Avortement sécurisé en Afrique de l’Ouest: Les sociétés savantes et professionnelles de santé s’engagent avec l’ODAS

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 Les résistances religieuses, culturelles et politiques en Afrique de l’Ouest augmentent de façon dramatique la prévalence des avortements clandestins avec leur lot de conséquences. Consciente que le dialogue pour changer la donne est une affaire de tous,  l’Organisation pour le Dialogue pour l’Avortement Sécurisé en Afrique Francophone (ODAS) en collaboration avec  la Fédération Internationale de Gynécologie et d’Obstétrique (FIGO), avec le financement du  ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères a organisé du mercredi 14 au vendredi 16 septembre à l’hôtel Novotel de Cotonou, le Sommet régional des sociétés savantes et des professionnels de la santé sur l’Avortement Sécurisé en Afrique Francophone. Après trois jours d’intenses activités dans une ambiance conviviale, la soixantaine de participants (gynécologues, sages-femmes, pharmaciens et responsables de programmes de la santé de la mère) venus de 12 pays ont pris des engagements forts pour un changement de perception sur l’avortement sécurisé dans la sous-région.

 

 « La santé et les droits sexuels et de la reproduction y compris le droit à l’avortement sécurisé sont essentiels à la réalisation de l’égalité des sexes » fait constater Dr Rouguiatou Balde, Directrice régionale de l’ODAS. En effet, l’accès aux soins d’avortement sécurisé en Afrique de l’ouest rencontre encore dans cette décennie de fortes résistances culturelles, religieuses et politiques. Ceci parfois malgré l’existence d’un cadre juridique favorable par endroit. Ces oppositions renforcent dangereusement la stigmatisation de l’avortement sécurisé, le manque d’informations sur les conditions d’accès et sur les centres offrant les soins, le manque de professionnels qualifiés pour les offrir en temps réels, le coût élevé des soins et le manque d’équipement et d’intrants.

Pourtant, la nécessité pour les sociétés fortement touchées par cette réalité se présente avec acuité. Selon l’OMS, plus de 1,8 million d’avortements sont pratiqués en Afrique de l’Ouest Francophone de manière clandestine dans des conditions sanitaires précaires et éprouvantes pour les femmes. Or, selon les expériences des spécialistes de santé, c’est une évidence qu’une jeune femme ou une adolescente qui se décide à interrompre une grossesse met tout en œuvre pour y arriver, et ceci malgré les dangers que cela pourrait comporter pour sa santé.

L’ODAS avec les sociétés savantes en croisade contre l’avortement clandestin

Entendu que le challenge c’est de renforcer le mouvement de l’avortement sécurisé pour l’épanouissement des femmes et des filles en Afrique de l’Ouest, ODAS s’est lancé depuis 2021 dans une grande croisade. Ce sommet des sociétés savantes et des professionnels de la santé provenant de 12 pays constitue une étape stratégique en ce sens qu’il vise à « promouvoir la synergie d’action des sociétés savantes et des professionnels de la santé à travers la facilitation et le partage d’expérience, mais surtout le réseautage pour une justice reproductive avec un focus sur l’avancement de l’agenda commun sur l’avortement sécurisé en Afrique francophone » a déclaré la directrice du centre ODAS au lancement du sommet.

Cette initiative a d’ailleurs reçu le soutien des autorités béninoises qui conviennent qu’en engageant le débat dans ce pays qui a fait une avancée assez louable en élargissant les conditions d’accès au service d’avortement sécurisé, l’ODAS pose un grand pas vers le changement de la perception de nos sociétés sur la question.

« Notre défi aujourd’hui c’est de trouver la façon de communiquer avec les détenteurs d’enjeux qui restent encore accrochés dans des débats de principes. », souligne Dr Thierry Lawalé, Directeur de la santé de la mère et de l’enfant, représentant le ministre de la Santé.

Sociétés savantes et professionnels de la santé s’engagent avec l’ODAS

Les communications, échanges et travaux de groupe qui ont meublé les trois jours d’activité ont porté essentiellement sur l’analyse de l’écosystème des avortements sécurisés, l’exercice de clarification des valeurs, l’installation des communautés de pratiques. Gynécologues obstétriciens, sages-femmes pharmaciennes et responsables de programmes de santé maternelle soutiennent au terme du sommet initié par l’ODAS que les actions à mener doivent converger dans le sens de relever le défi de la communication à divers niveaux.

« Notre défi une fois retourné en Côte d’Ivoire, c’est de chercher à convaincre nos différentes autorités surtout au niveau des prestataires de santé. Que nous ayons le même langage, parce que tant qu’il y aura une diversité au sein même des professionnels de la santé, ce sera encore une bataille rude à mener. », soutient Alida Koffi Kuassi, en service au PNSME de Côte d’Ivoire.

Ils sont d’ailleurs convaincus que l’expérience enrichissante de certains pays d’Afrique devrait inspirer les autres pour l’épanouissement des femmes. « L’avortement clandestin représente 13 % des causes de la mortalité maternelle dans notre région, ce qui est énorme […]. Un certain nombre de pays religieux dans le monde sont arrivés à changer les conditions. La loi a été votée au Bénin, en Sierra Leone et même en Tunisie depuis plus de 50 ans. Pourtant ce pays est à majorité musulmane. Il n’y a donc pas de raison que nous ne puissions pas nous inspirer de ces pays qui ont pu convaincre les religieux, les législateurs pour que les lois passent », déclare Pr Keika Namory.

Ainsi, pour tous les participants, la démarche de l’ODAS visant à faire des participants une force de plaidoyer dans leurs différents pays promet d’acter le changement surtout grâce à l’exercice de la clarification des valeurs et la création des communautés de pratiques.

« Je sors de cet atelier convaincu que j’ai un engagement des différents pays sur les différentes stratégies qu’ils pourront mettre en place pour faire avancer l’agenda de l’avortement sécurisé » va conclure Dr Rouguiatou BALDE, convaincue qu’en 2022, plus aucune femme ne devrait encore mourir des conséquences de l’Avortement clandestin.

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