Home Bénin  Bénin/L’empreinte d’une marque: Missèbo ne meurt pas, il se réinvente

 Bénin/L’empreinte d’une marque: Missèbo ne meurt pas, il se réinvente

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(Choc des horloges : l’heure de la fermeture fâche ; une vision d’État qui refuse la fatalité de la précarité)

La ville de Cotonou est au cœur d’une métamorphose urbaine. Le paysage historique de Missèbo change de visage au lendemain des démolitions de son marché et offre un contraste saisissant. Entre la fin d’une époque sur l’ancien site et l’effervescence d’un nouveau départ, entre démolition et renaissance, le cœur battant du commerce de la friperie migre vers Akpakpa, emportant avec lui une part de l’âme de la ville pour l’ancrer dans la modernité.

Sur les décombres d’un trésor populaire ce vendredi 23 janvier 2026. Sous le ciel de Cotonou, les hangars qui ont abrité des décennies d’échanges continuent d’être démontés. C’est un spectacle de fin de règne où rien ne se perd : les bois sont ramassés avec soin, revendus à de bonnes dames pour le foyer ou réutilisés par des menuisiers habiles. Dans les décombres, certains dénichent encore des trésors oubliés : des habits. Pendant ce temps, les plus audacieux tentent de réaliser leurs derniers chiffres d’affaires sur ce sol chargé d’histoires. Pousse-pousse et vendeuses ambulantes profitent de ces derniers instants de transition, alors que le démantèlement libère l’espace. Là où s’élevaient autrefois des labyrinthes de hangars, il ne reste que des squelettes de bois et de métal. L’image est celle d’un inventaire à ciel ouvert. Mais derrière la poussière des hangars abattus, une nouvelle page s’écrit déjà.

Missèbo au Marché PK3 : La majesté d’Akpakpa

Pour s’offrir la « bonne fripe », celle qui fait la réputation de Cotonou, il faut désormais consentir à un peu plus de distance. Du moins pour ceux qui quittaient l’Atlantique. Le nom « Missèbo », véritable institution, survit à la brique et au ciment pour s’installer majestueusement au Marché PK3 d’Akpakpa. Dressé pour recevoir les commerçants et leurs balles de vêtements, ce nouvel espace marque le passage à une ère nouvelle. Si les prix connaissent une légère hausse, le cadre, lui, se veut le reflet d’une ambition de modernité. La fripe n’est plus simplement un commerce de survie ou de débrouille ; elle s’installe dans une structure pensée pour l’avenir.

Pour marquer cette circonstance exceptionnelle, des tissus ont même été confectionnés, célébrant l’identité d’un marché qui refuse de disparaître. Mais qu’on l’appelle « Marché Missèbo » par nostalgie ou « Marché PK3 » par précision géographique, l’essence reste la même : la friperie y est exposée dans toute sa splendeur. Cette migration vers Akpakpa n’est pas qu’un simple déménagement ; c’est la preuve que la tradition commerciale béninoise sait s’adapter et se réinventer.

Mais peut-on effacer Missèbo?

 Plus qu’un simple lieu géographique, Missèbo est une marque déposée dans l’esprit des Béninois, une empreinte culturelle et commerciale qui dépasse les frontières. En migrant vers le Marché PK3, ce nom prestigieux ne s’éteint pas ; il se réinvente. La conservation de cette identité forte permet de garder le lien avec une clientèle fidèle, tout en projetant cette « marque Missèbo » dans un écrin digne de sa renommée. Missèbo ne meurt pas, il se transforme pour offrir aux clients une expérience renouvelée, mêlant l’authenticité de la fripe à un environnement plus moderne et organisé.

Le leadership du gouvernement Talon : ambition et savoir-faire

A Akpakpa l’édifice laisse sans voix. Dans son étendue comme dans sa splendeur, elle est le fruit d’une vision politique claire. Il convient de saluer le leadership du gouvernement du Président Patrice Talon qui, à travers ce projet, allie avec brio ambition, élégance et savoir-faire. En remplaçant la précarité des anciens hangars par des structures modernes et majestueusement dressées, l’exécutif offre aux commerçants bien plus qu’un simple espace de vente : il leur offre un cadre de travail qui valorise leur activité et respecte leur dignité.

Ce vendredi, l’enthousiasme se lisait dans les regards. Devant le mur qui sert de tableau d’affichage, une foule compacte de vendeurs s’agglutine. L’index tendu, les yeux scrutant les listes, chacun cherche fébrilement son nom pour identifier sa place assignée. C’est un moment de soulagement pour certains, de découverte pour d’autres. Pour ceux qui ont déjà répéré leurs stands, l’installation a commencé. On voit déjà les premières balles de fripes s’ouvrir et les tenues être dressées sur les cintres. Et ce même, en attendant l’ouverture officielle que des femmes avec des tissus confectionnés spécialement attendaient. On pouvait y lire : Inauguration du marché de Missèbo. Un message accompagné du drapeau nigérian.

Le grand gain de cette migration reste la sécurité. Désormais, le cadre offre une protection réelle, particulièrement en temps de pluie. Finie l’angoisse des marchandises mouillées ; la modernité du Marché PK3 garantit la conservation des stocks et le confort des clients, quelles que soient les intempéries. C’est dire que Missèbo ne disparaît pas, il se conjugue désormais avec modernité et sécurité sous l’impulsion d’une vision d’État qui refuse la fatalité de la précarité.

Chronique d’un samedi soir à Akpakpa PK3

Si le premier jour laissait encore des zones d’ombre, le changement est notable en 24 heures. Contrairement au vendredi, ce samedi a vu de nombreux stands trouver leurs occupants. Le vide a laissé place à l’étalage, et l’ossature métallique du marché disparaît désormais derrière les marchandises.

Mais à Akpakpa PK3, les sourires de la veille se sont effrités. L’heure de la fermeture, «18h30», sonne comme un couperet, surtout pour la foule dense encore à l’intérieur. En tout cas, avant 19h, ce samedi, sous l’ordre de l’agent de sécurité, les pas se pressaient pour vider l’intérieur. 18h53, les deux battants d’une des entrées ont été verrouillés, eux-aussi. Irritation, indignation. Ceci, d’autant plus que, à Akpakpa PK3, le repos dominical, lui non plus n’est pas une option. Le gouvernement est strict : le marché «restera muet le dimanche». « Ça tempête », mais la règle est là : « du lundi au samedi, de 8h à 18h30 ». Pas une minute de plus. Pour les fonctionnaires et clients qui sortent à peine du bureau, le créneau pour rejoindre le marché est dérisoire. C’est une course contre la montre souvent perdue, là où jadis, à Missèbo, la vie commerciale s’étirait jusque tard dans la nuit. « À Missèbo, on restait parfois jusqu’à 22h », confie un vendeur, l’air nostalgique. Son sachet bleu rempli de fripes sous le bras et son mannequin en main, il s’apprête à rejoindre un lieu d’ombre pour poursuivre sa vente, loin de la lumière des projecteurs officiels.

Le défi de l’hygiène

Le décor de ce samedi soir révèle les premiers stigmates de l’affluence. Une pollution visuelle y est palpable. Un tapis de sachets d’eau (pure water) recouvre le sol. Aussi, l’heure de la prière transforme la devanture ; les ablutions se font sur place. À ce rythme, l’entretien du lieu devient un combat de chaque instant. Si les agents dédiés s’activent à l’intérieur pour rendre l’éclat au marché, le véritable défi reste la sensibilisation. La propreté ne peut être l’affaire de quelques-uns, elle doit devenir la contribution de tous. Une appropriation progressive de l’espace.

Akpakpa : Un nouveau poumon économique en plein essor

 L’installation de ce géant commercial génère des retombées immédiates pour la population locale d’Akpakpa. Le quartier voit son économie de proximité exploser, offrant aux riverains de nouvelles opportunités de revenus. La restauration et les petits commerces de rafraîchissements tournent à plein régime pour satisfaire le flux massif de vendeurs et de clients. Le secteur du transport, notamment les Zémidjans et les porteurs, profite de cette nouvelle dynamique, tandis que la valeur immobilière des environs se verra grimper avec la demande croissante pour le stockage sécurisé des marchandises. En somme, Akpakpa devient le nouveau carrefour névralgique de Cotonou, irriguant tout l’écosystème local.

Il était une fois le marché Missèbo. Adieu au vieux Missèbo : les vestiges d’une époque.

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