Centenaire de naissance du Cardinal Bernardin Gantin: Un nouveau livre, en voici la primeur

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L’univers littéraire s’enrichit d’un nouveau livre : Bernardin Cardinal Gantin : mémoire et héritage des jeunes Églises. Un livre de l’écrivain béninois Célestin Comlan Avocan qui sortira sous peu et dont j’ai l’insigne honneur d’être l’un des heureux lecteurs. Ce n’est donc pas un canular si c’est un jeune laïc universitaire comme moi qui en parle et en donne la primeur. D’aucuns m’ont demandé : « qu’as-tu à faire avec la figure d’un ecclésiastique qui n’a de place que dans les sacristies … » ou encore « c’est une affaire qui incombe au clergé ! » C’est vrai ! Mon jeune âge illustre bien que du Grand Bernardin Gantin je n’en sais pas grand-chose. Je n’ai jamais eu la grâce de me retrouver dans les cercles serrés pouvant l’approcher. Je ne le connais que dans et par les livres, photos et images que transmettait l’ORTB. Autres informations ? je les dois aux bribes de narrations que ma mère nous offrait tous les soirs, avant le coucher, sur les grandes figures de missionnaires et religieux béninois tels Parisot, Boucheix, Moulero, Adéyèmi, Gantin …

Véritable symbole, le Cardinal Bernardin Gantin a été et demeure l’un des plus éminents et rarissimes serviteurs de Dieu, possédant d’incontestables qualités de sens d’écoute, d’humanité, de service et d’abnégation absolue. Ces qualités ont permis à l’homme de faire rayonner notre cher et beau pays le Bénin non seulement au sein de la communauté chrétienne mais aussi dans le monde. Cette publication est à la fois, une évocation et une belle relecture de l’histoire de notre pays, celle de l’Église et du monde comme témoignage et expérience. Tous deux (témoignage et expérience) se conjuguent bien pour indiquer le sens. Le sous-titre « Mémoire et héritage des jeunes Églises » dit bien que ce livre va au-delà d’une simple biographie. Il est une interprétation en réalités plus concrètes et dynamiques d’évolution de ce que cette histoire d’un homme ouvre et féconde l’avenir. Ce premier volume qui s’organise en 7 chapitres, plonge le lecteur dans les intrigues de la cour royale de la monarchie d’Abomey, et des grandes affaires et scandales socio-politiques qui ont marqué le Bénin des années 1960 et dont il urge que les jeunes générations n’en soient pas ignorantes. Cette démarche de l’auteur est hautement pédagogique : en un moment où nombre de lobbyistes de fake news cherchent sans vergogne à déconstruire les sociétés modernes pour imposer leur contre-histoire, il faut sortir de nos visions étriquées et permettre aux jeunes d’apprendre à partir d’un récit national et se construire à partir de narrations de la vie de toutes autres personnalités (laïc, religieux ou autres), héros nationaux dont un pan de vie peut s’analyser comme paradigme de développement.  N’est-ce pas cela aussi « l’Église en sortie » de François ?

Le théologien Avocan a le mérite de mettre en relief les paroles authentiques utilisées par le prélat (ipsissima verba). Il n’est pas question d’une quelconque profession de foi chrétienne ou catholique, mais d’offrir à tous sans distinction ni exclusion, croyant et non, jeunes et adultes, de revivre l’événement passé puis d’entrer en dialogue avec le personnage Gantin afin d’interroger la réalité : « historia magistra vitae » Cicéron (De Oratore II, 9).

 Le sixième chapitre est illustré, par exemple, comme une présentation et une analyse des paroles et des actes du ministère de B. Gantin. La manière dont il s’est dépensé pour la justice et la paix à Cotonou est évoquée. Les objectifs qui ont guidé et animé ses actions ont été soulignés. Il a mené plusieurs actions allant dans le cadre de la promotion des droits humains. Il avait opté pour des actes concrets. Construire le Règne de Dieu et bâtir la nation l’amenait à solliciter des uns et des autres une collaboration effective. Nul n’ignore que la décade des indépendances avait laissé voir un peuple en crise de valeurs, en proie à des drames existentiels tristement nommés « affaire A. Taïgla », « S. Gbikpi », « affaire Moumouni », « affaire Kovaks » contre lesquels l’ex Archevêque de Cotonou avait plusieurs fois exprimé sa farouche indignation de pasteur. Il insistait sur le fait que « la solidité de la société ne soit possible que si les familles sont solides ». Aussi, son ministère et sa vie avaient-ils croisé certaines étapes de l’histoire du Dahomey, histoire politique de mon beau pays le Bénin aux lendemains des indépendances qui avait constamment vacillé de 1960 à 1971. Les modifications répétées des textes fondateurs de la république favorisaient l’instabilité politique et rendaient le pays indocile et incontrôlable par moments. L’homme de Dieu s’investissait à gagner la plupart des cadres béninois à un réel consensus. Il intervenait comme arbitre et comme éclaireur de conscience.

Il ne s’est pas limité à la dénonciation. A la manière d’une interpellation prophétique il avait accompli des actions sociales concrètes. Son apport et approche discrets, son talent négociateur empreint de perspicacité lui permettaient d’imprimer un impact réel et efficace dans le contexte politique. B. Gantin a joué tour à tour le rôle d’arbitre et d’éveilleur de conscience, en s’adressant aux personnalités chargées de guider le pays, par le biais des prédications régulières tenant lieu de formation, d’éducation et d’éveil, par le biais également des lettres pastorales, des consultations et des échanges périodiques à travers les multiples institutions de dialogue. L’Église, par l’intermédiaire de son pasteur, accompagnait l’État dans sa mission. « Nul n’est plus grand que son pays » répétait -il incessamment. « Dieu aime le Bénin ! », aimait-il ajouter pour en clamer constamment la grandeur, la présence de Dieu à son histoire chaque fois que le pays se retrouve dans l’impasse. Les nombreuses perturbations qui avaient en effet caractérisé la vie politique et sociale pendant deux décennies après son accession à l’indépendance, avaient entravé, d’une part toute initiative allant vers la réalisation du bien-être du peuple et d’autre part avaient occasionné un retard du développement économique dont les effets restent toujours perceptibles.

Un autre objectif fondamental dans l’action pastorale de Monseigneur Gantin est son organisation de la charité. Il exhortait les prêtres, les religieux et religieuses à être cohérents dans leur consécration, les invitant à être mesurés et sobres selon l’Evangile. En ce qui concernait le grand public, B. Gantin résistait et rejetait le style d’assistance envers les pauvres qui consistait à aller au cas par cas et au jour le jour. L’homme de Dieu avait préféré créer des centres de formation, encourager les structures de solidarité, soutenir les ateliers d’apprentissage des métiers pour balayer les préjugés séculaires qui considéraient le travail manuel comme socialement dévalorisant. A cette époque, le mythe de l’akowé (en Fon-Yoruba), qui signifie lettré par opposition à analphabète, avait droit de cité contre la multitude. L’auteur Célestin Avocan certifie par des exemples que l’un des points clés de l’action à Cotonou de B. Gantin reste la revalorisation du rôle des femmes, souvent exposées à de nombreux défis.

Le livre de AVOCAN Célestin Comlan (prêtre béninois de Lokossa, actuellement associé pastoral dans la paroisse Santa Maria Goretti, diocèse de Tivoli province de Rome) sur la vie l’œuvre de B. Gantin, vient à point nommé à une période où notre société est en mal de socialisation et souffre d’une crise de valeurs par manque de références sur qui compter pour vivre uni et en paix. Cet ouvrage invite la jeune génération à l’école de la vie tandis qu’il rappelle les adultes à la réflexion sur ce qu’ils transmettent pour l’avenir. Tous sans exception sont invités à revisiter ce que l’homme Bernardin Gantin a été pour le Bénin, pour l’Afrique et pour le monde. Au-delà du simple devoir de mémoire, il permet de rendre un hommage mérité au Cardinal Bernardin Gantin et promouvoir au sein de la jeunesse, l’esprit de partage, d’amour du prochain et du travail bien fait, des valeurs qui ont jalonnées la vie de ce prélat. Est-il exagéré de dire qu’il mérite d’entrer au panthéon culturel et académique de notre Nation ?  Nos programmes d’études doivent s’intéresser à celles et ceux, héros qui de par leur vie ont écrit les belles et bonnes nouvelles de notre histoire.

 Aser S. Z. HONVOH

Docteur en Géosciences de

l’Environnement et Aménagement de l’Espace

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