Contrat avec la presse, pluralité d’opinions: Le Sgag/Ppg met les journalistes face à leurs responsabilités

643

Get real time updates directly on you device, subscribe now.

🚨<< Personne ne vous ferait procès de donner la parole à un tel. On est tous des Béninois >>, Wilfried L. Houngbédji

🚨 Vers la révision du Code de l’information

Au nombre des questions auxquelles le Secrétaire général adjoint du gouvernement et porte-parole du gouvernement a apporté des réponses au cours de la traditionnelle rencontre périodique avec la presse vendredi dernier, figure la liberté de presse au Bénin en lien avec les contrats gouvernementaux. Dans sa réponse aux préoccupations de trois des journalistes présents, Wilfried Léandre Houngbédji a mis la presse face à ses responsabilités. Il a par ailleurs préconisé la piste des grands regroupements viables.  << Tout le monde n’est pas Takou et tout le monde n’est pas Sidikou, tout le monde n’est pas Toko, tout le monde n’est pas l’Onip, tout le monde n’est pas Fraternité. Pour citer les plus gros aujourd’hui >>, a-t-il souligné.

Journaliste : Est-ce qu’aujourd’hui les médias partenaires ou progouvernement qu’on traite de perroquets peuvent-ils s’ouvrir aux opinions des gens de l’opposition ? Cela compromet-il ces médias? Le gouvernement est-il réfractaire aux critiques?

WLH : Sur la question relative à la liberté de presse ou à la liberté d’opinion, pour résumer. Ma religion, vous la connaissez. Elle n’a pas changé. Et il ne me souvient pas que mes Services aient à appeler un organe pour lui faire des remontrances par rapport à un écrit ou à la façon de traiter une actualité. Je peux appeler un Responsable d’organe pour dire, j’ai lu tel papier, vous n’avez pas toutes les informations ou bien votre Rédacteur n’a pas veillé à mentionner telle chose qui pourtant existe et que tout le monde connaît. Mais parce qu’il aurait mis un opposant, non ! Le dernier débat que j’ai fait sur la télévision nationale, j’avais quelqu’un des  » Démocrates » et quelqu’un des Fcbe en face. Donc j’étais entre deux opposants, et ça n’a gêné personne. Et je n’ai jamais entendu un membre du gouvernement, encore moins le chef de l’Etat me faire le reproche de ce que M. Houngbédji : tel organe partenaire (il n’a pas la liste des organes partenaires sous les yeux), a écrit ceci, non ! S’il a une information et il a le sentiment que l’organe est mal renseigné il peut me dire : organisez-vous pour leur apporter la bonne information. Mais personne n’irait jusqu’à en vouloir à un organe parce qu’il a donné la parole à tel ou tel. Je dis vous connaissez ma religion, je sais d’où je viens, avec mes collaborateurs ; demain je peux revenir. Et moi je sais ce que j’ai vécu en tant que journaliste. Je ne ferais pas ça à quelqu’un d’autre. Tout ce qu’on demande aujourd’hui, et qui d’ailleurs par le passé a été moi ma ligne de conduite, et il y en a encore dans cette salle qui peuvent témoigner, c’est que l’on soit responsable de ce que l’on dit ou de ce que l’on écrit. Qu’on l’assume. Lorsque j’ai pris des positions par le passé, lorsque j’ai fait des écrits, je m’étais préparé à être interpellé, à éventuellement répondre devant les tribunaux pour justifier, pour fournir les sources. C’est tout ce qu’on demande aujourd’hui comme dans tous les autres secteurs. Mais à part ça, personne ne vous ferait procès de donner la parole à un tel. On est tous des Béninois. Et les autres qui aujourd’hui, à tort ou à raison, considèrent que le pays ne va pas bien, considèrent que le gouvernement en place gère mal, c’est leur opinion de Béninois que nous respectons. Tout ce que nous avons à faire, c’est d’essayer de les convaincre par les faits, que c’est eux qui ont tort. Et donc personne ne ferait procès à un journal ou à un organe de presse d’avoir fait parler des gens à qui il veut bien donner la parole même si ces personnes jugent durement ou sévèrement l’action du gouvernement.

 Vous êtes le porte-parole du gouvernement. Est-ce que vous êtes fier de l’état de la presse aujourd’hui? Est-ce que le journalisme d’investigation existe encore au Bénin ?

Je ne vais pas qualifier la façon dont vous présentez le problème. De ma position aujourd’hui, je n’ai pas de jugement de valeur sur les prestations de la presse. Ce serait même maladroit je pense. Par contre, je vous concède votre appréciation. Vous, vous êtes du milieu, et sans doute que vous avez les meilleures lunettes pour lire que moi. Et donc je ne m’aventurerais pas à prendre position sur le contenu. Si vous pensez qu’il y a des efforts à faire, il faut commencer à les faire ou il faut continuer à les faire. Vous dites qu’il n’y a pas d’investigation. Il y a des organes qui font des investigations, aussi bien des organes classiques que des nouveaux médias. J’en lis. Les tout derniers que j’ai lus c’est les gens de Banouto. Ils sont sur le terrain et je ne pense pas que quelqu’un les empêche de faire des investigations. Et je suis convaincu qu’à partir de demain, les gens de Radio Univers, Le Révélateur, Le Héraut vont faire des investigations pour dénoncer les étudiants qui vendent la glace dans les cabines et qui ne reversent pas l’argent au COUS. Oui, il faut commencer par là ; la règle de la proximité appliquée au contexte voudrait que vous commenciez à faire l’investigation là, pour ce qui est de la presse universitaire. Et maintenant si vous avez les moyens de sortir et d’aller plus loin, allez-y nous on applaudirait. Si demain vous faites un élément et le gouvernement voit que beinh, tiens, il y a des jeunes qui sont consciencieux sur le campus. Ils dénoncent leurs camarades qui font des choses comme ça. Ça va donner des idées et on peut se dire qu’il faut soutenir ces gens-là qui ont besoin de moyens, comme vous dites, et qui n’ont rien eu depuis. Pourquoi pas. Parce que si vous portez cette cause, si vous y croyez, et que vous la portez, ça aiderait aussi bien ceux qui sont là aujourd’hui que les générations de demain. Est-ce que quelqu’un s’est jamais assis et a évalué le manque à gagner pour l’État que les milliers d’étudiants qui s’installent, qui emmènent congélateurs, qui vendent de la glace, avec l’eau de l’université, le courant de l’université, mettre l’argent dans leur poche. Ça n’a pas un autre nom… Si demain, vous allez voir un Directeur général de société qui a un congélateur dans son bureau et qui vend de la glace, quelle serait votre réaction? Et pourtant, c’est la même chose. Je sais pouvoir compter sur vous. Le gouvernement compte sur vous pour donner un coup de pied dans ça. Je ne vais pas le qualifier, mais je sais que vous le comprenez bien et je sais que vous, vous n’en vendez pas.

Concrètement, qu’est-ce qui est prévu pour la presse par le gouvernement du président Patrice Talon?

C’est déjà de continuer à respecter votre liberté. Et ça c’est l’ingrédient majeur dont vous avez besoin pour vous émanciper.

 Si je pose la question, c’est parce que sous le régime passé les organes de presse signaient de contrats avec le gouvernement, des ministères et autres qui permettaient de faire vivre ces organes de presse. Aujourd’hui la plupart de ces contrats ont été supprimés et aujourd’hui il n’y a que quelques organes qui ont signé des contrats avec la Présidence, si je ne me trompe. Dans cette perspective, est-ce que les organes de presse n’auront pas des difficultés? C’est d’ailleurs le cas, ils ont des problèmes pour vivre. Dans ces conditions, est-ce que l’État prévoit quelque chose dans ce domaine pour que la presse puisse revivre?

Idéalement pour vous, est-ce que l’Etat doit être le premier client de tous les organes de presse y compris les privés ou bien ils doivent avoir une diversité de clients pour leur permettre de vivre et de bien vivre? Idéalement, il faut avoir une panoplie de clients. Que l’Etat soit le principal client de la presse n’œuvre pas en faveur de la liberté de la presse. Ça, il faut avoir le courage de le dire. Moi si je dois faire une lecture circonstanciée de l’option faite par le président de la République et son gouvernement de réorganiser ainsi la communication de l’État, la communication du gouvernement, je dirais que c’est un tremplin qui est donné à la presse pour s’affirmer davantage, s’affranchir du pouvoir public en recherchant ses moyens d’existence ailleurs. Si vous ne dépendez pas à 90 voire 98%  du gouvernement, vous avez des ressources d’ailleurs, c’est fini. Un organe comme La Nation n’a plus de subvention aujourd’hui de l’Etat. Jusqu’en 2016, il y avait une subvention même si ce n’est pas grand-chose. Mais le président et son gouvernement ont dit : on va être pragmatique. On a regardé les comptes, on dit l’Onip se porte globalement bien. Pas besoin encore d’envoyer de l’argent là-bas. Cet argent peut servir à faire cantine scolaire dans deux ou trois salles de classe, ça peut contribuer à faire un point d’eau, ça peut contribuer peut être à faire 100 mètres de transport de courant ainsi de suite. La même logique vaut pour la presse privée. Mais moi j’ai le sentiment que les acteurs de la presse ne prennent pas les problèmes sous le bon angle. Je peux vous dire, parce que j’ai eu à le dire à certains d’entre eux en 2012, 2013, 2014, 2015 et même depuis que je suis en position de collaborer avec le gouvernement à ce niveau-là, je leur ai dit est-ce qu’il n’est pas plus pertinent pour vous d’aller vous regrouper pour avoir des groupes viables. Tout le monde n’est pas Takou et tout le monde n’est pas Sidikou, tout le monde n’est pas Toko, tout le monde n’est pas l’Onip, tout le monde n’est pas Fraternité. Pour citer les plus gros aujourd’hui. Pourquoi ceux qui tirent 100, 50, 20 même 10 exemplaires, il y en a même qui ne tirent pas du tout et sont sur les réseaux sociaux mais qui veulent bien exister parce que sur les réseaux sociaux aussi ça permet de vivre. Pourquoi 10, 20 d’entre eux ne peuvent pas décider de se mettre ensemble et si individuellement ils tiraient 20, 50 mais qu’ensemble ils se mettent à tirer 500, qu’ils vendent et il y a productions sérieuses, ils vont devenir plus forts et plus impactants que ce qu’ils sont. C’est le vrai défi pour la corporation. Je pense que l’avenir de la presse béninoise telle qu’elle est aujourd’hui, c’est plus dans le regroupement. Allez vers ceux qui existent, qui sont déjà grands, qui essaient de grandir ou même à défaut agrégez-vous, mutualisez-vous pour créer des groupes conséquents. Ça va être plus crédible et plus impactant encore une fois.

L’exercice de la profession et les risques liés à l’usage des réseaux sociaux…

(…) Les principaux animateurs des réseaux sociaux, est-ce que c’est des journalistes? Donc personne ne vise les journalistes. Maintenant si malheureusement le journaliste glisse sur la pente de l’activiste web qu’il souffre que pendant que les textes sont en vigueur qu’on les lui applique. (…) Ne regarder pas votre position de journaliste maintenant. Je comprends très bien le plaidoyer que vous faites, mais comme j’ai dit à certains que j’ai déjà rencontrés, depuis qu’on a lancé le Pag et je leur ai dit : allez réfléchir vous-mêmes parce qu’on a annoncé qu’il va y avoir une révision du Code de l’information. Allez réfléchir pour voir quelles sont les réformes que vous pourriez initier ou suggérer au gouvernement pour qu’il ne soit pas dit aussi demain, si on le fait, oh c’est le gouvernement qui a fait et que ça porte entorse à la liberté de la presse.

 Propos recueillis et transcrits par JB

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Ce site utilise les cookies pour améliorer votre expérience. Êtes-vous d'accord ? Vous pourrez le désactiver à tout moment. Accepter Lire la suite