On entend souvent dire que les centrales syndicales devraient rester dans leur couloir, s’occupant uniquement des salaires et des conditions de travail, loin des bruits du champ politique. Pourtant, cette vision d’un syndicalisme apolitique est non seulement une illusion, mais aussi un piège pour la défense des travailleurs.

Le travailleur n’est pas un être coupé en deux : citoyen le dimanche et salarié le lundi. Tout ce qui touche à sa vie (le prix du pain, l’accès aux soins, la liberté d’expression ou le code électoral) est le fruit de décisions politiques. Demander à un syndicat de se taire lors des élections, c’est lui demander de regarder ailleurs pendant que se joue l’avenir de ceux qu’il protège. Le vote est un outil de lutte sociale au même titre que la négociation ou la grève.

Un syndicat n’est pas un bureau de doléances. C’est une force de transformation. Historiquement, les grandes avancées sociales n’ont jamais été obtenues par la simple courtoisie administrative, mais par un rapport de force politique. En orientant ses membres, une centrale syndicale ne cherche pas à dicter une pensée, mais à donner une direction stratégique. Elle transforme des milliers de voix éparpillées en un bloc cohérent capable d’exiger des engagements fermes de la part des candidats.

Une responsabilité face à l’histoire

Choisir de ne pas choisir, c’est laisser les autres décider du sort des travailleurs. Dans un contexte où les décisions législatives peuvent affaiblir les acquis sociaux en un vote à l’Assemblée, la passivité syndicale devient une complicité. Prendre position, c’est assumer sa responsabilité de corps intermédiaire. C’est affirmer que le monde du travail est le cœur battant de la Nation et qu’il a le droit, sinon le devoir, de dire quel projet de société il souhaite voir triompher.

Soutenir un candidat n’efface pas la diversité des opinions, cela exprime une priorité collective. C’est le signe d’une organisation vivante, capable de dépasser le corporatisme étroit pour embrasser les enjeux nationaux. Plutôt que d’y voir une dérive, il faut y lire un signe de vitalité démocratique. Les syndicats ne sortent pas de leur rôle : ils l’élargissent pour que le travailleur ne soit plus jamais le grand oublié des promesses électorales.

Fifonsi Cyrience KOUGNANDE

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