Pour la Coupe d’Afrique des Nations, Maroc 2025, le Bénin, en dehors du beau jeu attendu, mise cette fois-ci sur d’autres atouts dont l’élégance entre autres. Sans équivoque, le postulat a été posé hier à la cérémonie officielle de remise de drapeau à l’Ambassade du Bénin au Maroc. La tenue dans laquelle les joueurs ont été aperçus est officielle et est celle qu’ils porteront tout au long de la compétition. Une signature du styliste Jerry Sinclair.
La cérémonie s’est achevée et le drapeau leur est confié avec l’espoir qu’ils triomphent en lanciers déterminés à ce nouveau rendez-vous du football africain. Mais dans la relative et solennelle agitation qui suit l’hymne national, une élégance discrète s’impose : celle des Guépards, drapés pour l’occasion dans une tenue d’apparat au dialogue muet et puissant. Leur silhouette, épurée et rectiligne, est structurée par une longue tunique aux plis tombants, taillée dans le « tako bariba », ce coton rustique tissé main dans le Nord. Portée sur une chemise d’une blancheur immaculée et une cravate noire, le tout surmonté d’une coiffe assortie, la tenue frappe par son équilibre. La matière, texturée et chargée d’histoire, est encadrée par une coupe d’une rigueur presque architecturale. Il s’en dégage une impression d’autorité paisible, une dignité qui n’a nul besoin d’en faire trop. Comme pour les maillots depuis quelques années, l’équipe nationale de football a à cœur de se mettre au goût du jour et de soigner son image en choisissant des tenues ou des costumes officiels. Il en va de soi. Dans le théâtre de plus en plus hyper médiatisé d’une compétition internationale comme la CAN, l’enjeu dépasse le rectangle vert. Les arrivées officielles, les cérémonies protocolaires comme celle de la remise de drapeau ou les portraits d’équipe sont des occasions d’affirmation. Et la tenue d’apparat dans ce contexte, n’est ni un accessoire, ni un luxe superflu. Elle est l’uniforme de la diplomatie sportive, un outil de projection, qui en un coup d’œil, dit l’ambition et le sérieux d’une équipe. Loin alors du simple maillot, elle incarne l’élégance du joueur et la solennité de sa présence. Somme toute, une autre carte de visite qui participe activement à la réussite de la participation. Le choix de son concepteur doit être, à ce titre, exigeant et précautionneux.
Une tenue d’apparat pour une force de style
Et cette tenue, sobre et locale, immédiatement lisible à cette cérémonie, est l’œuvre de Jerry Sinclair. L’homme, d’un parcours aussi éclectique que cohérent, a su transformer chaque rupture en leçon de style. Ancien journaliste sportif aux commentaires claironnés, il a structuré son audace dans les arènes exigeantes des télécoms, ensuite la banque, avant de se consacrer à sa passion retrouvée. Promoteur de mode, il comprend le risque et le rend structurant ; habilleur de personnalités, il a appris à traduire une fonction en silhouette, une ambition en étoffe. Son choix pour dessiner l’« armure diplomatique », puisque ç’en est une, des Guépards consacre ainsi bien plus qu’un créateur : un narrateur national, un architecte de l’image. Sa méthode, affinée par ces expériences plurielles, est désormais une signature : extraire de la tradition une essence qu’il soumet aux codes universels de l’apparat. Ici, le « tako » n’est pas un accessoire folklorique, mais l’âme même d’une histoire commune. Jerry Sinclair opère une alchimie subtile ; il ancre l’identité dans un savoir-faire local sans jamais céder à la carte postale, érigeant le textile au rang d’attribut protocolaire. Certes, cette tenue est bien différente du costume traditionnel deux pièces en laine super 150, avec une chemise bleu ciel, une cravate en soie ainsi qu’une ceinture en cuir et argent confectionné par le tailleur italien Francesco Smalto pour les jeunes de l’Equipe de France à la Coupe du Monde 2018. Mais elle instruit une évidence : la bataille de l’élégance en dehors du terrain. La désignation de Jerry Sinclair donc en tant qu’habilleur officiel des Guépards à cette messe continentale couronne une trajectoire déjà ambitieuse. Car après avoir habillé des individus et signé les costumes des acteurs des séries à succès de Marodi TV telles que « La Maîtresse d’un homme marié », « Impact » ou « Karma », il s’apprête à vêtir un récit national. De la discrète influence des cercles du pouvoir à la diffusion massive de la culture par le petit écran, son dessein reste constant : faire du vêtement un langage.
« Habiller les Guépards est un beau challenge » pour Jerry Sinclair
Contrairement aux tenues des joueurs sur les terrains, qui sont soumises à une réglementation stricte, le choix des habits officiels est l’apanage des autorités sportives. Cette commande au designer s’inscrit dans une pratique désormais courante chez les nations soucieuses de leur rayonnement. De la Côte d’Ivoire au Nigeria, du Sénégal en Afrique du Sud, confier son image à un designer est un outil avéré de soft power. Le Bénin, en empruntant cette voie, valide une stratégie plus vaste : celle qui considère la création comme un levier de diplomatie culturelle et économique. En choisissant Jerry Sinclair, il offre une continuité visuelle et honore une filière, de l’artisan à l’atelier. Ainsi, au-delà du vêtement, c’est un récit que les Guépards endossent. Celui d’un Bénin qui maîtrise sa représentation, assume la modernité de ses racines et en confie le récit à ses artistes. À la CAN 2025, le pays ne sera pas seulement jugé sur la qualité de son jeu, mais aussi sur la force de son style. Et par la grâce d’une tunique où résonne le geste ancestral du tisserand, il a d’ores et déjà marqué un point. Jerry Sinclair, en styliste silencieux de la nation, a su couper, ajuster et sublimer le tissu de cette ambition.*
M.M

