Atacora: Le sodabi frelaté coule à flots

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Une enquête réalisée par la journaliste Flore Nobime révèle des dégâts résultant de la consommation et la commercialisation de l’alcool frelaté dans le département de l’Atacora. Dans le premier épisode de cette enquête réalisée dans le cadre du projet « Enquêtes sur les droits sociaux au Bénin en 2021: cas de l’eau et la santé », bénéficiant de l’appui financier et technique de la Fondation Friedrich Ebert (Fes) et piloté par Banouto dans un partenariat avec Matin Libre, La Météo, Daabaaru et Odd TV, la journaliste révèle que le sodabi coule à flots dans une indifférence totale dans ce département…

 

« D’une apparence identique au sodabi, liqueur traditionnelle à base de vin de palme fabriquée dans la partie méridionale du Bénin, le sodabi chimique consume à grands feux l’Atacora, département situé au nord-ouest du Bénin. Fabriqué localement et commercialisé à grande échelle, ce produit fait des morts mais résiste à toutes les actions initiées jusqu’ici, pour sauver les populations de ses ravages » renseigne l’enquête. Du Jeune Simon mort à l’âge de 25 ans de la cirrhose de foie  à d’autres jeunes qui ne peuvent plus s’en passer, la journaliste plonge sa plume dans une situation inquiétante voire un drame. « Léonce et Jacques eux, ne ratent aucune occasion pour « cogner les verres »…Servi en premier, Léonce descend d’un trait son verre, grimaçant au passage du liquide dans son œsophage…De son côté Jacques avale le contenu de son verre en deux lampées, lentement, comme pour faire durer le moment. Titulaire d’une licence en anglais, enseignant dans une autre vie, il dit avoir basculé dans l’alcool il y a quelques années, après une déception amoureuse…Tous les jours et autant de fois qu’il le peut, il espère noyer son chagrin d’amour dans l’alcool. Sur lui, les ravages de ce produit sont déjà visibles : joues bouffies et tombantes, regard hagard, haleine éthylique » lit-on dans cette enquête publiée par Banouto.

                             Du sodabi chimique servi aux populations…

“L’Atacora, département du nord-ouest du Bénin, est touché de plein fouet par l’alcoolisme qui y atteint des proportions inquiétantes à cause des mélanges délétères proposés aux populations à des prix très attractifs. Il y en a pour tous les goûts, pour toutes les bourses et sous toutes les formes. Parmi ces produits, le sodabi tient le haut du pavé. « Rien n’est transporté du pays du palmier vers l’Atacora. Le produit nocif est fabriqué sur place depuis un certain nombre d’années. (…)», dénonce Joël Sèna, le directeur départemental des affaires sociales et de la microfinance, Atacora (DDASM-Atacora). Joël Sèna se dit inquiet face à la «consommation à grande échelle» d’un produit pourtant nocif pour la santé. En janvier 2018, pour la journée de réflexion des forces vives de la commune de Natitingou sur la consommation abusive de l’alcool frelaté, Dr Yotto, alors en service à l’Hôpital Saint Jean de Dieu de Tanguiéta, avait d’ailleurs présenté les conclusions d’une enquête réalisée sur le sujet. L’enquête révélait déjà qu’en guise de sodabi fabriqué à partir de vin de palme, les populations buvaient un alcool fait d’eau dans laquelle étaient dissouts des comprimés. « Des fois, c’était de l’alcool pur dans lequel les gens ajoutaient du Tramadol, ce qui est extrêmement nocif pour la santé », ajoute le médecin“ rapporte la journaliste.  Cependant, les vendeurs défendent bec et ongle leur produit. Pour la plupart, aucun doute sur la qualité de leur sodabi. “Jacques, un propriétaire de kiosque à Natitingou réfute ces accusations. Dans sa minuscule boutique où la boisson incriminée côtoie une gamme impressionnante de liqueurs vraisemblablement frelatées, il se dit blanc comme neige…Baba Kétou, un autre vendeur, rejette en bloc, lui aussi, les accusations : « Ce qui se raconte est faux. On a mené des enquêtes en notre sein et on n’a rien trouvé ». Pour lui, le sodabi est victime d’une cabale…Volubile et maniant à souhait la langue de la localité, Baba Kétou discute avec ses clients, encaisse son argent, n’hésitant pas à resservir des clients déjà ivres.  Son sodabi ne coûte que 600 francs le litre mais il jure, la main sur le cœur, que sa boisson n’est pas frelatée. « Je tape la poitrine pour dire qu’il n’y a pas de comprimés dedans et puis, on ne force personne à boire », finit-il par lâcher, un brin dépité. Il se dit plutôt préoccupé par la concurrence. Il y a trente ans, « le marché n’était pas aussi saturé qu’aujourd’hui », regrette-t-il. Dr Yotto appelle à ne pas occulter le danger que représentent les autres boissons, le tchoukoutou en l’occurrence ce breuvage obtenu à partir du mil ou du sorgho, dont la version frelatée existe sur le marché“, révèle l’enquête. « En 2019, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) classait le Bénin à la 34e place des pays africains où l’on consomme le plus d’alcool par habitant. Les jeunes sont particulièrement indexés. En janvier 2020, au terme de l’Assemblée plénière des évêques, la Conférence épiscopale du Bénin était montée au créneau pour dire sa préoccupation suite à « l’excessive consommation de l’alcool de la part d’un vaste segment de la jeunesse ». Selon l’étude conduite par le Professeur de santé publique Michel Makoutodé sur les « Facteurs associés au mésusage d’alcool à Za-Kpota », la production et la commercialisation des boissons alcoolisées ont pris un essor inquiétant dans le pays…L’enquête ‘’STEPS 2015’’ au Bénin pour la surveillance des facteurs de risque des maladies non transmissibles est édifiante. Selon le document, la prévalence de la consommation d’alcool dans la population de 18 à 69 ans au cours des trente jours ayant précédé l’enquête était de 26,5 %. Le taux d’adultes s’adonnant à une consommation épisodique excessive d’alcool sur la même période s’élevait à 7.6%. Quant à la proportion de la consommation nocive d’alcool, elle était de 2,1% » lit-on également. De nouvelles révélations sont annoncées dans les prochains épisodes de l’enquête. A suivre !

A.B

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