Dans la guerre russo-ukrainienne déclenchée le 24 février 2022, l’Afrique y joue une partition maladroite. Elle est sollicitée pour livrer des combattants et des travailleuses d’usines de fabrication d’armes. Une étude menée par l’Institut Français des Relations Internationales(IFRI) donne des détails sur les recrutements russes d’environ 1400 sur le continent.
Cette étude sur la politique de recrutement russe en Afrique subsaharienne met en lumière plusieurs éléments. Selon les auteurs, « la Russie mène une campagne de recrutement de main-d’œuvre féminine et de combattants non professionnels en Afrique subsaharienne pour soutenir son effort de guerre ». Menée sur les réseaux sociaux, cette campagne est attractive pour une jeunesse urbaine pauvre qui conçoit l’émigration économique comme une solution pour une vie meilleure et comprend que l’Europe est une destination de plus en plus inaccessible. Ces recrutements abusifs et trompeurs s’apparentent à une forme de trafic d’êtres humains dont la conséquence la plus tragique est l’envoi sur le front de mercenaires amateurs comme « chair à canon ». Pour certains, cette aventure migratoire dans une guerre étrangère est un aller sans retour et, pour beaucoup, la guerre est un piège qui se referme sur eux.
Ces recrutements d’étrangers en Russie
En Afrique, les premiers recrutements furent effectués par le groupe Wagner dans les pays où il s’était établi depuis plusieurs années (Centrafrique, Mali, Burkina Faso). Mais le recrutement est désormais organisé et étendu à des pays africains qui n’accueillent pas de forces paramilitaires russes et qui ne se sont pas alignés diplomatiquement sur la Russie depuis le début du conflit (Botswana, Côte d’Ivoire, Ghana, Cameroun, Sierra Leone, Kenya, etc.). Ces recrutements de combattants prennent la forme d’offres d’emploi attractives, compte tenu des niveaux de rémunération en Afrique, et ne mentionnent pas toujours explicitement leur véritable objet. Ils recherchent des professionnels des armes (militaires et policiers) ainsi que des civils. Pour les candidats au mercenariat, comme en attestent certains témoignages, le package de recrutement peut comprendre : un paiement initial d’environ 2 300 euros à la signature du contrat ; un salaire mensuel de 2 300 à 2 500 euros ; une assurance maladie ; l’obtention d’un passeport russe pour le candidat et pour sa famille proche. Depuis le début du conflit, les règles d’obtention de la nationalité russe ont été allégées pour les étrangers signant un contrat avec le ministère de la Défense. D’après certains témoignages, il est même promis aux recrutés qu’une fois la guerre terminée, ils seront récompensés et pourront vivre confortablement en Russie, c’est-à-dire être employés et logés par l’État russe. Pour les travailleuses De son côté, le programme « Alabuga Start » recrute des jeunes femmes pour travailler dans la zone économique spéciale (ZES) d’Alabuga, au Tatarstan, qui est l’un des principaux complexes militaro-industriels de production de drones destinés à l’armée russe. Ce programme propose : « Un salaire allant de 500 à 1 380 dollars, la possibilité d’évoluer dans la carrière et de développer les compétences professionnelles. Il couvre les billets d’avion aller-retour, ainsi que les frais de séjour et l’assurance médicale dans la ZES d’Alabuga. Les autorités ukrainiennes affirmaient en novembre 2025 qu’elles avaient identifié plus de 1 400 combattants africains du côté russe, originaires de 36 pays différents. Un officiel ukrainien, lors de l’événement Crimea Global en octobre 2025 affirmait qu’il y avait 18 000 combattants étrangers dans les rangs russes. En septembre 2022, un étudiant zambien fut le premier combattant étranger officiellement tué dans les rangs du groupe Wagner sur le front russo-ukrainien.