L’intelligence artificielle (IA) est aujourd’hui l’un des déterminants majeurs de l’avenir collectif : elle transforme nos économies, nos cultures, nos systèmes éducatifs et, en profondeur, les trajectoires de nos sociétés. Mais à l’heure où ces technologies redéfinissent les équilibres mondiaux, une question fondamentale demeure : seront-elles un instrument d’accélération des inégalités ou bien un levier d’égalité des chances et de progrès partagé ?

Le Pré-Sommet de Fès, organisé par la Fondation Tamkine le 21 janvier 2026, représente une réponse audacieuse et stratégique à cette interrogation essentielle. Inscrit dans la dynamique internationale du Sommet Inde-IA Impact 2026, ce rendez-vous n’est pas un séminaire de plus ni une simple vitrine technologique : il s’agit d’un moment décisif où se conjuguent vision éducative, inclusion sociale et gouvernance responsable de l’IA pour dessiner un avenir plus juste et plus humain.

Démocratiser l’IA : un impératif éducatif et social

Dans un monde fragmenté par les inégalités numériques et pédagogiques, l’intégration de l’IA dans les systèmes éducatifs ne peut plus être une option réservée aux pays ou aux institutions les plus avancés. Elle doit devenir un vecteur d’équité. Ceux qui maîtrisent l’IA aujourd’hui façonnent les sociétés de demain – que ce soit dans la création d’emplois, l’accès au savoir, la santé, ou encore la participation citoyenne. Mais si l’éducation n’est pas au cœur de cette transformation, l’IA risque de creuser encore davantage les fractures existantes.

Le Pré-Sommet de Fès place donc sciemment l’éducation au centre de la réflexion mondiale sur l’IA, en reconnaissant qu’elle demeure le socle de toute société résiliente et inclusive. Il ne s’agit pas seulement de former à l’IA, mais de repenser la manière dont nous apprenons, enseignons et innovons, afin que chaque jeune, chaque enseignant, chaque communauté puisse bénéficier des promesses de cette révolution technologique – et non en être exclue ou marginalisée.

Une feuille de route éducative structurée

L’un des objectifs essentiels de ce Pré-Sommet est de produire une feuille de route éducative ambitieuse et opérationnelle, destinée à alimenter le Sommet mondial de New Delhi. Cette feuille de route ne se contentera pas de recommandations génériques : elle offrira des actions concrètes, testées et adaptées aux réalités locales, notamment pour les pays du Sud global, qui sont trop souvent relégués au rang de spectateurs dans les grandes discussions technologiques mondiales.

Plus qu’un simple exercice de réflexion, ce travail vise à structurer des cadres pédagogiques tournés vers l’intelligence artificielle, fondés sur l’équité et la durabilité. Il ambitionne également de renforcer les capacités des éducateurs, des dirigeants et des décideurs publics, afin qu’ils deviennent des acteurs éclairés de cette transformation, tout en élaborant des modèles reproductibles pour des systèmes éducatifs capables d’intégrer l’IA de manière responsable, éthique et adaptée aux contextes locaux.

Le Pré-Sommet ne se limitera pas à un diagnostic : il tracera des voies claires pour que la transition numérique ne soit pas subie, mais choisie et maîtrisée.

Le Sud global comme acteur, non comme bénéficiaire passif

L’originalité du Pré-Sommet de Fès, organisé en partenariat avec la prestigieuse Université Euromed de Fès, réside aussi dans son positionnement géopolitique : il replace le Sud global au cœur de l’élaboration des politiques éducatives et technologiques. Trop souvent, les décisions relatives à l’IA sont prises hors de portée des réalités africaines, asiatiques ou latino-américaines, avec des normes et des applications conçues sans tenir compte des contextes locaux.

Ce Pré-Sommet change ce paradigme : il réunit des acteurs publics, des universitaires, des organisations internationales, des entrepreneurs et des experts venus de différents continents pour co-construire une vision partagée de l’IA éducative. Ce faisant, il constitue une contribution tangible à un agenda mondial plus juste, inclusif et pertinent pour tous.

Investir dans l’éducation, investir dans l’avenir

À l’heure où le monde s’apprête à définir des normes internationales pour l’IA, l’éducation ne peut rester une pensée secondaire. Elle doit être au centre de toute stratégie mondiale, car c’est à travers elle que se développent les compétences, l’esprit critique, la créativité et la capacité à innover. Sans renforcement des systèmes éducatifs, sans formation des enseignants, sans accès équitable aux outils numériques, l’IA ne sera qu’un moteur d’exclusion et de fragmentation.

À l’inverse, l’IA pensée comme bien commun éducatif peut devenir un vecteur de mobilité sociale, de cohésion et de prospérité partagée. Cette conviction guide chaque action de la Fondation Tamkine, depuis ses programmes de formation jusqu’à l’organisation de ce Pré-Sommet.

Une invitation à engager une action collective

En tant que Président de la Fondation Tamkine, je lance un appel solennel à la communauté internationale : faisons de l’éducation inclusive à l’ère de l’IA un impératif concret, mesurable et partagé. Le Pré-Sommet de Fès est une étape essentielle, mais il doit s’inscrire dans une dynamique durable de coopération, d’investissement et de gouvernance éthique.

Si nous voulons que l’intelligence artificielle profite à l’ensemble de l’humanité, elle doit être placée au service du savoir, de l’empathie et de la justice sociale – et non l’inverse.

Par Dr Abdelilah KADILI, Président de la Fondation Tamkine

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