Addiction aux produits importés: Changeons … et consommons local

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Le 24 décembre dernier, devant le grand centre commercial de Cotonou, il était très difficile de trouver une place de parking tant la file des véhicules s’étirait sur quasi plusieurs kilomètres. Quoi de plus normal en période de fêtes de fin d’année, période où une frénésie d’achats s’empare de tous ;  le monde entier s’en donne à cœur joie.

 

Comme dans beaucoup de pays d’Afrique et pas seulement au Bénin, nos caddies et paniers regorgent de produits importés au détriment des produits locaux. Il faut retenir que consommer importé relève pour beaucoup d’un statut dans l’échelle sociale. Pour la classe moyenne béninoise, acheter dans un centre commercial un produit importé démontre qu’on est « évolué », et plus encore que l’on a les moyens peu importe que ce produit soit de qualité ou non… ; d’ailleurs un constat rapide, la plupart des jouets achetés ce 24 Décembre une semaine plus tard sont dans un tel état qu‘il est difficile de s’en rappeler comme de jouets !!!

Selon une étude de la FAO, aujourd’hui, 20 % de notre consommation est importée, représentant selon les années, de 30 à 50 milliards de dollars pour l’Afrique sub-saharienne. L’International Food Policy Research Institute (Ifpri) estime que l’addition pourrait s’élever à 150 milliards de dollars en 2030.

Ces chiffres sont alarmants et devraient nous interpeller. Dans la plupart des supermarchés ou superettes du Bénin, plus de 90% des ventes sont basées sur des produits importés. En d’autres termes, nous ne produisons pas ce que nous consommons et ne consommons pas ce que nous produisons.

Le riz, l’huile, le poisson, la viande, le savon, le lait, les vêtements, les livres, la pâte dentifrice, les jouets, les meubles, la musique,… etc ; le papier toilette que nous consommons est importé. J’ai même vu récemment de la noix de coco fraiche importée.

Depuis que je milite pour le « Consommer Local », je suis souvent sidérée par la réaction de nos cadres face à nos productions locales. Récemment, en proposant des coffrets cadeaux avec 100% de produits Made in Bénin, un Directeur de société m’a dit que ce serait mal vu s’il ne rajoutait pas les liqueurs importées dans son coffret. Et pourtant, une liqueur locale comme Captain Awok ou le délicieux vin de bissap du Bénin n’a rien à envier à celles déversées sur nos marchés sans aucun respect des règles d’hygiène et de contrôle.

Quel avenir donnons-nous à nos enfants, surtout à ceux de la classe moyenne quand nous les nourrissons au petit déjeuner occidental, de pizzas, de hamburger, de boissons gazeuses alors que localement, nos offres en termes d’alimentation sont de vraies sources de bonne santé ?

Que deviendront nos paysans, producteurs agricoles, nos éleveurs, agropasteurs, nos pêcheurs, nos artisans, nos tisserands, nos menuisiers et tous nos entrepreneurs qui s’investissent dans la transformation si nous méprisons ce que nous avons localement ?

Récemment, sur un vol national, j’ai constaté et regretté de voir des jus de fruits importés servis à bord  alors que le pays est un grand producteur de fruits locaux. Au lieu de blâmer les uns et les autres, il est temps que chacun de nous fasse un effort et apprenne à découvrir les produits locaux et à les consommer.

La responsabilité de cette situation est triple : elle est à la fois celle des acteurs des chaines de valeur des productions, celle des consommateurs que nous sommes mais et surtout celle des autorités publiques qui sont souvent les premières à consommer « importé ».

Il est vrai que pour pousser le consommer local, nos producteurs locaux doivent innover dans leurs offres, dans leur communication et dans l’attractivité de leurs produits. Croyez-moi, beaucoup d’efforts sont faits. Je prends en exemple la variété d’offres que nous voyons par ici et là. Certes, il leur reste encore beaucoup à faire au niveau de la disponibilité de ces produits, de leur accessibilité et surtout de leur qualité mais ils vont y arriver si nous les accompagnons.

Les consommateurs que nous sommes, devons comprendre les enjeux du « Consommer local ». Quand j’achète local par exemple, mon premier objectif à moi est de réduire mon empreinte carbone liée au transport maritime ou aérien. S’il est vrai que tout le monde n’a pas la même sensibilité écologique, consommer local a aussi pour objectif de développer nos économies locales.

Au-delà de la qualité de nos produits locaux, nous devons nous soutenir. Aucun Etranger ne viendra aider nos artisans. Malheureusement, nous avons encore une mentalité de croire que ce qui vient d’ailleurs est en bonne qualité au détriment de ce que nos compatriotes produisent.

En ce début d’année, s’il y a un vœu à formuler aux Béninois et aux Africains, ce serait celui de nous aimer, d’être fiers de nous, de nos pays, de nos richesses culturelles, de ce que nous avons, d’espérer nous améliorer. Ainsi arriverons-nous à développer une économie solidaire, durable, intégrative et solide.

Quand j’achète par exemple un coffret cadeaux garni de produits locaux, je fais travailler plusieurs artisans dans mon achat car la quasi-totalité de l’argent dépensé restera au Bénin et fera tourner nos économies locales.

Mais ce processus de production, de transformation et de distribution des produits Béninois nécessite un acteur de premier plan qui est l’état car le rôle du leadership a toujours été prépondérant quant au changement de comportements des populations, de modèle à suivre, d’état d’esprit. On se dit que « Tout est possible quand on a des leaders qui vont au-delà de leurs discours, de ce qu’ils prônent ». En d’autres termes, inciter les populations à consommer local implique que nos leaders, à divers niveaux soient les premiers à donner ainsi l’exemple.

Au Bénin par exemple, les textes liés aux marchés publics par exemple ne favorisent pas les marchés de l’artisanat, du «Made in Benin ». Pour être plus clair, pour meubler un bureau de l’administration publique, les barèmes des prix sont faits de telle sorte que ce ne sont que les grandes industries du meuble qui sont compétitifs.

Quand ces trois responsabilités à savoir le producteur local, le consommateur et l’état joueront pleinement leur rôle, le « Consommer Bénin » prendra tout son sens et deviendra alors : s’habiller local, découvrir et s’approprier le mobilier local, une décoration locale grâce à l’ingéniosité de nos artisans, nos produits d’alimentation, notre tourisme, nos compétences ou entreprises locales d’abord.

Avec ce changement radical, nous pouvons renverser la tendance et positionner la consommation Le Made in Benin en bonne place dans les habitudes des populations.

S’il y a un comportement responsable à adopter en ce début d’année, ce serait celui de supporter le commerce local en achetant des produits faits avec amour, passion et abnégation par nos artisans. C’est à chaque africain de promouvoir le «Consommer local ».

Le leader, c’est vous et moi qui sommes en mesure d’influencer, de motiver et de pousser à l’évolution des habitudes et comportements de notre communauté.

 

Sandra Idossou

Activiste sociale

Promotion Kouleurs d’Afrik

 

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