Dans notre nouveau monde dominé par les réseaux sociaux et leurs lots de controverses mais aussi de critiques acerbes, il est rafraîchissant de voir émerger quelques rares voix qui choisissent le registre de la gratitude profonde, sincère. C’est, en tout cas, l’option privilégiée par Adrien Poussou, ancien ministre centrafricain et figure respectée de la presse panafricaine, en décidant de consacrer un ouvrage au bilan du chef de l’État béninois Patrice Talon. Matin Libre l’a rencontré dans un hôtel de la capitale béninoise et il nous a fait découvrir en exclusivité les premières épreuves de son texte. Rencontre.
D’entrée de jeu, l’ancien membre du gouvernement a justifié sa démarche en des termes éloquents : « Le président Patrice Talon, homme intègre et compétent, loyal et patriote, ne mérite pas moins qu’un hommage de l’intelligentsia panafricaine, parce que l’Histoire ne juge pas nécessairement, mais elle peut aussi reconnaître des qualités et des valeurs à certaines personnalités. Voilà qui explique et justifie tout autant je l’espère la rédaction de ce livre. » Ces mots, prononcés avec une réelle conviction lors de l’entrevue, traduisent la substantifique moelle de l’ouvrage que celui-ci fait paraître aux éditions l’Harmattan dans la première quinzaine du mois de février 2026, qui promet de marquer les esprits, et dont le titre ressemble à une prière : « Merci Président Patrice Talon, sous-titré Éloge d’une gouvernance vertueuse ».
Une ode à la stabilité
Selon l’auteur, l’élément déclencheur de cette initiative littéraire n’est autre que la tentative de coup d’État du 7 décembre dernier – un acte de félonie ayant ébranlé les institutions béninoises, menacé la stabilité du pays et remis en question les progrès accumulés au cours des dix dernières années. Adrien Poussou nous a confié que face à cet acte de trahison, sa conscience a été profondément secouée. « Le même jour, alors que la situation était encore confuse, et que les réseaux sociaux relayaient de fausses nouvelles, j’ai ressenti l’impérieux devoir de rendre un hommage mérité au leadership visionnaire de Patrice Talon », explique-t-il. À l’en croire, son livre se présente comme un appel à la raison dans un contexte africain marqué par les manœuvres de déstabilisation de toute sorte. C’est dire que cette tentative de putsch, orchestrée par quelques éléments dissidents des Forces spéciales béninoises, et rapidement déjouée par les militaires restés loyalistes aux institutions, a servi de catalyseur à son écriture. Elle lui a rappelé, note-t-il, « l’urgence de célébrer les architectes de la stabilité plutôt que de les laisser subir des critiques stériles et injustes ».
Ce dernier, dont la carrière politique en République centrafricaine a été confrontée aux défis de l’instabilité provoquée par un changement de régime brutal, apporte ainsi un témoignage édifiant, enrichi par sa propre expérience. Ancien ministre de la Communication et de la Réconciliation nationale pendant la transition (2013-2016), il a touché du doigt les affres qu’entraîne l’absence de la cohésion nationale, ce qui lui confère, le moins qu’on puisse dire, une légitimité incontestable pour faire l’éloge de la stabilité du Bénin.
Plaidoyer argumenté en faveur d’une gouvernance vertueuse
Son essai, structuré en plusieurs chapitres thématiques, revient sur les réalisations emblématiques des deux mandats de Patrice Talon, lesquelles ont permis de hisser le Bénin sur un haut pavois. Loin d’être un panégyrique superficiel, le texte, en plus de donner à voir l’étendue du travail abattu en un temps record, est un plaidoyer argumenté en faveur de la gouvernance vertueuse de l’actuel chef de l’État béninois.
Dès les premières pages, Adrien Poussou met en relief les réformes économiques audacieuses initiées par le président Patrice Talon depuis son accession au pouvoir en 2016. Souvent controversées au départ pour leur radicalité, ces mesures ont porté leurs fruits en transformant l’économie béninoise. La construction des infrastructures de qualités occupe une place importante dans l’ouvrage. L’auteur décrit avec admiration les projets structurants tels que la modernisation du port de Cotonou, devenu un hub logistique majeur en Afrique de l’Ouest, ou encore l’expansion du réseau routier, avec des autoroutes reliant les principales villes et facilitant les échanges intrarégionaux. Ces investissements, financés en partie grâce aux partenariats public-privé innovants, ont non seulement accéléré la croissance économique – avec un PIB en hausse constante, avoisinant les 5-6 % par an ces dernières années – mais ont aussi créé des milliers d’emplois, réduisant le chômage des jeunes.
La promotion des investissements étrangers est un autre chapitre clé dans lequel Adrien Poussou met en exergue la diplomatie économique proactive du président béninois. Des accords conclus avec des partenaires internationaux ont permis l’afflux de capitaux dans des secteurs stratégiques comme l’énergie renouvelable et l’agro-industrie. Par exemple, le développement de parcs solaires dans le nord du pays a non seulement augmenté la capacité énergétique nationale, réduisant les coupures d’électricité chroniques, mais a aussi positionné le Bénin comme un leader en matière de transition écologique en Afrique de l’Ouest.
La lutte contre la corruption, souvent citée comme un fléau endémique en Afrique, occupe une place centrale dans cet essai. L’ancien ministre centrafricain loue les initiatives comme la création de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET), qui a permis de poursuivre des affaires sensibles sans complaisance. Bien que critiquée pour son caractère exceptionnel, cette institution judiciaire a, selon l’auteur, restauré la confiance des investisseurs et des citoyens dans l’État de droit. Les avancées en matière de gouvernance y sont illustrées par des indices et autres classements comme ceux du FMI, de la Banque mondiale ou encore de Transparency International, dans lesquels le Bénin est passé d’un score médiocre à une position respectable. Pour étayer son analyse sur la réduction de la corruption dans le pays, Adrien Poussou cite la numérisation des services publics, qui a réduit les opportunités de pots-de-vin et facilité les procédures administratives.
Au-delà de l’économie, l’ouvrage s’attarde également sur les progrès sociaux, notamment en matière d’éducation et de santé publique. Sous la houlette de Patrice Talon, observe-t-il, le taux de scolarisation a augmenté de manière significative, avec des investissements dans la construction d’écoles et la formation des enseignants. Adrien Poussou fournit des statistiques impressionnantes : le taux d’alphabétisation des jeunes a bondi de plusieurs points en une décennie, favorisant une génération mieux équipée pour l’avenir. Dans le domaine de la santé, la couverture universelle progresse, avec des programmes de vaccination étendus et la modernisation des hôpitaux, comme l’hôpital de référence de Cotonou.
Les arts et la culture ne sont pas en reste. Un chapitre est dédié à la promotion du patrimoine culturel béninois, avec des initiatives comme la restitution des biens culturels par la France, le développement de festivals et la construction de musées, valorisant l’histoire vodun ainsi que des traditions locales. D’après lui, ces mesures ont non seulement renforcé l’identité nationale mais ont aussi favorisé le tourisme, un secteur en plein essor.
À contre-courant du culte de personnalité
Chaque chapitre de l’essai contient des analyses pertinentes, souvent enrichies d’anecdotes et de données chiffrées, qui démontrent l’ampleur du travail accompli par les actuelles autorités en si peu de temps. Adrien Poussou adopte un ton équilibré, reconnaissant les défis initiaux mais insistant sur les résultats tangibles obtenus. Mieux, il ne met pas sous le boisseau les griefs adressés à Patrice Talon – cette objectivité rend le texte crédible, évitant l’écueil du culte de la personnalité pour se concentrer sur les faits.
Un chapitre particulièrement éclairant est consacré aux relations franco-béninoises, sujet explosif s’il en est. L’auteur y déconstruit le mythe d’une France « ogre impérialiste », arguant que Paris n’est pas l’ennemi des Africains que certains néo-panafricanistes du numérique dépeignent. Au contraire, il plaide pour une approche prospective : « Il suffit de regarder de l’avant comme le fait le Bénin pour ne pas rendre hystérique les relations avec la France et en tirer bénéfice. »
Le chapitre VII, intitulé « L’héritier naturel », est sans doute le plus prospectif. Dans cette partie de l’ouvrage, Adrien Poussou exprime ouvertement sa préférence pour Romuald Wadagni, le candidat désigné par la majorité au pouvoir pour défendre ses couleurs lors de la prochaine élection. Le portrait qu’il dresse du ministre des Finances le présente comme un technocrate rigoureux, architecte des réformes budgétaires qui ont stabilisé les finances publiques béninoises. Inutile de dire que l’auteur incite les électeurs béninois à accorder leur suffrage à Romuald Wadagni qui, à lire entre les lignes, serait le mieux préparé à poursuivre et consolider le legs de Patrice Talon.
En conclusion, Adrien Poussou affirme que si l’on devait ajouter un « isme » au patronyme du président Patrice Talon afin de définir sa politique, on dirait que le « talonisme » est une exigence pour l’État de droit, une croyance inébranlable en l’avènement d’un Bénin émergent, et une vision claire des défis du développement. Se trouvant présentement en séjour à Cotonou, il tient à donner la primeur de son manuscrit au président béninois avant sa publication. Avant de nous séparer, il glisse que « Merci Président Patrice Talon » est un manifeste pour une Afrique qui célèbre les succès de ses fils plutôt que de se complaire à brocarder leurs échecs.
M.M






