Droits fonciers des femmes au Bénin: La KAS et le CAO sensibilisent Zagnanado, Ouinhi, Covè et Zakpota

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Depuis mardi 10 mai 2022, la Konrad-Adenauer-Stiftung (KAS) à travers son projet  » Un seul monde sans faim en Afrique de l’ouest  » est en tournée de sensibilisation des 8 communes du département du Zou. C’est à la faveur d’ateliers itinérants d’échanges organisés en collaboration avec le Centre Africa Obota (CAO). Autour du thème  » Tradition et dispositions juridiques reconnaissant et protégeant les droits fonciers des femmes au Bénin », ils prennent fin ce vendredi et regroupent à chaque étape, chefs traditionnels et religieux, élus communaux, secrétaires exécutifs, représentantes des groupements féminins.

C’est l’hôtel Finagnon de Zagnanado qui a accueilli le premier atelier de la série organisée dans le département. Les participants sont venus des communes de Zagnanado et Ouinhi. « La terre est notre principale source de revenus. La terre est le seul moyen de croissance que nous avons, et celles qui sont plus dans ce domaine, c’est les femmes. À plus de 70% nous sommes avec les femmes dans l’agriculture. Elles sont en amont et en aval dans le secteur agricole. Elles sont retrouvées dans la production, dans la transformation, dans l’écoulement, sur tous les pans de l’agriculture. Mais le seul problème auquel les femmes sont confrontées est que les femmes ne disposent pas de terres pour la production, pour leurs propres cultures. Il y a plusieurs obstacles traditionnels et coutumiers qui empêchent la femme de détenir pour elle ces biens précieux de production ». Célestin Ballé, président du Centre Africa Obota, plante ainsi le décor. Il poursuit : « ceci a vraiment d’effet, ça entrave la croissance économique. Quand elle dispose de terres, elle va donner plus pour la croissance économique de notre localité, de notre pays, du monde entier et ainsi lutter contre la faim et la pauvreté ». Et c’est là tout le sens du ‘’combat’’ que mène la KAS depuis 7 ans à travers son projet  » Un seul monde sans faim en Afrique de l’ouest  », qui a pour but principal de renforcer un accès équitable et sûr aux ressources et aux terres ainsi que les droits d’usage des terres pour les femmes au Bénin, au Burkina Faso et au Togo. « L’approche de la Fondation consiste à travers les différentes méthodes de travail à renforcer le dialogue entre les différents acteurs pour trouver des solutions adaptées aux différents problèmes qui se posent dans le domaine de l’accès de la femme au foncier agricole. Le présent débat vise la poursuite des réflexions et échanges avec les élus, la chefferie traditionnelle et leaders religieux, les cadres de l’administration déconcentrée et décentralisée sur les droits fonciers des femmes afin de trouver des solutions pour permettre à la femme rurale de participer pleinement au développement local », explique Mounirou Tchacondoh, coordonnateur national de la KAS. Procédant à l’ouverture officielle de l’atelier, le Maire de la commune de Zagnanado, Justin Kanninkpo a insisté sur le rôle combien important de la femme dans la société. Il va exhorter par la suite : « La femme est tout. La femme est le sel de la vie. Elles sont nos épouses, elles sont nos mamans nous avons le devoir d’aider la tradition à comprendre que la femme est importante dans la société. La parité entre l’homme et la femme doit nous amener à reconnaître la vraie place de la femme dans nos traditions ».

Le clou de l’atelier

Après la cérémonie d’ouverture, les débats se sont poursuivis dans une approche participative autour de deux sous-thèmes :  » Tradition et dispositions juridiques reconnaissant et protégeant les droits fonciers des femmes : pourquoi doit-on renforcer le rôle économique de la femme rurale ?’’ et ‘’Autonomisation économique des femmes rurales : rôles et responsabilités des acteurs’’, co-animés par Ella Christine Alotchékpa, juriste consultante et Justin Sèmassoussi, dignitaire consultant. De façon pédagogique, ils sont partis de la projection d’un téléfilm dont l’actrice principale est une veuve, qui aidée par une amie et le chef du village, a pu hériter, avec ses enfants, des biens de son mari défunt alors que le frère du disparu s’en était déjà accaparé. Les langues se sont déliées et dans le rang des participants, des cas pratiques ont été exposés. Le Fon, langue de la région, a été la plus utilisée pour mieux faire passer les messages. Les deux animateurs se sont appuyés également sur les dispositions du Code foncier domanial et du Code des personnes et de la Famille pour éclairer les lanternes et mettre chaque acteur devant ses responsabilités. En substance, les participants ont été sensibilisés à veiller à éduquer la fille au même titre que ses frères garçons, savoir que la loi dispose que la fille a droit à l’héritage au même titre que le garçon, le mariage civil est un gros atout pour la femme de pouvoir bénéficier ou hériter des biens de son mari. Outre l’héritage, il y a possibilité de don, de prêt à usage de la terre pour la femme, etc. Il faut dire que les participants sont repartis satisfaits des débats. Le même exercice a eu lieu le mercredi, à l’hôtel Pacific à Covè, avec les participants venus cette fois-ci de Covè et Zakpota. « Nous allons multiplier à l’avenir ces genres de débats pour que les choses s’améliorent » ; a rassuré le coordonnateur national de la KAS, heureux de constater tout de même que les lignes bougent parce que selon lui, il y a 7 ans, « ce n’était pas évident que les femmes prennent la parole et s’expriment ». Néanmoins, Mounirou Tchacondoh a exhorté les Secrétaires exécutifs qui sont désormais la pierre angulaire au niveau des mairies à prendre à bras le corps la question de l’accès des femmes au foncier.

JB

 

Ils se sont confiés :

Antoine Kakessou, SE/mairie de Covè.
« C’est une séance qui est vraiment la bienvenue dans notre commune.
… C’est important dans la mesure où qui ne connait pas la loi fait beaucoup d’erreurs et qui connait la loi sait comment s’appliquer dans la vie… Et donc les têtes couronnées et tous les acteurs qui sont invités ici aujourd’hui vont être des relais dans les villages, les communautés pour que ces droits-là soient appliqués. Pour ce qui me concerne, en tant que secrétaire exécutif de la mairie de la commune de Covè, nous avons beaucoup de choses à faire surtout en matière de sensibilisation, nous aurons l’appui des autorités communales : les conseillers communaux, les chefs de village pour organiser ces sensibilisations à travers nos arrondissements et villages pour que la loi soit vulgarisée surtout en ce qui concerne l’accès des femmes au foncier ».

Rufine Dagbénombakin, P.F Genre, Représentant Secrétaire exécutif/Mairie Zakpota
« En tant que Point Focal Genre, nous devons vulgariser ce que nous avons écouté ici, c’est-à-dire la femme a des droits, la femme a une part à prendre dans l’héritage de son feu mari, la fille qui se voit orpheline a aussi ses droits. Nous devons vulgariser ces enseignements-là et enseigner à nos parents que quand la fille a accès à la terre, elle peut produire, faire des activités génératrices de revenus et aider son mari dans le foyer. Donc nous devons œuvrer pour l’autonomisation économique de la femme. Dans les marchés ce sont les femmes qui paient les taxes et qui contribuent à l’amélioration des ressources propres des mairies et donc au développement des communes….
Nous remercions la Fondation Konrad Adenauer et le Centre Africa Obota (…) pour cette sensibilisation très importante. Nous leur demandons de l’étendre… »

Dah Assiannoun Adantonon de Covè-Gouinli, représentant le roi Zéhè d’Agonlin
« C’est une bonne formation. Moi, particulièrement, je veillais déjà sur les droits des femmes. Actuellement, j’ai un dossier d’héritage que je suis en train de gérer. C’est une fratrie de 5 dont 3 garçons et deux filles, qui doit se partager une terre de 5ha, leurs deux parents étant déjà décédés. Les trois garçons voulaient donner 1 ha à leurs deux sœurs et s’accaparer des 4ha restants. Je me suis opposé en leur faisant comprendre que ce doit être un partage équitable : 1ha pour chacun d’eux. Mieux, si éventuellement leurs sœurs se trouvent en difficulté chez leurs époux respectifs, elles peuvent revenir habiter la maison de leur père qui reste un bien commun. Moi j’ai vite compris ces choses à cause de mon papa y tenait depuis une vingtaine d’années. Pour ceux qui continuent d’observer une certaine résistance, je pense que progressivement, avec ces sensibilisations, ils vont se mettre au pas ».

Isidore Odjo, Chef d’arrondissement (Ca) de Sagon (Ouinhi)
« À l’issue des différentes communications, nous n’allons pas attendre à régler les conflits mais plutôt informer les administrés sur le fait que désormais la femme constitue un sel dont on ne peut s’en passer pour préparer une bonne sauce. Nous avons intérêt à aller divulguer cette information que nous avons reçue au cours de ce séminaire surtout lors des conseils d’arrondissement pour que les chefs de village soient également formés pour et qu’à leur tour ils puissent informer leur communauté que désormais plus rien ne sera comme avant, les femmes ont droit aux héritages de leur mari et de leur papa. Bien évidemment, il faut la douceur pour réclamer cela ».

Ella Christine Alotchékpa, Animatrice CAO
« On a constaté qu’il y a progression parce que ce n’est pas la première fois qu’on organise une telle séance. Beaucoup parmi les Ca, les maires et les chefs traditionnels ont compris l’enjeu. Il y a eu même des témoignages sur la résolution de certains cas dans des familles. Beaucoup de femmes ne maîtrisent pas leurs droits, elles ne sont pas légalement mariées… Je crois que cette sensibilisation va beaucoup plus les orienter ».

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