Exposition “Le monde fond”: Achille Adonon, intraitable et profondément humain

La galerie du “Centre” de Godomey a accueilli le vernissage de l’exposition intitulée “Le monde fond” de l’artiste plasticien, Achille Adonon, le vendredi 7 août 2020. Cette présentation du fruit de plusieurs mois de production est ouverte depuis le 8 août et suscite l’intérêt, vu l’abondance et la profondeur des œuvres que le jeune créateur fait découvrir, dans un état d’esprit de fidélité à lui et d’empathie.

 

Achille Adonon est d’une sérénité couvant tristesse séculaire et amour de l’humain. Ce qui explose à travers 47 pièces réparties en 4 catégories et par une magistrale installation, un ensemble varié qu’il est important d’aller découvrir dans les quatre compartiments de la galerie du “Centre”, sis au quartier de Lobozounkpa, à Atropocodji, dans la commune d’Abomey-Calavi, depuis la soirée du vendredi 7 août 2020 où a eu lieu le vernissage de l’exposition, “Le monde fond”, réalisée par l’artiste plasticien de la nouvelle génération, Achille Adonon. “Le monde fond” est l’histoire d’un petit village appelé le temps”, explique-t-il, dès qu’il lui est donné de dire un mot sur la séance de présentation d’un nombre impressionnant d’œuvres relevant d’une inspiration dans laquelle il a commencé à puiser depuis novembre 2019.  Le village concerné est traversé par une grande rivière calme mais au fond tumultueux, une rivière à travers laquelle l’on navigue pour s’ouvrir à une lecture peu flatteuse ni reluisante du fonctionnement du monde frappé par des bouleversements apocalyptiques trouvant leur source dans la perversion de la mentalité humaine qui a laissé le temps lézardé de calamités, d’épidémies, de bouleversements et, entre autres, d’actes de grande immoralité. Ceci n’a pas de quoi réjouir ni épanouir Achille Adonon, d’où la matérialisation de son sentiment de compassion par des couleurs discrètes.  Afin de riposter contre les abus de l’homme sur la nature, l’artiste se saisit d’une entité aussi fondamentale qu’irrépressible et intemporelle, l’enfant, qu’il travaille à sauver, surtout que, particulièrement, cet être fragile est délaissé, “abandonné” et qu’il mérite qu’on lui redonne “vie et espoir”. Ce genre d’être humain, Achille Adonon le symbolise par la chaussure entière ou en “rebut” qu’il récupère, qu’il retravaille ou qu’il assemble à d’autres, qu’il peint, selon ce qui lui dicte son inspiration.  Sans doute, l’enfant manifeste une grande proximité avec l’énergie qui l’habite, qui le motive et qui le fait se mouvoir à des actes de vie, cette force que l’artiste récupérateur localise opportunément au niveau des membres inférieurs : “La force de l’homme vient des pieds”, explique-t-il, précisant le fondement de l’ “assemblage” de chaussures ou de leurs rebuts : la conjonction, la fusion des énergies. Et, dans une logique de rappel aux humains de leur petitesse essentielle, Achille Adonon projette la pérennisation de l’esprit de l’enfant : “Quel que soit son âge, l’être humain reste un enfant pour ses parents”. Et, avec l’omniprésence de la chaussure dans l’exposition, c’est un orphelinat spirituel que l’artiste bâtit pour l’enfant en appelant à de l’amour et à de la protection de l’enfant, c’est un appel discret et vibrant qu’il lance à l’homme et à la femme, comme à en revenir à la dimension salvatrice de l’enfant en gérant la planète et en exploitant ses potentialités, ses richesses, avec une innocence qui préserve la terre, qui lui donne les moyens de se régénérer.  Par conséquent, Achille Adonon, inspiré, produit un Achille Adonon protecteur de l’enfant, un Achille Adonon, récupérateur, un autre, peintre, un autre encore, sculpteur, et, enfin, un Achille Adonon, magistral installateur, à travers l’œuvre, “Le chaos”, qu’il faudrait tout sacrifier aux fins d’une découverte, d’un décryptage et d’une auto-instruction sur les observations d’un jeune artiste contemporain béninois, profondément imprégné des défis de son époque, ceux-ci se centrant autour du retour de l’homme à sa vraie nature, autour de la conservation de l’environnement. Il est souhaitable, en outre, pour le public, d’aller voir “Le chaos” afin de comprendre de quelle manière elle conquiert en elle toute l’exposition. Voilà le résultat d’une laborieuse et, apparemment, éprouvante aventure spirituelle, intellectuelle, psychologique et physique d’un Achille Adonon qui, pourtant, au vernissage, était d’une telle fraîcheur, pour un accouchement digne d’intérêt, pour une création d’une abondance respectable, pour une exposition diversifiée, riche et irrésistible qui se tient jusqu’au 31 octobre 2020.

 

 

M.K(Coll.)

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