Le gouvernement n’arrive pas à trouver le bon bout 

 Appliquer le juste prix, la seule option qui reste

Après les trous creusés et les tranchées pour empêcher la vente du soja dans les pays voisins, c’est le tour de grosses pierres pour bloquer la traversée vers les pays voisins dans la partie septentrionale. Ce samedi, un groupe de 11 députés de l’opposition est allé faire le constat dans les villages de Aoro, Frignon et Gnangba Kabila situés à Bassila, Sèmèrè et Ouaké. Des camions continuent de convoyer de blocs de granite pour barricader les voies d’accès vers le Togo afin d’empêcher les producteurs d’y vendre le soja et l’anacarde. Mais la démarche pose problème.

 

Le gouvernement veut avoir l’exclusivité sur les produits tels que le soja, l’anacarde, le karité et autres produits pouvant servir de matière première aux industries en plein implantation à la Zone industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ). L’idée est noble, faire du Bénin un pays d’exportation de produits finis afin d’apporter une plus-value à l’économie nationale. Pour y arriver, la Société d’investissements et de promotion de l’industrie (Sipi-Bénin SA) fixe le prix auquel il achète les produits chez les agriculteurs. On peut donc en déduire que c’est parce que le prix du gouvernement ne satisfait pas les producteurs qu’ils tentent, par tous les moyens, d’aller vendre leurs récoltes au Togo voisin où le prix de vente est largement en hausse. On pourrait donc demander à ce que le gouvernement revoit à la hausse le prix qu’il propose aux agriculteurs. Ils ne seraient alors plus tentés d’aller vendre ailleurs.

Mais cela a été fait déjà une fois. Le 11 avril 2023, à la sortie d’une rencontre entre le chef de l’Etat et les producteurs de soja, le prix a été revu à la hausse. Le soja conventionnel sera cédé à 270 FCFA, 250 FCFA le soja déclassé et le soja bio à 320 FCFA. Il a été en plus décidé que les produits invendus à cause de la baisse du prix de soja soient tous achetés par la Sipi Bénin. Il était alors dit que le sourire est revenu sur les visages des producteurs de soja. Forts de cette entente retrouvée, trois ministres du gouvernement ont entrepris une tournée dans le septentrion pour échanger avec les producteurs sur le faible prix de vente des productions des « sojaculteurs », en déphasage avec les charges élevées.

A chaque rencontre, il était dit que les producteurs sont satisfaits et qu’ils prennent l’engagement de se donner à fond pour une meilleure production. Mais subitement, on constate que, dans la partie septentrionale, de grosses pierres sont déposées au niveau des frontières pour empêcher la vente du soja et autres produits au Togo. Les rencontres au Palais avec le chef de l’Etat, puis sur le terrain avec les ministres Abdoulaye Bio Tchané, Gaston Dossouhoui, Shadiya Assouman et Romuald Wadagni n’ont donc pas produit l’effet escompté. Les producteurs rivalisent toujours d’ardeurs pour aller vendre leurs produits au Togo voisin, malgré les risques. La seule explication valable, le prix que propose le Bénin ne les arrange pas.

Le juste prix, la seule option sur la table

Le gouvernement n’a pas besoin d’employer la force en barricadant les voies d’accès au Togo. La force n’a jamais été une solution pérenne de règlement de conflit. Depuis 2016, sur les plans politique et social, le gouvernement de la Rupture devrait savoir que la force n’a rien réglé depuis. Sur le plan politique par exemple, il y a certes un temps d’accalmie entretenue par le retour de l’Opposition à l’Assemblée nationale. Mais le problème reste entier. La force ne crée pas un chef. Mais c’est comme si le gouvernement ne tire aucune leçon de tout ce qui se passe depuis 2016. On continue de vouloir passer en force, et ceci dans tous les domaines. Si l’idée d’avoir l’exclusivité sur les produits cultivés sur le territoire national est bonne, il faut d’abord pratiquer le juste prix, et cesser d’envoyer dans l’opinion l’impression que c’est parce que les producteurs sont grugés qu’ils vont rentabiliser leurs produits ailleurs, suivant la loi du libre marché. Si ce préalable est réglé, les producteurs eux-mêmes verront, comparativement aux prix pratiqués dans la sous-région, qu’un effort est fait. Tant qu’ils vont crouler sur des dettes avec le prix pratiqué au Bénin, ils chercheront toujours les moyens pour vendre au plus offrant. Et la solution extrême trouvée, la barricade des voies d’accès au Togo ne peut pas durer dans le temps.

M.M

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