Message à Macron après les Législatives: Que veut insinuer Talon ?

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(Les espoirs d’ouverture des Législatives 2023 hypothéqués ?)

Dimanche 19 juin 2022, les Français étaient aux urnes dans le cadre du second tour des élections législatives. Les résultats, à la suite du scrutin, ne sont pas très favorables à la coalition au pouvoir. « Ensemble » de Macron a obtenu 245 sièges, alors qu’il lui fallait au moins 289 sièges pour avoir la majorité absolue. L’opposition a obtenu 226 sièges dont 137 pour « La Nupes » de Jean-Luc Mélenchon et 89 sièges pour le « RN » de Marine Le Pen.

 

Aussitôt les résultats divulgués, le chef de l’Etat béninois a adressé un message à son homologue français, via son compte Twitter. On y lit, entre autres, « les résultats des élections législatives, quoique mitigés pour vous et pour Ensemble, demeurent un moindre mal. Bien au contraire, ils marquent ce tournant parfois nécessaire aux grandes Nations qui ont besoin de se réinventer dans les moments difficiles. Le monde va mal et la France n’est pas épargnée ; la routine et la sérénité ne sont peut-être pas les meilleurs atouts pour la France en ces circonstances-ci. La France a besoin de se réinventer politiquement pour préserver sa grandeur et ses acquis, voire satisfaire ses attentes… ».

Le moins qu’on puisse dire, en lisant ces lignes, c’est qu’il y a des sous-entendus dans le message de Patrice Talon. Que veut insinuer le chef d’Etat Béninois  en disant : «la routine et la sérénité ne sont peut-être pas les meilleurs atouts pour la France en ces circonstances-ci. » ? Employer ces mots dans un contexte de « défaite » aux Législatives, trois mois seulement après la brillante élection de Macron au second tour, renvoie aux réalités béninoises à l’heure de la Rupture.

En 2019, la réforme du système artisan a engendré une élection non inclusive, avec in fine, l’installation d’un Parlement « monocolore » où les 83 députés sont issus des deux partis se réclamant du chef de l’Etat. Or, de Soglo à Yayi, en passant par Kérékou, l’habitude était de ne pas confier tout le pouvoir aux mains du président élu. Souvent, les populations essaient d’équilibrer les choses en faisant en sorte que le pouvoir législatif ne soit pas entièrement contrôlé par le président en exercice. C’était ainsi jusqu’à la réforme du système partisan qui a engendré en 2019 un parlement entièrement contrôlé par la Mouvance présidentielle. En parlant donc de routine, de sérénité  qui ne sont pas les meilleurs atouts de la France, puis évoquant le fait que les grandes Nations aient besoin de se réinventer dans les moments difficiles, Patrice Talon voudrait-il que la France prenne exemple sur le Bénin de la Rupture ?  Les libertés démocratiques que sont, entre autres, le choix libre laissé aux électeurs lors des différents scrutins, est-ce cela la routine dont parle Patrice Talon ? Autrement dit, le chef de l’Etat invite-t-il son homologue français à initier des lois qui verrouillent le système de sorte à lui  garantir un contrôle du Parlement ? Ou veut-il, dans son message, faire comprendre au président français le sens des réformes politiques entreprises au Bénin depuis 2016 et qui ont suscité beaucoup de remous aussi bien au Bénin, en Afrique et dans les grandes démocraties occidentales?

Dans l’’un ou l’autre des cas, n’y-a-t-il pas des raisons d’avoir des craintes quant à l’ouverture annoncée des Législatives de 2023 ?

Si Patrice Talon est convaincu que c’est ce qu’il faut faire au point de vouloir inspirer le président d’un pays de grande démocratie, si tel est le sens de son message, l’ouverture annoncée des Législatives de 2023 n’est-elle pas du chimère ? Une façon de dire une chose et de faire une autre ? On le saura assez tôt. Mais pour l’heure, l’opposition ne doit pas seulement se fier au discours, il faut que les actes suivent.

M.M

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