Mosquées pleines, marchés animés à l’approche de la rupture du jeûne, élans de solidarité dans plusieurs quartiers : à Parakou, le Ramadan imprime son rythme à la ville. Mais derrière cette ferveur religieuse largement visible, une autre réalité se dessine. Fatigue physique, contraintes économiques et interrogations sanitaires accompagnent le quotidien de nombreux fidèles. Entre foi, santé et précarité, le mois sacré met à l’épreuve à la fois le corps et les consciences.

La fatigue du jeûne, une réalité quotidienne

Dans plusieurs quartiers de Parakou, les fidèles évoquent des journées particulièrement éprouvantes.  « Vers la fin de l’après-midi, la fatigue devient lourde. On ressent beaucoup la soif, parfois des vertiges, mais on tient par la foi », confie Kassim Imorou, commerçant.

Même ressenti chez Ibrahim Boubacar, étudiant, qui tente de concilier études et pratique religieuse.

« Les premières heures passent bien, mais après plusieurs heures sans boire ni manger, la concentration devient difficile. Il faut vraiment s’organiser pour tenir toute la journée », explique-t-il. Ces témoignages reflètent une réalité largement partagée : si la ferveur religieuse reste intacte, le jeûne représente aussi une véritable épreuve physique.

Ce que dit la médecine

Selon docteur Alassane Akpaki, médecin généraliste à Parakou, le corps subit plusieurs transformations durant les longues heures d’abstinence.

« Après plusieurs heures de jeûne, les réserves de glucose diminuent dans l’organisme. On observe alors de la fatigue, de la déshydratation, de l’asthénie et parfois une transpiration importante », explique-t-il. Les symptômes les plus fréquents restent la soif intense, les vertiges, la sudation excessive ou certaines douleurs abdominales.

Pour limiter ces effets, le médecin insiste sur l’importance de la préparation alimentaire.

« L’équilibre commence dès le premier repas. Il faut privilégier les légumes en grande quantité, les protéines et les glucides complexes, tout en buvant entre un litre et un litre et demi d’eau à température normale. Les sucreries ne sont pas recommandées.»

À la rupture, il conseille de commencer par de l’eau tiède et des fruits, en évitant les boissons glacées souvent consommées.

Femmes enceintes, allaitantes et personnes vulnérables

Certaines catégories de personnes doivent redoubler de prudence. Les femmes enceintes et les femmes allaitantes figurent parmi les profils sensibles.

Selon docteur Akpaki, le jeûne peut entraîner des risques si les besoins nutritionnels ne sont pas couverts.

« Chez une femme enceinte, la déshydratation ou la baisse de glycémie peut avoir des conséquences sur la grossesse. Pour les femmes allaitantes, cela peut réduire la production de lait si l’alimentation n’est pas suffisante », explique-t-il.

Outre ces cas, les enfants, les personnes âgées de plus de 60 ans, les diabétiques, les drépanocytaires ou encore les personnes souffrant de maladies chroniques comme l’hypertension ou l’ulcère doivent également être particulièrement vigilants.

« Le jeûne n’est pas conseillé aux diabétiques sans consultation médicale préalable. Même si les résultats sont rassurants, un suivi reste nécessaire », prévient le médecin.

Quand la pauvreté complique le jeûne

Un autre aspect rarement évoqué concerne les fidèles qui n’ont pas toujours les moyens de prendre un repas suffisant avant l’aube.

Dans certains foyers modestes, l’absence de nourriture adéquate peut transformer le jeûne en véritable épreuve physique.

Selon le docteur Akpaki, jeûner sans préparation alimentaire augmente les risques de malaise ou d’hypoglycémie. « L’organisme n’a pas les réserves nécessaires pour tenir toute la journée », explique-t-il.

Dans ce contexte, la solidarité devient une dimension essentielle du Ramadan. Dans plusieurs quartiers de Parakou, associations, bienfaiteurs et leaders communautaires organisent des distributions de repas et de vivres pour soutenir les familles les plus démunies.

Le regard de la religion.

Du côté religieux, les responsables musulmans rappellent que le Ramadan ne se limite pas à l’abstinence alimentaire. Selon les enseignements religieux, ce mois est aussi un moment de purification et d’élévation spirituelle. Les fidèles sont encouragés à multiplier les actes d’adoration : les prières surérogatoires (nafila), la lecture du Coran, les invocations et l’aumône.

Dans les mosquées de Parakou, l’affluence aux prières nocturnes témoigne de cette intensification spirituelle. Les fidèles multiplient également les gestes de solidarité, notamment en offrant des repas aux jeûneurs.

Une attente spirituelle : la nuit de la destinée

Malgré les contraintes physiques et les réalités sociales observées, beaucoup de fidèles tournent désormais leur regard vers l’un des moments les plus attendus du mois sacré : Laylat al-Qadr, la nuit de la destinée, dont la période débute ce lundi soir du 9 Mars 2026.

Dans les mosquées comme dans les foyers de Parakou, l’atmosphère devient plus intense. Les fidèles multiplient les invocations, les lectures du Coran et les prières nocturnes dans l’espoir de bénéficier des immenses mérites attachés à cette nuit considérée comme meilleure que mille mois d’adoration.

À la mosquée Labaïka du quartier Amanwignon, l’imam invite les croyants à redoubler d’efforts spirituels.

« La nuit de la destinée est une opportunité exceptionnelle pour tout musulman. C’est une nuit de pardon et de bénédictions. Les fidèles doivent multiplier les prières, les invocations et les actes de générosité afin de se rapprocher davantage d’Allah », explique-t-il.

Pour de nombreux croyants, cette nuit représente l’aboutissement du cheminement spirituel entrepris depuis le début du Ramadan. Après des jours d’endurance et de discipline, beaucoup espèrent que leurs efforts seront récompensés par les grâces attachées à Laylat al-Qadr, moment où, selon la foi musulmane, les bénédictions se multiplient et les destinées se dessinent.

Fayçal DRAMANE

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