Léonce Houngbadji à propos de son nouvel ouvrage: « Je crois en la puissance des mots et des verbes »

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En exil du côté de l’hexagone depuis l’arrivée au pouvoir de Patrice Talon, Léonce Houngbadji multiplie des ouvrages, pour dénoncer les dérives caractérisées par le Bénin, depuis donc 2016. À l’occasion de la sortie de son troisième ouvrage, l’ancien journaliste devenu écrivain décline les tenants et aboutissants de ses motivations. Interview…

 

Peut-on mieux vous connaître ?

Léonce Houngbadji. C’est mon nom à l’état civil. Je suis journaliste de profession, depuis 2000. Directeur de publication du média constructif Notre Voix (www.notrevoix.info), à Paris, en France, j’ai été Attaché de presse de la Préfecture de Cotonou et Chef de la cellule de communication du ministère de l’Intérieur, de la Sécurité Publique et des Cultes. Très engagé pour la cause de la démocratie, de la bonne gouvernance et surtout des droits humains, je suis passionné de lecture, d’écriture et des technologies créatives.

 Pourquoi autant de livres sur le Bénin ?

Comme je l’ai déjà dit à d’autres occasions, tout Homme qui vit sur cette terre a le devoir de laisser des traces pour l’avenir et pour l’Histoire. Dans le contexte béninois, marqué par la violation massive des droits de l’homme, la démolition à vive allure des acquis démocratiques et la mauvaise gouvernance, depuis 2016, avec l’arrivée au pouvoir de Patrice Talon, l’urgence d’écrire périodiquement sur cette gouvernance s’impose naturellement. C’est donc un défi, écrire pour les générations futures afin qu’elles s’en souviennent pour que tous les auteurs et complices puissent rendre compte.

Je suis actuellement à mon 4ème livre. Le 1er est sorti en 2017 chez Amazon à Paris (Le casse du siècle), le 2ème en 2018 chez Saint-Honoré Editions (Résistons), le 3ème en 2021 chez Fauves Editions (De Cotonou à Paris) et le 4ème en juillet 2022, toujours chez Fauves Editions. Ce sont des ouvrages uniques, historiques et factuels. Ce sont des mémoires, des souvenirs d’événements historiques ou anecdotiques, publics ou privés. Le Bénin en aura besoin, demain, pour faire le point en vue de tracer un nouveau chemin démocratique et patriotique.

J’invite les Béninoises et Béninois et tous les amis du Bénin à acheter et surtout à lire mon nouveau livre, qui sort le 9 juillet 2022 à Paris, pour comprendre beaucoup de choses sur la situation du Bénin et l’attitude de ses hommes politiques.

Pourquoi tirez-vous à boulets rouges sur toutes les actions du gouvernement actuel ?

Je suis un reporter de guerre, qui n’attend pas la fin de la guerre pour la relater, la raconter, la décrire pour que nul n’en ignore, demain. Mathieu Kérékou a fait 28 ans à la tête de notre pays sans traces. Pourtant, le pays a connu 17 années de dictature sous sa présidence, 1 an de transition. 5 ans plus tard, il est revenu reprendre le pouvoir pour 10 ans encore. Existe-t-il aujourd’hui un livre factuel bien détaillé sur ses 28 ans de présidence ? La réponse est non. Nicéphore Soglo est venu faire 5 ans. Dans quel état avait-il trouvé le pays ? Comment l’avait-il géré ? Quelles étaient ses difficultés ? Les cadres, les politiciens…, quel regard porte-t-il sur eux ? Sans traces, aucun livre n’en parle. Boni Yayi a fait quant à lui 10 ans. Même constat. Sans traces, aucun livre sérieux pour décrire sa présidence. Pourtant tout n’a pas été rose. Voulez-vous qu’on laisse aussi Patrice Talon « surgir, agir et disparaître » sans traces ? Il est temps de changer cette situation.

Comment voulez-vous que les jeunes prennent leurs responsabilités pour sauver le pays ? Ils n’ont pas de modèles, de repères, de miroirs. Le patriotisme a disparu depuis 1990, le militantisme politique, n’en parlons même pas. La politique est devenue un fonds de commerce juteux.

Il s’agit donc pour moi de montrer le chemin, de donner envie aux gens d’écrire, de lire, de s’engager et d’agir dans l’intérêt du pays. Les bavardages et les dénonciations sporadiques sur les réseaux sociaux ne sont pas la solution. Il faut agir, plus efficacement, aller au-delà de la veille citoyenne classique sur WhatsApp pour réinventer le Bénin.

  • Je crois en la puissance des mots et des verbes. Chaque Homme a une conscience. Le plus important est de réussir à la toucher, au bon moment et au bon endroit. L’écriture basée sur des faits tangibles peut réinventer le Bénin. Et tant que le Pouvoir ne changera pas de cap, sa politique de famine,…je resterai à ses trousses. Sont également concernés, ses complices tapis dans les rangs de l’opposition (ils sont très nombreux), les couteaux doubles qui travaillent, pour son compte, depuis 2016, pour endommager sérieusement notre lutte.

L’espoir est-il permis pour les populations? Quel appel avez-vous à lancer à leur endroit  ?

Bien sûr que l’espoir est permis. Le Bénin est dans une crise de démocratie et institutionnelle, volontairement créée par l’homme qui l’a pris en « otage » depuis plus de trente ans, Patrice Talon. J’ai l’habitude de dire que la lutte pour libérer le Bénin n’est pas un dîner de gala d’une soirée ou un match de football de 90 mn. C’est un combat de longue haleine. Pour le gagner, nous devons faire preuve d’humilité, de patience, de détermination, d’audace, d’organisation, de méthode, de planification, de mobilisation, de transparence, de cohérence, de constance, de patriotisme et de sincérité.

Les populations doivent savoir que personne ne tombera du ciel pour les sauver. Personne. Elles ont la clé de leur destin, de leur avenir. Elles sont capables de siffler la fin de la récréation, maintenant ! Notre devoir à nous est de les éveiller, leur montrer le chemin, les sensibiliser, les informer… Et c’est ce que nous faisons depuis six ans. Nous allons poursuivre sereinement ce que nous avons commencé en 2016.

Je suis convaincu que la victoire sera de notre côté. Ça prendra le temps que ça prendra, tôt ou tard, d’une manière ou d’une autre, nous vaincrons. Et seuls ceux qui seront patients, cohérents, honnêtes et dignes rentreront dans l’Histoire.

Je n’ai aucun appel particulier à leur lancer aujourd’hui. Elles savent ce qu’elles doivent faire pour arracher leur liberté. Bientôt le kg de la farine de manioc (gari) sera à 1000 F CFA. Vont-elles le payer et rester résignées, sans défendre leurs droits fondamentaux ? Il y a un prix à payer pour mettre le Bénin sur les rails. Chacun doit être prêt au sacrifice. Dans le cas contraire, la crise va durer encore plus longtemps.

 

Propos recueillis par M.M

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