Chers Compatriotes,
Nous sommes dans la semaine de la conférence nationale des forces vives, la trente-cinquième depuis l’historique conférence de février 1990 qui prend fin aujourd’hui 28 février 2025.
Je saisis cette heureuse occasion pour m’adresser à chacun d’entre nous Béninoises, Béninois, résidents au Bénin et ceux de la diaspora. Oui, je nous parle directement, individuellement et collectivement, au regard de la situation qui prévaut dans notre cher et beau pays, le Bénin.
Une situation caractérisée par la méfiance mutuelle, la suspicion généralisée, le manque de confiance et un esprit mercantile immodéré ; Une situation politique gangrénée et un pourrissement très avancé des valeurs humaines, morales et sociales ; Une situation inquiétante et anxieuse qui convoque la peur du lendemain. Et pourtant, nous sommes un grand pays et un grand peuple. Nous sommes de dignes héritiers, des descendants des rois Guézo, Béhanzin, Bioguera, Kaba, Toffa, des Présidents Maga, Ahomadegbé, Apithy, Zinsou, Kérékou, de Monseigneur de Souza.
Nous sommes héritiers d’illustres et de valeureuses personnalités, pourquoi ne devrions-nous pas en prendre conscience et poursuivre dignement et vaillamment leurs œuvres ? Pourquoi ne devrions-nous pas prioriser la République et l’intérêt général ? Pourquoi ne devrions-nous pas nous accorder sur l’essentiel, abstraction faite de nos divergences légitimes ? Grand pays, grand peuple et dignes héritiers, pourquoi devons-nous être constamment dans une situation de soupçon permanent ?
À l’occasion de cet heureux anniversaire de la révolution pacifique de 1990, il me plaît modestement, de nous convier à nous approprier la conscience citoyenne. Il me plaît de nous inviter à cultiver la paix et à agir pour le Bénin.
Nous devons en tout temps et en tout lieu, cultiver l’esprit de tolérance et travailler à faire avancer le Bénin vers la réalisation de nos rêves. Dans cet ordre, je suggère que chaque Béninois s’approprie l’évangile Luc 6, 27-38 dont le contenu a toujours retenu mon attention : « Je vous le dis, à vous qui m’écoutez : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent. Souhaitez du bien à ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous calomnient. À celui qui te frappe sur une joue, présente l’autre joue. À celui qui te prend ton manteau, ne refuse pas ta tunique. Donne à quiconque te demande, et à qui prend ton bien, ne le réclame pas. Ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites-le aussi pour eux. Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle reconnaissance méritez-vous ? Même les pécheurs aiment ceux qui les aiment. Si vous faites du bien à ceux qui vous en font, quelle reconnaissance méritez-vous ? Même les pécheurs en font autant. Si vous prêtez à ceux dont vous espérez recevoir en retour, quelle reconnaissance méritez-vous ? Même les pécheurs prêtent aux pécheurs pour qu’on leur rende l’équivalent. Au contraire, aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour. Alors votre récompense sera grande, et vous serez les fils du Très-Haut, car lui, il est bon pour les ingrats et les méchants. Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés. Pardonnez, et vous serez pardonnés. Donnez, et l’on vous donnera : c’est une mesure bien pleine, tassée, secouée, débordante, qui sera versée dans le pan de votre vêtement ; car la mesure dont vous vous servez pour les autres servira de mesure aussi pour vous. ».
En sus de cette partie de l’évangile, j’invite humblement chaque Béninois à faire de son bréviaire la prière de Saint-François d’Assise : « Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix ; Là où est la haine, que je mette l’amour ; Là où est l’offense, que je mette le pardon ; Là où est la discorde, que je mette l’union ; Là où est l’erreur, que je mette la vérité ; Là où est le doute, que je mette la foi ; Là où est le désespoir, que je mette l’espérance ; Là où sont les ténèbres, que je mette la lumière ; Là où est la tristesse, que je mette la joie ; O Seigneur, que je ne cherche pas tant à être consolé qu’à consoler, à être compris qu’à comprendre, à être aimé qu’à aimer ; Car c’est en se donnant qu’on reçoit, c’est en s’oubliant qu’on se retrouve, c’est en pardonnant qu’on est pardonné, c’est en mourant qu’on ressuscite à l’éternelle vie.»
Tout Béninois devrait avoir à l’esprit, que nous devenons notre propre ennemi en nous enfermant dans la rancœur. Nous devons, donc, renouer avec les repères en revisitant le dernier paragraphe du Rapport général de la conférence nationale présenté par feu le Professeur Albert Tévoédjrè : « Alors, parce que nous avons juré de ne plus jamais humilier l’intelligence, parce que les chaînes sont brisées et que nous avons définitivement conquis le droit de parler au nom de l’Afrique, et des libertés fondamentales des hommes et des femmes de ce continent, parce que nous entrons désormais en partenaire majeur, dans un monde majeur, parce que la nuit s’est dissipée et que l’aube nouvelle rayonne : Au travail mes amis ! Nous avons vaincu la fatalité. ».
En effet, nous avons effectivement vaincu la fatalité à l’issue des travaux de la conférence nationale grâce à une prise de conscience collective du peuple Béninois. Alors que nous sommes à la croisée des chemins, du fait des élections générales de 2026 qui pointent à l’horizon, chaque Béninois doit avoir à l’esprit cette mémorable phrase de Monseigneur Isidore de Souza : « Plaise au ciel qu’aucun bain de sang ne nous éclabousse et ne nous emporte dans ses flots ». Chaque Béninois doit s’imprégner de nos valeurs communes pour aider à préserver l’essentiel, la République. Un proverbe yoruba dit : « Irôrun igui ni irôroun êyê », qui littéralement signifie « la paix de l’arbre fait la paix de l’oiseau » et c’est pour dire que lorsque l’arbre se porte bien, l’oiseau s’y porte mieux. Alors, privilégions la République ! Il y va de l’intérêt du Bénin et de chaque Béninois.
Porto-Novo, le 28 février 2025
Moukaram A.M. BADAROU
Président de la Fondation Conscience Citoyenne