Un manuel pour la rénovation des Tata Somba

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Un bouquin de poche riche de quelques pages vient de paraître sur le marché du livre au Bénin. Il s’agit d’un ouvrage collectif de jeunes écrivains, Fabrice Noukpakou, Elie Pauporté et Renaud Pleitinx. Intitulée ‘’Manuel pour la rénovation des Tata Somba, cette œuvre ouvre une brèche sur la construction de ces châteaux traditionels spécifiques au Bénin. L’un des auteurs en parle.

 

Matin Libre : Vous avez entrepris le projet de mettre sur le marché du livre un bouquin qui traite de la rénovation des Tata Somba. Situez-nous légèrement le contexte.

Fabrice Noukpakou : Le Manuel pour la rénovation des Tata Somba est coécrit avec Elie Pauporté et Renaud Pleitinx et paru aux éditions PUL (Presses Universitaires de Louvain) dans la collection Forma loci. C’est un livre à caractère scientifique de 118 pages qui présente les résultats d’une série d’études menées sur la matière Terre utilisée comme principal matériau de construction et de rénovation des Tata Somba. Ces études constituent une des activités phares du projet Habitats en Terre Crue contre le réchauffement climatique dans l’Atacora (HTC-Atacora) financé par l’Agence wallonne de l’Air et du Climat (AwAC), porté par l’UCLouvain en partenariat avec Eco-Bénin et Yves Baudot. Ce projet avait pour objectif de préserver les habitats en terre crue et de promouvoir la construction d’habitats en terre crue résistants aux changements climatiques et peu consommateurs de bois de construction et de bois de chauffe.

En écrivant ce livre, vous avez sûrement un but que vous souhaitez atteindre. Pourriez-vous en parler ?

L’objectif visé par la publication de ce Manuel pour la rénovation des Tata Somba  est de participer à la documentation nécessaire à une meilleure connaissance de cette architecture. De plus, il était question de proposer, par la même occasion, des procédés, testés et validés, de réparation des dégradations auxquelles sont exposés ces Tata Somba en particulier et les habitats en terre crue en général. A cet effet, le mérite de sa large diffusion le rend gratuitement téléchargeable en ligne (https://uclouvain.be/fr/instituts-recherche/lab/laa/manuel-pour-la-renovation-des-tata-somba.html).

 En proposant des pistes de rénovation, est-ce parce que vous estimez que les anciennes techniques de construction manquent de pertinence ?

En proposant ces procédés, il ne s’agissait pas de remettre en cause les pratiques traditionnelles. Il était plutôt question de les optimiser en se basant justement sur ces savoirs bien détenus par tous les acteurs de la chaîne de construction de ces habitations. Notre apport a juste été de les relever, les améliorer pour une meilleure résistance face aux vulnérabilités et de les consigner dans cet ouvrage. Chacun des procédés évoqués dans le livre s’inspire des matériaux locaux et des pratiques habituelles des communautés pour définir des facteurs d’amélioration qui assurent une durabilité aux édifices.

 Pour quelqu’un, pour ne pas dire architecte, qui veut s’approprier du contenu de ce Manuel, à quoi doit-il s’en tenir?

Pour un curieux de la lecture scientifique ou de compte-rendu de recherches spécifiques comme tel, il lui faudra retenir l’essentiel de ce dont traite le livre à travers ses trois chapitres à savoir :  Construire en terre qui aborde les spécificités et les propriétés de la matière Terre utilisée dans l’Atacora et la mise en œuvre des matériaux qui en découlent pour la construction de chaque structure de l’ensemble que sera le Tata Somba mis en chantier, construire un Tata Somba dont les lignes présentent une description architecturale du Tata Somba. Il y est rendu compte des différents éléments du Tata Somba et de leurs modes d’exécution avec les différents matériaux recensés sur le terrain et auxquels nos recherches proposent des procédés de composition pouvant leur offrir un meilleur comportement face aux intempéries, leur assurant ainsi une bonne durabilité. Rénover un Tata Somba qui, partant des expériences de terrain, documente les solutions appropriées aux pathologies souvent observées sur les Tata Somba. C’est dans ce chapitre que sont évoqués les différents procédés que nous avons testés et validés avec les communautés, et que préconise cet ouvrage appelé, à juste titre, Manuel pour la Rénovation des Tata Somba.

Quelle utilité réserve cet ouvrage pour la postérité ?

 Cet ouvrage laisse à tout le monde, particulièrement ceux qui seront intéressés à cette architecture, des procédés utiles à sa sauvegarde. En cela, nous proposons quatre différents procédés basés sur les matériaux de terre exploités pour la construction et/ou la rénovation des Tata Somba : La terre à construire d’Atacora utilisée pour la construction des tourelles et des murs d’enceinte du Tata. Cette terre est prélevée dans les encablures du site de construction ou provient des ruines d’un Tata, tamisée de sorte à en retirer les graviers de plus de 2 mm afin de faciliter le pétrissage jusqu’à l’obtention du matériau adéquat à la construction, la terre à colmater d’Atacora qui provient d’un mélange de terre de termitière et de poudre de cosses de néré, pétri à l’eau idéalement issue de la macération des cosses de néré. Ce matériau dont l’application est bien décrite dans le Manuel, est adapté au rebouchage des fissures souvent observées à la jonction des murs d’enceinte et des tourelles, le béton terre d’Atacora.

 

Teddy GANDIGBE

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