(Les naufragés du savoir, le plaidoyer pour un pont de douze mois)
Le couperet est tombé. Suite au Conseil des ministres du 28 janvier, une note ministérielle a scellé le destin de l’École doctorale pluridisciplinaire, Espaces, cultures et développement (Edp-Ecd) de l’Université d’Abomey-Calavi (Uac). La fermeture annoncée de cette Ecole doctorale suite à «de graves dysfonctionnements» et la date butoir du 10 février pour les soutenances en instance créent une onde de choc. Si, au-delà des décrets, ce sont des centaines de parcours qui vacillent, cette situation met en lumière une réalité fragile : en Licence, en Master ou en Doctorat, la soutenance dépend souvent de la disponibilité et de l’humeur du maître de mémoire.
La note adressée au Recteur de l’Uac est sans équivoque : les portes se referment. Seules les soutenances en instance, dont les rapports d’instruction sont déjà validés, bénéficient d’une fenêtre de tir jusqu’au 10 février. Fixer une échéance au 10 février pour des soutenances, alors que la note fait suite à un Conseil tenu fin janvier, impose un rythme commando. Et la question est de savoir si les soutenances peuvent tenir dans cette fenêtre de temps.
Le Oui qui semble se dessiner se veut révélateur. En effet, que ce soit pour un mémoire de Master ou une thèse de Doctorat, l’étudiant se trouve dans une posture de vulnérabilité temporelle. Une correction qui tarde, un silence prolongé ou un changement d’humeur peuvent transformer une année d’effort en une attente interminable. Ainsi, la décision ministérielle concernant les soutenances en instance ne soulève pas seulement des questions de décrets et de dates butoirs. Elle met en lumière une réalité souvent vécue dans le secret des amphithéâtres, de la Licence au Doctorat : dans l’enseignement public, où les défis sont nombreux, l’humeur et la diligence du maître deviennent parfois les véritables arbitres du temps académique.
La réforme actuelle agit donc comme un signal d’alarme : le destin d’un étudiant ne devrait pas être suspendu aux aléas d’un emploi du temps ou à la subjectivité d’un encadrant, mais protégé par un cadre institutionnel garantissant des délais de réponse. Elle place les directeurs de thèse devant leurs responsabilités : celui qui fait traîner une correction aujourd’hui condamne son étudiant demain. En effet, face à l’échéance du 10 février, le rôle du maître de mémoire n’a jamais été aussi crucial. Il s’agit de passer d’une autorité de prestige à une autorité d’accompagnement. La bienveillance et la ponctualité de l’encadrant deviennent alors les seuls remèdes pour éviter que des étudiants en fin de cycle ne se retrouvent dans une impasse administrative.
Rééquilibrer la balance
Cette échéance du 10 février est l’occasion de rééquilibrer la balance. En encourageant une culture de la rétroaction rapide, l’Université peut s’assurer que les réformes structurelles ne soient pas perçues comme des sanctions, mais comme des opportunités de croissance. La fermeture annoncée de l’Edp qui offre plusieurs formations doctorales (Géographie et Gestion de l’Environnement, Sociologie/Anthropologie, Études anglophones, Lettres Modernes, Linguistique, Psychologie et Sciences de l’Éducation, Histoire et Archéologie, Philosophie) nous rappelle que derrière chaque dossier suspendu, il y a une vie, un rêve et des années de sacrifice. L’humeur du maître ne devrait pas être le facteur qui fait pencher la balance vers l’abandon ou le succès. Puisse cette décision de restructuration servir de chance pour créer un nouveau contrat de confiance, où l’étudiant est soutenu par une administration vigilante et un directeur attentif. C’est à ce prix que l’excellence de l’enseignement public cessera de produire des naufragés du savoir et retrouvera ses lettres de noblesse.
Le plaidoyer pour un pont de douze mois
Face à la décision du gouvernement, les doctorants, d’après les informations relayées par le média b24news.bj proposent une alternative : une transition encadrée d’au moins un an. Ce délai permettrait d’achever les travaux déjà engagés et d’intégrer les réformes sans sacrifier une génération de chercheurs. En effet, ceux-ci ne demandent pas l’arrêt du changement, mais un pont solide pour traverser la rive du renouveau.
Une doléance qui mérite qu’on y réfléchisse. En réalité, l’inquiétude des étudiants est légitime : la suspension des inscriptions par exemple, crée un statut de «chercheur fantôme». C’est toute une cohorte de l’élite intellectuelle qui se retrouve dans une impasse administrative. La proposition des doctorants : une transition d’un an, n’est pas une opposition à la réforme, mais un appel à la continuité pédagogique. De toute évidence, une réforme réussie ne se mesure pas seulement à la rigueur de ses décrets, mais à sa capacité à ne laisser personne sur le bord du chemin. L’enjeu est de transformer l’Edp-Ecd sans transformer le parcours doctoral en un labyrinthe d’incertitudes.
Fifonsi Cyrience KOUGNANDE
