Santé: Dans l’univers des agents de santé multitâches

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Une enquête réalisée par Venance Tonongbe du journal La Météo et Samira Zakari de Daabaaru révèle le quotidien des agents de santé multitâches. Des effectifs insuffisants aux agents de santé sans qualification au service des patients, ce travail de terrain réalisé dans le cadre du projet « Enquêtes sur les droits sociaux au Bénin en 2021:cas de l’eau et la santé », financé par la Fondation Friedrich Ebert (Fes) et piloté par Banouto dans un partenariat avec Matin Libre, La Météo, Daabaaru et Odd TV, révèle des conditions de travail dégradées de ces agents de santé…

 

« Effectifs insuffisants, aides-soignantes jouant le rôle de sages-femmes, sans qualification, des heures de travail hors normes physiquement et moralement éprouvantes. Multitâches malgré eux, des agents de santé du public, comme du privé au Bénin, vivent des conditions de travail dégradées, avec in fine des impacts négatifs sur la qualité des soins », renseigne l’enquête. Des témoignages recueillis, il n’est pas rare de voir une infirmière jouer le rôle de sage-femme et d’infirmière à la fois. C’est le cas d’ailleurs d’une responsable d’un centre de santé public de la commune de Ségbana à plus de 500 km de Cotonou.  « L’infirmière, elle, doit se plier en quatre pour être immédiatement disponible et à tout moment pour recevoir tous les patients quelle que soit la nature de la maladie. « Je suis infirmière, je ne suis pas sage-femme. Ce n’est donc pas facile », lâche, debout, les mains aux hanches, celle qui soigne de jour comme de nuit, et dont l’époux et les enfants sont à Parakou, à des dizaines de kilomètres de son lieu de travail » rapporte l’enquête. De même, dans un centre de santé à Kandi, une infirmière se retrouve à jouer le rôle sage-femme et de pédiatre à la fois. Une réalité perceptible également dans les cliniques privées. Le problème de la surcharge de travail ou des agents multitâches n’existe pas donc que dans les hôpitaux ou centres de santé publics. Selon la présente enquête, le manque d’effectif face à la charge de travail et l’inadéquation entre la charge du travail et le profil a des effets néfastes très subtils sur le système sanitaire. Des agents disent être exposés au stress et au mal-être. Selon Adolphe Houssou, syndicaliste et porte-parole du Collectif des syndicats, inutile d’espérer quelque chose de vertueux des agents de santé qui travaillent dans des conditions pénibles. « Aïhounzonon Rosalie Dieunommée épouse Kpadonou, docteur en psychologie clinique et psychopathologie approuve la thèse du déséquilibre psychologique dont pourraient être victimes des agents en situation de surcharge de travail ou des agents multitâches. « Le stress physiologique que l’on remarque chez ces agents se transforme avec le temps en stress pathologique. Par conséquent, on observe des débordements comportementaux, affectifs et émotionnels. Souvent, nous observons que la personne est agressive et ne répond pas aux exigences professionnelles », explique la spécialiste. « Il y a une sorte de dépersonnalisation qui, sur le plan relationnel, crée d’énormes dégâts. La personne qui devrait rester calme, écouter et répondre aux besoins de ses patients, à la moindre situation, elle devient agressive verbalement voire physiquement », ajoute-t-elle » peut-on également lire.

Vie de famille des agents multitâches…

Souvent indisponibles dans leur ménage faute de disponibilité sur leur lieu de travail, ces agents de santé font face à des réalités parfois déplorables dans leur vie conjugale. Des divorces aux disputes sans oublier l’incapacité d’assumer des responsabilités conjugales, ces agents paient cher pour la surcharge des heures de travail dans les hôpitaux ou cliniques privées. « Même si la plupart des professionnels de santé concernés se résignent, la psychologue clinicienne souligne que « lorsque l’agent débordé rentre à la maison, il ne peut pas nourrir ses enfants ni son conjoint ou sa conjointe sur le plan affectif, et cela engendre des conflits relationnels avec des conséquences dramatiques » » lit-on. « Au moment où cette enquête se déroulait dans le mois d’août 2021, l’Etat béninois s’apprêtait à déployer sur l’ensemble du territoire, 1 600 agents nouvellement recrutés au profit du secteur de la santé. Certes, ces agents combleront un peu le besoin en personnel qualifié, mais le bout du tunnel n’est pas pour demain. Selon Jacques Kassavi, secrétaire général du syndicat national des administrateurs et assimilés du ministère de la santé, rien ne garantit que les nouveaux agents recrutés soient déployés équitablement sur le terrain. Pour lui, le fait que l’État n’a pas procédé à un recrutement sur poste ouvre la porte à toutes sortes de pression. Certains agents pourraient ne pas vouloir servir là où l’État les enverrait. La pratique constituerait à faire intervenir des “parrains” dans le processus du déploiement des agents pour ne pas aller trop loin de Cotonou ou des grandes villes au détriment des milieux où le besoin en personnel de santé est pressant » renseigne l’enquête.

A.B

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