingbo, qui s’est ouvert ce mardi 3 février 2026, ne ressemble à aucun autre. Dans le box des accusés de la Criet, la jeune femme de 21 ans n’a pas seulement répondu à des chefs d’inculpation ; elle a imposé son style, ses codes et une désinvolture qui bouscule totalement les habitudes de la justice béninoise. Ça craint.
Dès le début de l’audience, le ton est donné. Florence Kingbo apparaît en mâchant un chewing-gum, un geste banal pour une vidéo sur les réseaux sociaux, mais perçu comme un affront dans une salle d’audience. Face à l’agacement des magistrats, sa réplique est immédiate : « Depuis quand est-il interdit de manger ? ». Cette petite phrase résume à elle seule le fossé qui sépare la « Génération TikTok » de l’institution judiciaire. Loin des solennités, le tribunal devient un espace de discussion ordinaire.
Le moment le plus surprenant de la journée a sans doute été le désaccord entre la prévenue et son propre avocat. Alors que Me Aboubacar Baparapé tentait de la protéger en plaidant une forme de « folie » ou d’irresponsabilité, Florence Kingbo l’a coupé net. « Les personnes atteintes de folie se promènent nues ». En refusant d’être prise pour une malade, elle choisit d’assumer ses actes et ses propos à sa façon grossière comme dans ses vidéos TikTok.
Même l’idée de la prison ne semble pas l’effrayer. En déclarant qu’elle s’y sent « trop à l’aise » et qu’elle y mange « sept fois par jour », elle tourne la sanction en dérision. Cette attitude de défi montre à quel point l’autorité traditionnelle a du mal à intimider une jeunesse qui a fait de la provocation sa marque de fabrique sur Internet. En affirmant que le dossier peut attendre 2030 s’il le faut, Florence Kingbo montre qu’elle a compris une chose : dans le monde d’aujourd’hui, l’image compte autant que le verdict.
Un défi pour l’ordre républicain
Cependant, cette attitude soulève une inquiétude majeure : celle de voir un tel comportement faire école auprès d’une jeunesse en quête de modèles. Si la provocation et le dédain envers les juges deviennent une mode ou un moyen de gagner en popularité, de faire le buzz, c’est tout le respect dû à la justice qui s’effondre. C’est toute la crédibilité de l’institution judiciaire qui est menacée. En transformant le tribunal en scène de spectacle, on court le risque d’un mépris généralisé de l’autorité, où la loi ne serait plus perçue comme respectable, mais comme un détail que l’on peut tourner en dérision.
Un rendez-vous attendu
L’affaire a été renvoyée au 24 mars 2026. Ce jour-là, la Criet devra trancher. Mais une question reste posée : comment la justice peut-elle réagir face à une génération qui n’a plus peur des codes anciens et qui utilise chaque tribune, même celle d’un tribunal, pour faire passer son message ?
Fifonsi Cyrience KOUGNANDE
