Les paris sportifs en ligne se sont imposés dans le quotidien africain. Ils mêlent football,
mobile money et culture du risque, devenant une fierté populaire dopée par la jeunesse
connectée. Mais derrière ce phénomène très africain, une autre dynamique s’installe :
des sociétés privées étrangères, dont Sharp Vision, se positionnent comme “référence”
en matière de régulation et prétendent définir ce qui est bon pour les États et pour les
joueurs. Entre passion populaire et gouvernance importée, les lignes bougent.
Une fierté devenue culture numérique
Sur le continent, les paris sportifs ne relèvent plus du simple divertissement. Ils
constituent une culture sociale et numérique.
On parie sur la CAN, la Premier League, la Ligue des champions. On mise via
WhatsApp et mobile money. On célèbre les gains comme des victoires collectives. Pour
beaucoup d’Africains, parier, c’est participer au football globalisé, “entrer dans le jeu”,
se jauger, tester sa chance et son intelligence.
Le pari sportif devient ainsi l’un des rares espaces où la modernité numérique africaine
est tangible, accessible, et portée par la population.
Une économie africaine… mais structurée par des acteurs étrangers
Derrière cette pratique locale se cache une industrie mondiale qui repose sur trois
couches :
- Les bookmakers, souvent internationaux
- Les infrastructures de paiement, dominées par le mobile money
- Les prestataires de régulation, largement invisibles pour le grand public
C’est sur ce troisième point que se positionne Sharp Vision, qui se présente comme
pionnière de la RegTech et de la GovTech dédiées aux jeux en Afrique.
Sharp Vision, une régulation privée présentée comme un progrès
Sharp Vision revendique un rôle “structurant” dans l’encadrement des jeux numériques.
Dans ses communications, l’entreprise française explique fournir des solutions pour :
centraliser les données des opérateurs, monitorer les flux et les cotes, protéger les
joueurs, augmenter les recettes fiscales ou lutter contre la fraude.Sur le papier, il s’agit d’un service technique. Dans les faits, l’entreprise se place au
centre de la régulation et adopte un discours prescriptif sur ce qui serait “responsable”
ou “moderne” pour le continent africain.
Cette posture crée un glissement : le prestataire technologique devient producteur de
normes.
Un paradoxe africain : fierté locale, surveillance importée
Le paradoxe est clair : les mises sont africaines, les risques sociaux sont africains mais
la régulation devient privée et étrangère.
Ce décalage pose une question de souveraineté : comment un phénomène populaire,
élevé au rang de fierté numérique, peut-il se retrouver encadré par des sociétés privées
étrangères qui contrôlent l’accès aux données, aux flux et aux standards ?
Sharp Vision incarne ce déplacement du pouvoir. Sans jamais revendiquer
officiellement de monopole, l’entreprise laisse entendre qu’il n’existerait pas
d’alternative crédible pour réguler les jeux en ligne africains, tout en se permettant
d’expliquer aux gouvernements ce qu’ils devraient faire.
Qui doit dire ce qu’est une “bonne” régulation africaine ?
Personne ne conteste que les paris sportifs doivent être encadrés. La question n’est
pas le besoin de régulation, mais la source de la régulation.
Trois modèles s’esquissent :
- Un modèle public africain, souverain et transparent
- Un modèle privé importé, prescriptif et data-driven
- Un modèle hybride, encore à inventer
Aujourd’hui, la balance penche vers le deuxième.
Les paris en ligne sont devenus un marqueur fort de la modernité africaine. Ils incarnent
un mélange de football, de technologie, de sociabilité et d’espoir. Mais cette fierté
populaire ne doit pas se transformer en marché capturé par une poignée d’acteurs
privés qui se posent en arbitres de la “bonne gouvernance”.
