Si la démission de l’ancien Président de la République, Thomas Boni Yayi de la présidence du principal parti de l’opposition, « Les Démocrates » (LD) était déjà perçu comme un coup fatal, il n’aura pas fallu longtemps pour que ce qui était censé rester secret de couvent soit porté sur la place publique. Intervenant ce dimanche sur une émission télévision, l’ancien député Léon Basile Ahossi n’a pas manqué de faire part de certaines frustrations. Il ne sera peut-être pas le dernier et Yayi Boni devra désormais s’y attendre.
Si certains continuent de saluer le mérite de Boni Yayi, il n’est plus à exclure qu’il soit peint tel un diable par d’autres. Et depuis sa démission, il semble évident que les langues se délient déjà. Selon Léon Basile Ahossi, la démission de l’ancien chef de l’État pourrait ouvrir la voie à de nombreuses révélations sur le fonctionnement interne de la formation politique. Pour lui, plusieurs frustrations auraient été longtemps étouffées au sein du parti et commencent désormais à émerger.
« C’est comme s’il y avait des frustrations qui couvaient. Maintenant que Boni Yayi a démissionné, les langues vont commencer par se délier », a-t-il déclaré, laissant entendre que d’autres responsables pourraient prochainement s’exprimer.
Le rôle controversé d’Alassane Tigri
Dans son intervention, Basile Ahossi a notamment évoqué l’influence de Alassane Tigri, présenté comme l’un des proches collaborateurs de Boni Yayi au sein du parti.
Selon lui, lorsque l’ancien président de la République a pris la tête du parti des mains de Éric Houndété, il ne s’est pas véritablement impliqué dans la gestion quotidienne de la formation politique.
« Lorsque le président Thomas Boni Yayi a pris la tête du parti LD des mains de Éric Houndété, il n’a pas véritablement mouillé le maillot pour le parti. Il s’est plutôt contenté d’en confier la gestion à l’un de ses bras droits », a affirmé Ahossi, en référence à Alassane Tigri.
Il estime même que, sur le plan hiérarchique, Tigri apparaissait comme un acteur influent au sein de l’appareil partisan.
Des doutes sur les raisons de la démission
Léon Basile Ahossi s’est également montré réservé quant aux raisons officiellement avancées pour expliquer la démission de Boni Yayi. L’ancien président a évoqué des problèmes de santé, mais cette justification ne convainc pas totalement le responsable politique.
« Je prends avec beaucoup de pincettes les raisons de santé évoquées par le président Thomas Boni Yayi comme motif de démission », a-t-il déclaré.
Des divergences déjà visibles au sein du parti
L’ancien responsable n’a pas non plus caché les divergences qui existaient déjà au sein du parti sur certaines décisions politiques, notamment lors du vote du budget à l’Assemblée nationale.
Selon lui, contrairement à ce qui pouvait être perçu, Boni Yayi ne disposait pas toujours d’un droit de veto au sein du groupe parlementaire.
« Lorsque Éric Houndété était président, il n’avait pas de droit de veto. Pour le vote du budget, je lui ai clairement refusé cela et je lui ai dit : moi, je vote… et j’ai voté », a-t-il confié.
Une démission jugée tardive
Pour Basile Ahossi, cette démission aurait dû intervenir plus tôt. Il affirme avoir personnellement conseillé à Boni Yayi de se retirer de la tête du parti afin de favoriser un renouvellement du leadership et de réduire les tensions politiques, notamment celles opposant l’ancien chef de l’État au président Patrice Talon.
« J’avais suggéré au président Thomas Boni Yayi de démissionner de la tête du parti afin de permettre à d’autres responsables de prendre le relais, pour mettre fin aux querelles Yayi-Talon et faciliter le bon fonctionnement du parti. Mais il n’a pas voulu céder en son temps… malheureusement, il est aujourd’hui trop tard », a-t-il regretté.
Vers d’autres révélations ?
Cette sortie médiatique pourrait marquer le début d’une série de prises de parole au sein de l’opposition. Plusieurs observateurs estiment en effet que la page qui s’ouvre au sein du parti Les Démocrates pourrait s’accompagner d’un réexamen de sa gouvernance interne et de son leadership à l’approche des prochaines échéances politiques.
Une chose est sûre : la démission de Boni Yayi continue de provoquer des remous et pourrait révéler, dans les jours à venir, d’autres réalités longtemps restées dans l’ombre. A qui le tour?
M.M.






