Population: Premières nations, peuples autochtones ou indigènes, de qui parle-t-on ?

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Ils ont une relation très forte à la terre, à la nature. Ils luttent contre les discriminations, l’assimilation et l’uniformisation de leur culture, de leur identité, de leur mode de vie. Les mots employés pour désigner les premiers habitants d’un territoire sont multiples et ont évolué au fil des années, au rythme de leurs luttes pour redéfinir leurs identités collectives. Entretien avec Irène Bellier, anthropologue et directrice de recherche au CNRS.

 

RFI : Pourquoi ne parle-t-on plus (ou peu) de peuples indigènes ?

Irène Bellier : Le mot indigène désigne, au sens strict, une personne vivant dans le pays où elle est née. Au moment de la négociation de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, les termes « pueblos indígenas » en espagnol et en anglais « indigenous peoples » étaient acceptés. Ces deux langues sont très importantes car il y a beaucoup plus de peuples autochtones hispanophones et anglophones que francophones. Mais les peuples autochtones francophones ont réfuté le terme d’indigènes en raison du statut inégal, discriminatoire lié à la politique de l’indigénat pratiqué dans les colonies, notamment en Afrique du Nord comme dans d’autres parties de l’Afrique et en Asie.

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Face à cela, les autochtones francophones d’Afrique, d’Amérique du Nord, d’Asie et d’Océanie se sont alignés sur le choix du terme « peuples autochtones ». Autochtone signifie celui qui naît de la terre, qui vient de la terre. Dans l’expression « peuples autochtones », le terme « peuple » inclut la notion de sociétés, de collectifs qui ont une organicité propre. Avant qu’arrive le colonisateur, quel qu’il soit, ils se gouvernaient par eux-mêmes, avaient des institutions qui géraient le rapport au territoire, la distribution des terres, l’éducation des enfants. Une gouvernance propre donc… Mais lorsque le colonisateur est arrivé, qu’il soit espagnol, britannique, français, hollandais, allemand ou autre, il est arrivé avec sa religion et s’est appuyé sur la théorie de la « Terra nullius » pour s’approprier la terre. Cette théorie date du 15e siècle. Le pape autorise ainsi les rois castillans et portugais qui sont chrétiens à se partager les terres conquises, et à se les approprier. C’est en réalité une doctrine de la dépossession au bénéfice des dominants ( et non de la propriété ) qui débouche sur la négation de l’existence des êtres humains, non chrétiens, qui sont là, sur cette terre.

Est-ce qu’il existe une définition des peuples autochtones ? Une liste de ceux qui existent ?

Il n’existe pas de définition substantielle. Pas de liste non plus. C’est une catégorie générique qui permet de poser le droit concernant ces populations qui ont été marginalisées et spoliées par les colonisations. Elle a une efficacité en droit international. La notion de catégorie politique relationnelle est importante à retenir parce qu’on est autochtone en raison de certaines circonstances historiques et par rapport aux autres personnes qui composent la société dominante. Le travail du Professeur José Martínez Cobo, mandaté en 1971 par le Conseil économique et social de l’ONU pour réaliser une étude sur les discriminations vécues par les peuples autochtones, premier pas vers l’adoption de la Déclaration sur les Droits des Peuples Autochtones en 2007, fait référence. Pour lui, sont des populations autochtones, les personnes « liées par une continuité historique avec les sociétés antérieures à l’invasion et avec les sociétés précoloniales qui se sont développées sur leurs territoires [qui] s’estiment distinctes des autres segments de la société qui dominent à présent sur leurs territoires ou parties de ces territoires… ».

Est-ce que vous pouvez nous rappeler pourquoi les peuples autochtones d’Amérique ont longtemps été appelés les Indiens ?

C’est une évidence maintenant bien connue. Christophe Colomb part en 1492 d’Espagne avec trois caravelles. Il souhaite rétablir la route des Indes. Il navigue et arrive sur une île aujourd’hui partagée entre la République dominicaine et Haïti. Arrivé là, il rencontre des gens qu’il va appeler « Indiens » parce qu’il pensait être aux Indes. Par la suite, le continent va être dénommé « Amérique » en référence au prénom d’Amerigo Vespucci, le pilote de la Santa Maria sur laquelle naviguait Christophe Colomb.

Comment est né le mouvement de revendication des peuples autochtones ?

Souvenons-nous que le continent américain a été occupé par des colonisateurs britanniques, espagnols, français, hollandais, portugais. En Asie et dans Pacifique, la colonisation se met en place au 18e siècle. En Afrique, plutôt à partir du 19e siècle. À l’échelle de la planète, il existe un ensemble de personnes qui sont dans une situation marquée par les reliquats ou l’existence actuelle du colonialisme. Dans les années 1960, des luttes se développent sur le continent américain. Ce sont les très fortes revendications pour les droits civils et civiques des Noirs américains qui réclament la fin de la ségrégation. À partir de ce moment-là, les Indiens des Amériques, qui n’ont jamais renoncé à leur souveraineté, se lancent aussi dans des combats similaires. Ce fut un déclencheur. Un mouvement se crée dans les années 1960 aux États-Unis, l’« American Indian Movement», qui existe toujours. Au Canada également. De là, vont se mettre en place des rencontres entre les peuples indiens qui ont d’ailleurs, rappelons-le, des noms, des cultures et des langues différentes. On les a tous appelés Indiens à cause de cette erreur initiale de Christophe Colomb. Les autochtones hispanophones rejoindront les mouvements anglophones.

À cette époque, les anthropologues commencent aussi à dénoncer les massacres des populations autochtones et fondent les premières organisations de soutien qui aideront à porter les revendications autochtones aux Nations unies. L’Australie et la Nouvelle-Zélande connaîtront des situations identiques de lutte des aborigènes (en Australie) et des Maoris (Nouvelle Zélande). Ces derniers avaient signé avec la couronne britannique, le traité de Waitangi en 1840, qui a été continuellement violé. Dans les années 1975, un mouvement très important des Maoris exige le respect du traité. A partir de là se mettent en place des dispositifs pour que l’État respecte le traité, principalement par restitution des terres qui ont été volées par les colons. Dans le monde aborigène australien, c’est un petit peu différent parce qu’il n’y a pas vraiment de traité qui concerne les nombreuses sociétés (plus de 250 langues et nations distinctes). Mais le fait est que ces populations ont été sauvagement décimés.

La lente reconnaissance des droits des autochtones australiens

L’Australie, comme d’autres pays en Amérique a connu des génocides, au point qu’il ne reste que 10% des populations aborigènes peu de temps après les premiers contacts. La chasse à l’homme a existé, sur fond de racisme majeur. Les autochtones, les aborigènes ont été décimés aussi par des épidémies et des situations qui ont accentué leur mortalité. Ce déni de leur droit à exister va perdurer avant qu’une prise de conscience opère. En 1967, l’Australie reconnaît aux aborigènes, la qualité de citoyen. En 1993, les insulaires du détroit de Torres revendiquent le droit à la terre et un jugement de la Cour suprême, que l’on appelle désormais le cas Mabo, abolit la doctrine de la « Terra nullius ».

Pourquoi retrouve-t-on le terme d’aborigène en Australie et au Canada ?

Là aussi, il y a une distinction à faire entre l’usage francophone et l’usage anglophone du mot aborigène. « Aboriginal people » signifie ceux qui sont là depuis l’origine, c’est totalement accepté par les anglophones. Donc, les autochtones anglophones du Canada acceptent ce terme, c’est employé systématiquement en anglais. Au Canada, il y a trois types d’autochtones. Le site du gouvernement canadien le précise. Les Premières nations (les Amérindiens), les Inuits qui vivent dans la partie Nord, en Alaska, au Canada, au Groenland. Et les Métis, principalement anglophones, issus d’une génération de trappeurs français, donc d’ascendance européenne. Six mille personnes environ sont concernées par cette qualification-là.

Qu’ont en commun tous ces peuples ? Leur rapport à la nature, à la terre ?

Les peuples autochtones tirent leur subsistance de leur environnement. C’est une particularité commune à tous. Ils ont besoin d’un environnement vivant, non maltraité par les mines, par les exploitations pétrolières, par les grands élevages bovins ou autres, ou encore par les routes. Car avec la route qui facilite évidement le passage de nombreux flux, y compris illégaux, la colonisation se développe des deux côtés de la route et la forêt par exemple court un grand péril , comme on le voit en Amazonie, en Afrique centrale ou en Indonésie. Dès lors qu’elle dessert une mine, toutes sortes de gens s’installent à proximité des routes, un front de colonisation se met en place, le bruit des explosifs fait fuir les animaux. Les eaux des rivières vont être contaminées. C’est pour ces raisons que les autochtones réclament le respect de leur territoire.

S’il n’y avait pas les Indiens en Amazonie, la forêt amazonienne aurait totalement disparu. Ils sont vraiment protecteurs et le paient de leur vie. Selon les rapports annuels du Rapporteur des Nations unies sur la situation des défenseurs des droits humains, depuis une dizaine d’années, les assassinats pour cause environnementale et autochtone sont en augmentation constante sur tous les continents. Les autochtones sont assassinés parce qu’ils exigent des contrôles et protègent les territoires des abus les plus criants. Un grand problème est posé par la déforestation et les industries extractives, c’est-à-dire les industries minières, pétrolières, l’agro-industrie avec les monocultures de palmes à huile, de soja. Ils représentent aujourd’hui 5% de la population mondiale et protègent 80 à 90% de la biodiversité. Leurs modes d’exploitation sont infiniment moins dommageables. Ils prélèvent des quantités justes et nécessaires à leur existence.

Que célèbre t-on tous les 9 août ?

C’est grâce à la reconnaissance internationale que l’on peut aujourd’hui parler des peuples autochtones, de leur culture, de leur langue. Avez-vous appris, en histoire ou en géographie, que ce soit à l’école primaire ou secondaire ou même à l’université, qu’il existait des peuples autochtones en France ? Les Amérindiens qui vivent en Guyane française, les six peuples (Arawak, Kalina, Lokono, Wayampi, Wayana, Palikwene) mais aussi les Bushinenge ne veulent pas disparaître. Tout comme les Kanak en Nouvelle-Calédonie; ou les Mao’hi en Polynésie, ils ont besoin de soutien pour pouvoir exister, d’objets qu’ils doivent prélever pour pouvoir pratiquer leurs rituels, de respect de leurs pratiques et de leurs connaissances… La langue française est un rouleau compresseur. C’est dommage de ne pas considérer en France qu’on peut apprendre plusieurs langues dès la petite enfance. Il a fallu des décennies, et ce n’est toujours pas réalisé, pour que les langues autochtones soient enseignées. Pourquoi est-ce si compliqué pour les Français de comprendre que l’on peut être Français et autochtone. Alors qu’on comprend assez facilement que l’on est Français et Européen. La double appartenance est possible. L’enjeu de la reconnaissance des droits des peuples autochtones, c’est tout ça ! Ce n’est pas du folklore !

Sur le folklore, il y a tout un tas de termes qui ont disparu au fil des années. On ne parle plus d’esquimaux qui signifie «  mangeur de viande crue » mais d’Inuits, on ne parle plus non plus de Lapons mais des Sámis. Pourquoi ?

La disparition de ces termes est liée à la revendication de ces peuples qui ont réussi à obtenir a minima la reconnaissance de leurs noms propres. Cela témoigne très concrètement de leurs luttes. Ils ont dit « Mais attendez là, on est autre chose que des mangeurs de viande crue. On est des êtres humains ». Car Inuit signifie « être humain ». De même, Lapon vient de l’anglais « lap », qui signifie « haillon ». Or les Sámis, portent leurs identités sur des vêtements très distinctifs. Il est difficile pour un non Sami d’identifier l’exacte provenance communautaire d’un ou une Sami mais les couleurs, les broderies, font sens et il ne s’agit pas de haillons bien au contraire. Comme bien d’autres peuples autochtones du monde aujourd’hui, qui ont été mal nommés par les colonisateurs qui ne comprenaient pas leurs langues alors qu’ils s’installaient sur leurs terres avec tous leurs préjugés, les peuples autochtones se réappropient leur nom. Ne parlons plus des Orejones, parlons des Maijuna. Les Jivaros s’appellent désormais Shuars et Achuars. Apprenons à connaître la richesse de ces mondes, de leurs langues et des cultures qu’elles portent !

 

rfi.fr

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