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Féministe, ce mot qui fait peur, ou depuis quand le Féminisme est devenu péjoratif ?

genre

Le féminisme se définit comme la doctrine qui préconise l’égalité entre hommes et femmes et l’extension du rôle de la femme dans la société. C’est aussi simple que ça.  

Pourtant, je vois souvent des femmes (jeunes et moins jeunes) qui se sentent obligées de se défendre en disant « Je ne suis pas féministe ». La semaine dernière encore, lors d’un repas de groupe, j’ai entendu une jeune femme intelligente clore un argument, pourtant très bien engagé en défense des femmes, par cette fameuse phrase : « …Mais, je ne suis pas féministe… », comme si ce mot était une maladie contagieuse dont il fallait à tout prix se protéger et que celles qui l’épousent étaient atteintes d’un mal dont il fallait bien prouver qu’on était exemptée pour être acceptée comme femme « bien comme il faut/normale » par la société d’hommes dans laquelle nous vivons.

« Je ne suis pas féministe ! » cette simple affirmation est très choquante pour une femme qui souhaite juste que les conditions de vie, et de traitement de son sexe soient aussi bonnes que celles de n’importe quel autre être humain, mais on finit par s’habituer à l’entendre et à ne plus s’offusquer. D’après le Larousse, féministe peut être un nom ou un adjectif, c’est donc tout ce qui est relatif au féminisme, mais aussi un ou une (oui, il y en a des 2 genres) « partisan du féminisme ». C’est donc quelqu’un qui ne pense pas qu’une personne doit être considérée comme supérieure à l’autre simplement en raison de son sexe et qui voudrait voir les femmes prendre plus de place dans le monde où elles vivent. Où est le crime ?  

Je lis peut-être mal mais je ne vois rien dans la définition du féminisme qui vaille qu’on en ait honte, qu’on doive s’excuser d’être considérée comme telle ou se défendre avec tant de véhémence. Mais ça c’est moi, et il est bien connu que mes positions sont souvent décrites comme « hors normes », mais quelle est la norme ?

Dans le féminisme comme dans toutes choses, il y a plusieurs courants, certains plus extrêmes que d’autres, tout le monde n’a pas la même sensibilité, le même vécu, c’est cela qui ne permet pas aux féministes d’être soudées comme d’autres mouvements, ceux raciaux par exemple, qui compilent le même type d’expériences et qui facilitent l’empathie. Le déni des problématiques propres aux femmes comme la culture du viol ; le harcèlement de rue et les inégalités de genre en général est le premier argument des « anti ou non-féministes » et pourtant, la logique et le bon sens vous empêchent de nier l’existence d’un phénomène simplement parce que vous ne l’avez pas personnellement expérimenté.

Vous pouvez bien évidemment être femme et n’avoir jamais été victime de sexisme, personne ne le contestera, je suis ravie pour vous si vous n’avez jamais vu vos choix ou vos envies être entravées par le simple fait que vous êtes une femme. C’est votre expérience à vous, mais ce n’est pas un argument valide.  

Chaque femme est différente et c’est tant mieux.

Petite explication de texte, le féminisme n’est pas la défense des droits des femmes au détriment de ceux des hommes. C’est un argument récurrent… nos chers hommes ont peur d’être touchés dans leur virilité, de perdre quelque chose, d’être lésés dans leurs privilèges, beaucoup se sentent donc obligés de faire opposition, de bloquer le passage, mais le féminisme est pour l’égalité de tous, pas pour la supériorité de quiconque, surtout pas des femmes…

Partager ta flamme ne fait pas s’éteindre ta bougie, quel est donc le problème ?

On me dira qu’il est social et religieux, la femme de tous temps a été considérée inférieure à l’homme et traitée comme telle, pour quelle raison ose-t-elle aspirer à occuper la même place que lui ? Eh bien, tout simplement parce qu’elle le peut et qu’il y a assez de place pour tout le monde. J’ai entendu dire qu’il ne fallait pas juger un poisson sur sa capacité à grimper aux arbres, et je ne pourrais être plus d’accord. L’homme est physiquement souvent plus fort, encore que… (ça c’est une autre histoire, on en reparlera) mais la femme est la seule capable de porter les enfants, niveau intelligence, les mille et une recherches sur le sujet ont démontré maintes et maintes fois encore que hommes et femmes se valaient bien, alors ? Qu’est-ce qui nous empêche d’être égaux et de bénéficier du même traitement ? Si les mêmes choses nous sont demandées, les mêmes avantages devraient nous être accordés.

Beaucoup de jeunes femmes disent ne pas adhérer au féminisme « parce qu’elles n’en ont pas besoin… » Pour elles, officiellement, hommes et femmes ont les mêmes droits civiques, cela leur convient donc, elles n’en demandent pas plus. Quand j’entends cet argument, des dates me viennent en tête :

-    Ce n’est qu’en 1956 que les béninoises ont obtenu le droit de vote, 12 ans après les togolaises et les sénégalaises, 4 ans après les ivoiriennes, 2 ans avant les Burkinabé et les Nigérianes du Sud (les nigérianes du Nord n’ont pas pu voter avant 1978), 15 ans avant les Suisses…
-    La loi portant répression de la pratique des mutilations génitales féminines en République du Bénin, les mariages forcés ou arrangés, les crimes d’«honneur» et autres pratiques traditionnelles préjudiciables aux femmes existe seulement depuis Mars 2003.
-    Ce n’est qu’en 2006 que les femmes au Bénin ont été légalement protégées contre les violences physiques ou morales, sexuelles et psychologiques exercées au sein de la collectivité y compris le viol, les agressions et atteintes sexuelles grâce à la loi portant répression du harcèlement sexuel et protection des victimes en République du Bénin et l’intimidation au travail, dans les établissements d’enseignement et autres lieux, le proxénétisme, la traite, la prostitution forcée…

Reconnaissons-le, toutes ces avancées, qui aujourd’hui sont considérées comme des acquis, sont en toute objectivité, assez récentes. Il a fallu ces lois, parce que jusque-là, les victimes étaient laissées à elles-mêmes, n’avaient aucun recours légal. Et il a fallu pour en arriver là, que des hommes et des femmes prennent conscience et se battent. Ce sont ces mêmes féministes qui sont aujourd’hui rejetées, reniées qui vous permettent de revendiquer le fait de n’avoir pas besoin du féminisme !

Assimilez ces informations et posez-vous les bonnes questions.

Le féminisme n’est pas la haine des hommes, le féminisme est le refus des inégalités. Attaquer le sexisme, ce n’est pas attaquer les hommes. Le but recherché est de braquer les projecteurs sur de mauvais comportements pour amener à une prise de conscience et un changement d’attitude. Être féministe, ce n’est pas être anti-homme. Être féministe, c’est refuser d’être traitée en citoyen de seconde zone.

                
Afoussat TRAORE

**Ce billet n’a pas la prétention d’apporter des réponses aux problèmes qui minent notre société, notre objectif est de vous amener à vous poser les bonnes questions.

Dernière modification lemercredi, 14 mars 2018 05:39
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