Tribune: Éradication du paludisme : agir maintenant ou compter nos morts demain !

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Bien plus meurtrier que les conflits qui se déroulent actuellement et qui mobilisent le monde entier, le paludisme est devenu une maladie dont le monde semble s’accommoder.

 

En 2020, au total 241 millions de cas de paludisme ont été recensés dans le monde et 627 000 vies ont été fauchées par cette maladie, soit 69 000 de décès supplémentaire par rapport à 2019. En Afrique subsaharienne en proie à d’autres crises notamment le changement climatique et le terrorisme, la situation demeure précaire, puisque la charge du paludisme atteint encore des niveaux inacceptables. Cette région du monde paie un lourd tribut avec 94% des cas de paludisme qui y ont été détectés en 2020.

Certes, des progrès majeurs ont été réalisés dans nos pays durant ces deux dernières décennies grâce à l’engagement d’acteurs majeurs comme l’OMS mais aussi le Fonds Mondial de lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose. L’implication de ce dernier, par exemple, a permis de réduire considérablement les nouveaux cas et les décès liés au paludisme. Ainsi, plus de 10 millions de décès liés au paludisme ont pu être évités grâce aux financements du Fonds Mondial de lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose.

Mais ne nous y trompons pas, ces progrès ne sont que l’arbre qui cache la forêt ! Car aujourd’hui encore, le paludisme est plus meurtrier que les conflits qui se déroulent actuellement et qui mobilisent le monde entier. Un enfant de moins de cinq ans meurt du paludisme chaque 60 secondes dans le monde, et plus particulièrement en Afrique subsaharienne.

Et pour ne rien arranger, la crise sanitaire due à la Covid 19 a considérablement sapé les efforts de lutte contre le paludisme puisque près de deux tiers des décès supplémentaires ont résulté des perturbations des services de prévention, de diagnostic et de traitement du paludisme durant la pandémie.

Aujourd’hui, la lutte contre le paludisme est à la croisée des chemins. Faute d’une accélération et d’une intensification immédiate de la riposte, les objectifs de la Stratégie mondiale de lutte contre le paludisme 2016-2030 de l’OMS ne seront pas atteints.

Plus que jamais, les pays qui voient mourir des millions de bras valides, ont besoin d’un engagement politique fort au niveau mondial pour arrêter l’hécatombe. Aujourd’hui, la lutte contre le paludisme a besoin de l’engagement ferme de chaque dirigeant, mais aussi du secteur privé de tous les pays dans lesquels l’épidémie fait plus de ravage. Cette dynamique est déjà en marche au Bénin et dans plusieurs pays de l’Afrique subsaharienne où le secteur privé est en passe de devenir un levier important de financement de la lutte contre le paludisme à travers l’initiative “Zéro Palu, les entreprises s’engagent”. Autre geste d’engagement fort, celui des parlementaires du Bénin, qui ont su obtenir du gouvernement béninois, une augmentation considérable de la contrepartie budgétaire pour le financement de la lutte contre le paludisme en 2023.

Mais tous ces efforts risquent d’être une goutte d’eau dans le désert s’ils ne sont pas accompagnés au niveau mondial. A cet effet, la 7e conférence de reconstitution des ressources du Fonds Mondial de lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose qui aura lieu du 19 au 21 septembre Etats-Unis est une étape cruciale pour la lutte contre le paludisme.

Il est urgent que les pays contributeurs emboîtent les pas du pays hôte (les Etats-Unis) qui, en mars dernier, a annoncé une promesse de don qui devrait atteindre 30% des 18 milliards de dollars dont le Fonds mondial a besoin pour lutter efficacement contre le sida, le paludisme et la tuberculose pendant les trois prochaines années.

Le paludisme ne doit pas devenir une maladie dont le monde semble s’accommoder, et comme l’a si bien dit le Secrétaire Général des Nations Unies, António Guterres, « Le paludisme peut être vaincu » grâce à un engagement politique fort, à des investissements adéquats et à une combinaison appropriée de stratégies.   C’est maintenant ou jamais que nous devons agir.

Aké NATONDE,

Ancien Ministre, Député à l’Assemblée Nationale

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