Messe d’enlèvement de deuil pour Vincent Foly: L’homélie du Père Arnaud Eric Aguénounon

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Décédé de la Covid 19, le 03 septembre 2021, le promoteur et directeur de publication du quotidien béninois “la Nouvelle Tribune” a été inhumé dans le strict protocole sanitaire imposé, et ce sans aucune célébration eucharistique. Trois mois après, et sur décision prise par ses enfants, la veuve et les parents, une messe d’enlèvement de deuil pour le repos de l’âme de Vincent Foly a lieu à Cotonou ce samedi 18 décembre 2021. A cette occasion, l’Abbé Arnaud Eric Aguénounon a fait une homélie qui a touché plus d’un.

MESSE D’ENLEVEMENT DE DEUIL DE VINCENT FOLY

HOMELIE

Madame Emma Clotilde Foly,

Vous chers Christelle, Euloge, Gildas et Princesse,

Vous membres de la famille Foly, et des familles alliées et amies,

Mesdames et Messieurs les promoteurs et dirigeants de groupes et organes de presse ici présents,

Mesdames et Messieurs les journalistes et communicateurs,

Chers amis de la Nouvelle Tribune,

Et vous Mesdames et Messieurs en vos grades et rangs respectifs,

L’évangile des Béatitudes que nous venons d’entendre est l’une des plus belles pages du Nouveau Testament de la Bible. Elle constitue une magnifique introduction poétique au discours de Jésus sur la montagne en Mathieu 5. Huit béatitudes qui cristallisent l’attention des disciples sur les déterminants de la sainteté. La sainteté, étant la téléologie de toute vie chrétienne, mobilise le chrétien des entrailles de sa mère, passant par les réalités heureuses et malheureuses de la vie vécue jusqu’à la mort physique. La sainteté est en ce sens la première vocation chrétienne parce que reposant sur le mystère de la vie et de la mort. Jésus, à travers le discours sur la montagne éveille l’esprit des disciples, et le nôtre, sur la dynamique et les enjeux pratiques de la sainteté. La suite du chapitre 5 de l’Evangile de Saint Mathieu, avec les béatitudes bien entendu, est une véritable réflexion éthique, pastorale, spirituelle et théologique pouvant constituer un sérieux vade-mecum pour chacun de nous. Si nous étions profondément et concrètement chrétiens, nous donnerions, à coup sûr, un visage plus humain à la société béninoise car il ne suffit pas d’avoir une belle cité de pierres pour être heureux, mais il faudrait davantage constituer une magnifique cité humaine véritable habitante, intendante et gardienne de la cité de pierres. L’un d’entre nous, un homme, hors du commun, a compris très tôt, depuis sa vie ivoirienne et enseignante qu’il fallait s’engager, se sacrifier afin qu’advienne cette cité à visage humain. Il est passé au milieu de nous en donnant le meilleur de lui-même pour la cause du bien commun en mettant de côté, bien évidemment dans les limites de sa personne, l’intérêt personnel. Il s’appelait Vincent Foly. Le prénom Vincent est marqué par les qualités d’excellent communicant et d’une grande capacité d’adaptation aux personnes qu’elles soient souples ou difficiles. Et ce Vincent porte un nom, Foly. La folie de vivre pour le bien et de lutter pour la justice. Vincent Foly fut mon Professeur au collège catholique Père Aupiais (1996-1997), mon grand ami et mon Directeur de publication bien plus tard.

Le 3 septembre 2021, l’information du tragique et surprenant décès du DP Vincent Foly est partie comme une douteuse information à vérifier et à certifier exactement comme dans le cas de la mort d’un grand général d’armée rompu aux multiples théâtres de guerre. En effet, cette analogie illustrative n’est pas fausse car Vincent Foly, de bout en bout, fut tour à tour Lieutenant, Capitaine, Commandant, Lieutenant-colonel, Colonel et Général. Il a pris part à tous les combats citoyens, en particulier les combats de sens, de la liberté et de la démocratie. Sans me tromper ou sans exagérer, je peux dire, toute proportion gardée, qu’il constitue à lui seul le combat, le combattant et l’objet du combat. Dans sa chair, dans ses œuvres, il a été gravement éprouvé et il a pris la mesure du combat à mener chaque jour et chaque instant. Il avait essentiellement trois armes : sa stature, sa plume et sa verve.

Sa stature :

Grand de taille, élégant, fascinant, déterminé, humain, convivial, amical, sociable, fraternel, blagueur, taquin, parfois rugueux et tranché, bon débateur et homme pratique à la fois, il connaissait toute la classe politique et il possédait un carnet d’adresses incroyable. Il était un journaliste éditorialiste de grande réputation et d’excellente facture. Les multiples témoignages qui affluent le concernant en disent à suffisance sur la carrure de sa personnalité et la générosité de sa grandeur d’âme. Il se donnait le devoir d’être présent à ses amis, à ses connaissances à l’occasion des moments de joie comme des moments difficiles. Dans sa vision de l’homme et de la société, il prenait l’option préférentielle pour la justice. Combattre l’injustice sous toutes ces formes en vue de la consolidation de la paix. Au nom de la justice, il tenait à avoir ce qui lui revenait de droit, il luttait lorsque la cause était juste et capitale. Vincent Foly ne se définit pas dans l’illusion, dans l’illusoire, dans l’inutilité. Il se définit clairement et sans ambages comme artisan de justice et de paix. Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu ! Heureux les persécutés pour la justice, car le Royaume des Cieux est à eux ! Ces deux béatitudes caractérisent « miséricordieusement » la vie, l’œuvre et le combat de Vincent Foly.

Le DP Vincent Foly n’était pas uniquement tourné vers la cité, mais il était aussi orienté vers la famille, sa petite famille. De ma petite, mais intense, expérience avec lui, je note avec émotion son amour pour sa famille et pour ses enfants. Avec joie il travaillait avec ses enfants et les soutenait assidûment. Appréciant mon engagement d’écrivain et respectant mon statut, il n’hésitait pas à me parler ouvertement, dans la mesure du possible, à me demander conseils. De la même manière, il était pour moi un aîné remarquable, un ami fidèle, un conseiller bien avisé et un bon Directeur de publication. Vincent Foly publiait spontanément mes textes et avait fait de moi un collaborateur externe, mais surtout un fils. Paradoxalement, il n’aimait pas que je lui dise que je suis son fils… Il me disait avec un ton sérieux de ne pas le vieillir, que j’étais plutôt son ami. Voilà l’esprit Vincent Foly, il se faisait proche des plus jeunes et il partageait généreusement son savoir, son savoir-faire, ses relations et sa joie de vivre.

Sa plume :

Vincent Foly ne publiait pas un article sans preuve, sans source, et il croisait les sources, les informations, les analysait tout en prenant du recul. Il aimait beaucoup les réflexions, les analyses, et les articles d’investigations. Il donnait de la voix à plusieurs intellectuels dans son journal en assumant la responsabilité des textes publiés. En tant qu’Editorialiste, il avait une plume avisée, alerte, engagée. Tous les sujets de société l’intéressaient. Sa ligne éditoriale reste la critique intellectuelle des puissants, des gouvernants, en défendant le peuple dans un esprit critique objectif. Pour lui, il n’était pas question d’être un laudateur invétéré ou d’être un suppôt de tout pouvoir politique, parce qu’il tenait à conserver sa liberté de penser. Ainsi, il a incarné quelques traits évangéliques du christianisme prophétique qui consiste à annoncer le bien et à dénoncer le mal social.

Sa verve :

A travers ses émissions, on pouvait lire ses fortes convictions, son engagement, sa fermeté et ses analyses. En général dans l’opinion, Vincent Foly sur un plateau de télévision était suivi avec délice. Il ne mâchait pas ses mots et faisait preuve d’intrépidité, surtout ces dernières années. Après chaque émission, il tenait à recevoir mes vives remarques, celles de ses interlocuteurs, et non des vives félicitations.

Maintenant qu’il a quitté ce monde nous avons perdu, en sa personne, un trésor inestimable. Dans la foi, je sais qu’il continue de nous accompagner depuis les demeures éternelles, j’ai la conviction qu’il vit dans le cœur de chacun de nous, surtout dans le cœur de toute personne éprise de justice et de paix. Je crois que la Nouvelle Tribune continuera de vivre, je crois en un label Vincent Foly.

Désormais Vincent Foly poursuit sa marche dans l’intemporalité, et, dans l’invisible, il continue de nous accompagner au cœur de l’indispensable combat de la vie.

Chère maman Emma Clotilde, revêtez désormais la robe de l’espérance, ne pleurez plus, ne vous questionnez plus. Le Seigneur Jésus, notre miséricorde, est votre consolation, qu’Il vous montre son visage d’amour. Qu’Il guide également Christelle, Euloge, Gildas et Princesse en leur donnant la grâce de pérenniser l’héritage immatériel de leur feu père, Vincent Foly !

Amen !

Cotonou, le samedi 18 décembre 2021

Abbé Arnaud Eric AGUENOUNON

Philosophe politique

Ecrivain-Essayiste

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