Marioupol: Près d’Azovstal, les gens disent avoir du mal à s’habituer au silence

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Dans le Donbass, partiellement contrôlé depuis 2014 par des séparatistes pro-russes, la situation devient « de plus en plus difficile » pour les défenseurs ukrainiens de Lougansk, une des deux régions de ce bassin houiller, et en particulier à Severodonetsk, bombardée « 24 heures sur 24 », selon le gouverneur ukrainien Serguiï Gaïdaï. Toutes les forces russes et pro-russes sont concentrées dans cette zone. Les soldats ont d’ailleurs quasiment quitté Marioupol, où s’est rendue de nouveau notre envoyée spéciale.

 

Désormais, sur les routes pour se rendre à Marioupol, quand on vient de la capitale de la république séparatiste de Donetsk, les check-points sont moins nombreux. S’il faut toujours un permis spécial pour aller dans la ville, le pouvoir n’est plus aux mains des militaires. Il a été transféré à la police. Commissariat central et autres antennes de quartier sont dorénavant installés.

Presque toute la ville est accessible, sauf l’usine Azovstal et ses abords. Elle est à présent aux mains des démineurs. À peine les derniers soldats ukrainiens partis, il y a quelques jours, le travail a commencé. Juste en face de l’usine vit cet ancien mécanicien d’Azovstal. Pour lui, il va falloir vivre longtemps avec les détonations des mines.

Il faudra beaucoup de temps pour tout déminer, car il y a de tellement de passages, tellement de tunnels… J’y ai travaillé pendant 40 ans, j’ai travaillé dans cet Azovstal. Il y a tellement de choses. Vous ne pouvez pas faire ça en une semaine ou même un mois. Il faut y creuser pendant au moins six mois, car il y a des passages souterrains, des pipelines, des tunnels pétroliers, tout ! Cela prendra beaucoup de temps. Ce n’est qu’un tas de ferraille. Il ne reste plus rien, là-bas. Les pipelines sont détruits, tout est détruit. C’est effrayant d’aller là-bas. On peut marcher sur n’importe quoi maintenant : des obus, des mines, des cadavres. Les tunnels et les passages souterrains, il y en a jusqu’à au moins vingt-trente mètres, peut-être. Après tant de mois de combats, il faut s’attendre à tout, là dedans. Je pense que c’est fini, c’est impossible à restaurer. Il faudrait y consacrer tellement d’argent. Et de toute façon, où trouveriez-vous les gens pour y travailler ? Les gens sont morts ou partis, et l’usine ne peut pas marcher sans professionnels et, encore une fois, sans énormément d’argent.

Dans ce quartier où les habitants disent avoir encore du mal à s’habituer au silence, on se demande comment travailler, comment trouver des revenus, et surtout où vivre. Ici plus qu’ailleurs, les destructions sont majeures. Certaines maisons ne sont plus qu’un enchevêtrement de tôles et de débris. Dans la lumière du printemps, cette question lancinante : mais comment passer l’hiver prochain.

Concernant les soldats d’Azovstal, les valides ont immédiatement été placés derrière les barreaux. Les blessés avaient été transférés pour être traités dans un hôpital le long de la côte, à Novoazovsk. Seules quelques images du ministère de la Défense avaient filtré. Ce lundi soir, confirmation de la Rosgvardia, la Garde nationale russe : tous ont désormais été placés en centres de détention.

Selon le ministère russe de la Défense, 2 439 soldats ukrainiens et membres du régiment Azov se sont rendus depuis le 16 mai. Leur avenir ? Un procès, avait déjà dit samedi le dirigeant de la république autoproclamée de Donetsk. Mais certains évoquent déjà un échange ; c’était le cas, samedi dernier, mais Denis Pushilin, à la mi-journée, à la télévision russe, précisait :

Ces prisonniers sont actuellement détenus sur le territoire de la république populaire de Donetsk. À l’avenir, il est prévu de tenir un tribunal international. Les documents pertinents sont en cours de préparation, le statut du tribunal est en cours de rédaction. Il peut y avoir des tribunaux intermédiaires, comme après la Grande Guerre patriotique.

Selon l’agence Interfax, ce lundi soir, un premier procès des soldats qui se sont rendus aura lieu à Marioupol. D’autres sont prévus dans d’autres lieux.

 

rfi.fr

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