Les Xwéda sont mécontents de l’absence du royaume de Saxè de la liste des royaumes et chefferies traditionnelle officiellement reconnus dans le projet de loi encadrant ce pouvoir. Dah Atakpaloko Agbo, président de l’association  »Xwédah Hwendo et administrateur du Temple des Pythons voit dans cette omission, une négation d’un pan important de l’histoire précoloniale du pays. 

Le royaume de Saxè a une reconnaissance historique avérée. Il fut, de 1500 à 1726 une organisation sociale mûre qui a assuré le rayonnement d’un espace territorial clairement identifié, incluant l’actuel Ouidah et une partie de la commune de Kpomassè.

Des ouvrages crédibles comme  »Ouidah : la mémoire silencieuse » de la muséologue-sociologue Rachida Ayari-de Souza et  »Historicité et espaces de pouvoir traditionnel en République du Bénin » l’attestent, souligne Dah Atakpaloko Agbo.

Le royaume Saxè a connu une lignée de souverains dont Ayohuan, monté sur le trône en 1671, Agbangla, mort en 1703, Ayisan, qui a régné de 1703 à 1708, et Xufon, sous qui Saxè fut conquis par le royaume de Danxomè sous le roi Agadja en 1727. La communauté Xwéda souhaite que la loi portant cadre juridique de la chefferie traditionnelle soit l’occasion de rectifier cette injustice historique. « Une loi encadrant la chefferie traditionnelle au Bénin, mais excluant le royaume de Saxè, ne saurait être perçue autrement que comme une tentative d’effacement, dans la mémoire collective, de faits historiques avérés », regrette-t-il.

Il rappelle qu’en 1727, le roi Agadja avait déjà tenté d’effacer l’identité de Saxè après l’avoir conquis. Selon lui, cette loi apparaît comme une réitération de cette volonté de nier l’existence de ce royaume dans l’histoire béninoise. « Ce serait profondément regrettable », déplore-t-il.

Un risque pour la cohésion sociale

Au-delà de la simple reconnaissance historique, les contestataires soulignent les enjeux sociopolitiques de cette loi. « Toute loi votée sous le leadership du président de la République devrait viser à renforcer la démocratie, à préserver la paix et à consolider la cohésion sociale. Or, en l’état actuel, cette loi est  »patrioticide » : elle nie l’existence d’une communauté, d’un peuple, d’une identité », martèle Eloi Agbo.

L’affaire du royaume de Saxè met en lumière les défis liés à la revalorisation de la chefferie traditionnelle au Bénin. Entre mémoire historique et réalités politiques contemporaines, le débat est lancé et les Xweda comptent bien se faire entendre.

Voici l’intégralité de son opinion

« Comme si l’on cherchait encore à effacer Saxè de la mémoire collective »

« Une loi encadrant la chefferie traditionnelle au Bénin, mais excluant le royaume de Saxè, ne saurait être perçue autrement que comme une tentative d’effacement, dans la mémoire collective, de faits historiques avérés. Ces faits attestent pourtant de l’existence incontestable du royaume des Xweda entre 1500 et 1727.  En 1727, le roi Agaja a conquis ce royaume et tenté d’effacer son identité. Aujourd’hui, le projet de loi en cours d’examen semble répéter cette même volonté de tordre le cou à l’histoire, comme si l’on cherchait encore à effacer Saxè de la mémoire collective. Ce serait profondément regrettable. Toute loi votée sous le leadership du président de la République devrait viser à renforcer la démocratie, à préserver la paix et à consolider la cohésion sociale. Or, en l’état actuel, cette loi est « patrioticide » : elle nie l’existence d’une communauté, d’un peuple, d’une identité.>> Eloi Agbo, Xweda et administrateur du Temple des Pythons de Ouidah.

Teddy GANDIGBE

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici