(Quand le feu révèle la vulnérabilité de carrefours sacrés)
Au-delà du mystère, l’incendie survenu dans la commune d’Abomey-Calavi met en lumière un risque majeur : la cohabitation entre les sites cultuels et le bitume de la modernisation.
Dans la nuit du 20 janvier 2026, les flammes ont dévoré le Tolègba de Cocotomey, réduisant en cendres un repère spirituel essentiel pour des populations locales. Ce drame, qui fait écho à celui de Godomey en 2019, ne peut plus être relégué au seul rang des phénomènes inexpliqués. Il expose un problème urbanistique : celui de la sécurité des espaces sacrés situés en bordure de nos voies de grande circulation.
En effet, le Tolègba, divinité dite protectrice du carrefour, est par essence situé aux intersections stratégiques. Avec la métamorphose routière du Bénin, ces sites se retrouvent aujourd’hui à l’étroit, cernés par un flux incessant de véhicules et des infrastructures modernes. Cette proximité immédiate crée un risque d’incendie permanent. Entre l’usage rituel de matières inflammables (alcools, huiles, bougies, poudre) et la proximité des pots d’échappement ou des accidents de la route, l’étincelle n’est jamais loin. L’incendie de Cocotomey confirme que le danger est réel. Ce n’est pas seulement un fétiche qui brûle, c’est toute la sécurité des usagers de la route et des riverains qui est mise en jeu.
L’urgence d’un urbanisme cultuel sécurisé
Le constat est clair : la tradition ne peut plus s’exercer au mépris des normes de sécurité incendie. L’emplacement de ces sites, s’il est spirituellement justifié, doit désormais répondre à des exigences matérielles strictes. Il est impératif d’une part, d’envisager des abris construits en matériaux traités ou conçus pour résister au feu et ne pas propager les flammes et d’autre part, des périmètres de sécurité mieux définis pour éviter que le sacré ne devienne un foyer de sinistre public. Le régime du Président Patrice Talon a su révéler que la modernisation du Bénin passe aussi par la mise aux normes de son patrimoine. Il s’agit de protéger la vie humaine avant tout. Le tolègba de Cocotomey était à proximité immédiate de l’Ecole primaire publique de Cocotomey et de la pharmacie Concorde. Le pire était envisageable.
Vers une protection civile intégrale
La multiplication de ces incendies mystérieux aux abords des voies est un signal d’alarme. Le gouvernement, avec le soutien de partenaires et le renforcement des capacités de l’Agence béninoise de protection civile, montre la voie. Celle d’une Nation qui respecte ses ancêtres sans sacrifier la sécurité de ses enfants. Il est fort à croire, que nos carrefours ont besoin de plus que de protections spirituelles ; ils ont besoin de rigueur, de surveillance et d’un aménagement pensé pour le XXIe siècle.
Fifonsi Cyrience KOUGNANDE
