Hygiène et cadre de vie au Bénin: Un « secret de couvent » à Guézin, selon une enquête

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Une enquête réalisée par Banouto expose les réalités liées à l’hygiène et au cadre de vie des populations des villages lacustres de Guézin et Sô-Ava. Cette enquête réalisée dans le cadre du projet « Enquêtes sur les droits sociaux au Bénin en 2021:cas de l’eau et la santé », financé par la Fondation Friedrich Ebert (Fes) et piloté par Banouto dans un partenariat avec Matin Libre, La Météo, Daabaaru et Odd TV, révèle comment, en absence de latrines et de dépotoirs, les populations se soulagent dans ces localités…

 

« Diarrhée, choléra, paludisme, infections gastro-intestinales… Au Bénin, le manque d’hygiène fait des dégâts. Dans les villages lacustres et semi-lacustres comme Guézin et Sô-Ava où les infrastructures pour l’assainissement et l’hygiène de base font défaut, les populations se sentent abandonnées » constate Olivier Ribouis, auteur de l’enquête. De son travail de terrain, il ressort qu’en absence de latrines et de dépotoirs, les ordures et les matières fécales vont dans le lac. « Innocent a environ 10 ans. Par cette fin de matinée du mardi 07 septembre, c’est le moment pour lui de se libérer du trop-plein dans son ventre.  Il s’avance sur des planches superposées en guise de passerelle menant à des cachettes érigées en latrines avec ouverture sur le lac. Courbé sur ses genoux, la culotte rabaissée, du haut de l’amas de planches prêt à s’écrouler, il envoie de dures déjections s’échouer dans l’eau. Au pied du ponceau, se trouve un tas d’ordures en bordure du lac. C’est là que le petit garçon arrache papier et sachet pour se nettoyer la voie anale avant de remonter sa culotte et disparaître sous le regard imperturbable de quelques jeunes hommes assis à l’ombre de l’auvent d’une maison à moins de quinze mètres du lieu d’aisance à ciel ouvert » illustre le journaliste.  Un fait, qui témoigne combien les habitants de Guézin, végètent dans l’insalubrité. « Verdâtre par endroits, grisâtre par ailleurs, le sol gorgé de flaques d’eau insalubre ; des tas d’ordures près des habitations et du lac, des déjections d’animaux en divagation et un festival de mouches font, d’un quartier à un autre, l’envers du décor subliminal qu’offre la vue de loin de ce village semi-lacustre » révèle l’enquête.

  Le sort des femmes

 interpelle…

« Si pour des enfants comme Innocent, aller au besoin peut se faire en deux, trois, quatre mouvements, pour les adultes, notamment les femmes, c’est une équation difficile à résoudre au quotidien » constate le journaliste. Si dame Kassa Monique confie que les conditions dans lesquelles les femmes vont à la selle relève d’un secret de couvent, elle admet qu’il est difficile pour la femme de vivre dans ces conditions. Comme les enfants, les adultes font leurs besoins dans le lac mais ils doivent se déplacer à une certaine distance des habitations au moyen des canoés. « Des souscriptions volontaires ont été mobilisées avec le soutien d’associations locales de développement pour construire des latrines. L’infrastructure réalisée à plus d’un demi-million de franc CFA n’est plus praticable depuis la dernière crue qui a fait d’énormes dégâts à Guézin au mois de juin 2021 », renseigne l’enquête. Des témoignages, il ressort que les latrines octroyées aux populations de Guézin Donhouinou par deux associations ne sont plus faciles d’accès, le pont y menant étant endommagé.

L’effondrement de la passerelle n’a malheureusement fait qu’accentuer le calvaire des femmes. « Laissez ce côté ! En cas de diarrhée, on est obligé d’user d’un pot pour déféquer. C’est des détails qu’on ne peut pas vous dire. C’est pour ça qu’on vous parle de secret de couvent », a confié une habitante.

Dépourvu de lieux d’aisance, Guézin n’a non plus de dépotoir ou de site de traitement des déchets. Réceptacle de matières fécales, le lac est aussi, le plus souvent, réceptacle d’ordures.  Faute de financement, les campagnes de salubrité initialement prévues pour durer trois ans ont cessé au bout d’une année et chacun s’occupe de sa concession. Lorsqu’elles ne les brûlent pas, ou ne les enfouissent pas dans le sol ou jeter dans le lac, les femmes ont un dépotoir sauvage sur un îlot inhabité appelé Gbadji dans le quartier de Zinkpanou, selon l’enquête.

  Sô-Ava : réalité partagée

« Guézin n’est pas un cas isolé. Des publications et des recherches relatent les cas d’autres villages lacustres à l’instar de Sô-Ava, dans le département de l’Atlantique où « la dégradation de l’environnement affecte la santé avec une incidence directe et négative sur le bien-être humain » comme le souligne l’environnementaliste et journaliste spécialiste des questions d’hygiène et assainissement Fulbert Adjimehossou…Dans la commune relève le jeune chercheur et journaliste, « les modes de gestion des eaux usées, des déchets humains et ménagers ne sont pas sains. ». Dans les villages, rapporte le ministère de la santé dans son annuaire 2020 des statistiques sanitaires, 70,2% des ménages pratiquent la défécation à l’air libre contre 34,8% en milieu urbain » lit-on également. Lire l’intégralité de l’enquête sur www.banouto.bj

A.B

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