Dans la forêt sacrée de Houègbo, une veillée rituelle conduite par des dignitaires du Fâ et du Vodoun a mobilisé symboles et spiritualité au service de la paix sociale. A l’approche d’échéances majeures, cette initiative interroge le rôle des traditions dans la stabilité du Bénin.
Loin du tumulte du quotidien, Houègbo a été, le temps d’une nuit, le théâtre d’un dialogue silencieux entre le visible et l’invisible. Du vendredi 13 au samedi 14 mars dernier, une cérémonie d’invocation d’une rare intensité s’y est tenue, rassemblant dignitaires, gardiens de la tradition et adeptes autour d’un objectif commun, celui d’appeler à la paix, à l’unité et à la prospérité du Bénin. Sous la conduite de Dah Glèlè Milonon 2, président de l’Association des Dignitaires de Fâ et des Tradi-thérapeutes du Bénin, ce rituel s’inscrit dans une continuité où les traditions jouent un rôle de régulation sociale. Dans un contexte national marqué par des mutations profondes et des échéances politiques sensibles, l’acte dépasse le simple cadre mystique pour revêtir une portée symbolique et institutionnelle. L’analyse de cette initiative met en lumière une constante béninoise notamment la coexistence entre modernité politique et enracinement culturel. Les prières formulées au cœur de la forêt sacrée ne visaient pas uniquement une harmonie abstraite. Elles portaient une intention précise d’accompagner la stabilité de l’Etat, soutenir les dirigeants actuels et futurs, et préserver la cohésion nationale à l’approche de la présidentielle d’avril 2026. Ce positionnement des dignitaires traduit une forme d’engagement discret mais structurant. En invoquant les ancêtres et les forces Vodoun, ils se posent en garants d’un équilibre souvent invisible, mais essentiel à la vie collective. Leur démarche, loin d’être marginale, s’inscrit dans une tradition où la spiritualité sert de socle à la gouvernance et à la paix sociale.
Sanctuaire de projection nationale
La forêt sacrée, espace de recueillement et de transmission, devient ici un sanctuaire de projection nationale. Quant à la date, chargée de significations dans de nombreuses cultures, elle souligne la volonté d’inscrire l’acte dans une dimension universelle, dépassant les perceptions ordinaires. Mais au-delà du rituel lui-même, c’est le message qui interpelle. Dans un pays reconnu pour sa stabilité relative, l’appel à l’unité, à l’entente et à la concorde rappelle que ces acquis restent fragiles et nécessitent un entretien constant. En cela, la cérémonie de Houègbo agit comme un rappel que le développement ne saurait être uniquement matériel ou institutionnel ; il repose également sur des fondements culturels et spirituels.
M.M.





