Le marché béninois des boissons est sous l’ombre étouffante du géant voisin. Le constat est amer, presque ironique. Alors que le Bénin s’efforce de bâtir une économie forte et souveraine, nos tables de réception, nos maquis et nos événements officiels cèdent de plus en plus de terrain à l’invasion des produits venus du Nigeria. Au cœur de cette polémique : le marché des boissons gazeuses, où le « Made in Benin » semble devenir l’exception plutôt que la règle.

Pendant des décennies, la Sobebra (Société béninoise de boissons rafraîchissantes) a été le porte-étendard de la production industrielle locale. Suite aux évolutions des licences internationales, le Coca-Cola produit localement a cédé sa place au World Cola. Si cette transition marque une nouvelle ère pour l’industrie nationale, elle a aussi laissé une porte ouverte dans laquelle s’est engouffré le secteur informel.

Aujourd’hui, le consommateur béninois se retrouve face à un phénomène troublant : une prolifération de boissons gazeuses estampillées « Nigeria ». Que ce soit le Coca-Cola original importé via les circuits de contrebande ou une multitude de sous-marques aux noms exotiques, ces produits inondent nos étals créant un véritable « fourre-tout » visuel et commercial. Plus grave encore, la confusion est entretenue jusque dans le portefeuille des consommateurs : dans de nombreux points de vente, le Coca-Cola nigérian est cédé au même prix que la production locale. Cette égalité tarifaire est un leurre qui pousse le client vers le produit étranger, au détriment de l’industrie nationale.

Le scandale de nos réceptions : Le voisin s’invite à nos tables

Le plus alarmant réside dans nos habitudes sociales, où le paradoxe atteint son paroxysme : il est devenu tristement banal de voir, lors de nos mariages ou cérémonies officielles, seminaires, formations en plein cœur de nos villes,  des casiers entiers de Coca-Cola estampillés « Nigeria » servir de rafraîchissements officiels. C’est ici que réside la véritable « maldonne ». Comment pouvons-nous espérer une croissance industrielle si, au moment même de rafraîchir nos invités, nous boudons le World Cola produit chez nous pour injecter nos devises dans l’économie du voisin ? En préférant ce Coca-Cola de contrebande dont le transport précaire sur des motos ne garantit aucune hygiène nous portons un coup direct aux milliers de travailleurs béninois qui font tourner nos propres usines. Choisir le Coca-Cola du Nigeria au détriment de notre production locale, c’est financer l’emploi des autres en sacrifiant le nôtre.

 Le patriotisme local en mode passagère ?

S’il est louable de consacrer le mois d’octobre à la promotion de nos produits, le patriotisme économique ne doit pas être une mode passagère ou un rendez-vous annuel. Le développement du Bénin ne peut  attendre un calendrier festif. Le développement du Bénin n’est pas une fête saisonnière. Consommer local ne doit pas être un slogan que l’on ressort une fois l’an pour se donner bonne conscience. C’est un combat de chaque instant, 365 jours par an. Attendre le « Mois du Consommons Local » pour privilégier nos boissons nationales, c’est laisser nos industries agoniser le reste de l’année. Chaque bouteille de World Cola achetée en dehors du mois d’octobre est un acte politique fort qui consolide notre souveraineté.

Le marché nigérian est vaste, mais le marché béninois appartient aux Béninois. Le développement d’une nation repose sur la fidélité de ses citoyens envers sa production. Il est temps que les organisateurs d’événements, les commerçants et chaque père de famille prennent conscience que notre fierté ne doit pas seulement se lire dans nos discours, mais aussi se boire dans nos verres.

Fifonsi Cyrience KOUGNANDE

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici