Ousainou Darboe: L’éternel opposant gambien

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(Agence Ecofin) – Ce samedi 4 décembre, les Gambiens se dirigeront vers les urnes pour choisir un nouveau président. L’occasion pour le président sortant d’affronter Ousainou Darboe, son principal opposant, mais également celui de son prédécesseur.

 

A Banjul, les Gambiens sont partagés entre la joie de célébrer la première élection sans Yahya Jammeh, depuis 1994, et l’angoisse créée par l’incertitude sur le futur du pays. Le 4 décembre prochain, Adama Barrow, président-surprise en 2016, affronte 5 candidats, dont l’opposant Ousainou Darboe, son ancien vice-président.

Proches au début du mandat du président en exercice, les relations entre les deux hommes se sont dégradées. Opposant historique de Yahya Jammeh, il mène désormais la fronde contre un président qui l’appelait encore il y a quelques années « son père en politique ».

48 premières années loin de la politique

Né le 8 août 1948 à Bansang, dans la Lower River Region, Ousainou Darboe a été le témoin d’évènements marquants de la vie politique gambienne. Pourtant, sa carrière a failli le garder loin de ses terres. En effet, le natif de Bansang a dû partir pour le Nigeria, après avoir obtenu une bourse du Commonwealth pour étudier le droit. Il finit par obtenir son diplôme à l’université de Lagos après avoir suivi l’entièreté de ses études primaires et secondaires dans son pays.

Une fois son diplôme obtenu, c’est au Nigeria qu’Ousainou Darboe fait ses premiers pas en tant qu’avocat, avant d’être admis au barreau gambien en 1973, année de son retour au pays natal. Il y fait ses débuts professionnels au cabinet du procureur général avant de démissionner, en 1980, pour créer son propre cabinet d’avocats. Jusque-là, il ne manifeste aucune ambition politique. En 1994, il vit très mal le coup d’Etat militaire qui amène Yahya Jammeh au pouvoir. Deux années plus tard, il décide d’entrer en politique et fonde le Parti démocratique unifié (UDP).

Echecs successifs aux présidentielles

Ousainou Darboe se présente à l’élection présidentielle de septembre 1996, la première après le coup d’Etat militaire de 1994. Il la perd contre Yahya Jammeh. L’histoire se répètera en 2001, en 2006, puis en 2011. Ses partisans ont beau crier à la fraude, Ousainou Darboe n’arrive jamais à battre Yahya Jammeh et devient son principal opposant.

Mais en 2016, les choses sont différentes. Yahya Jammeh sent-il son pouvoir s’essouffler au point de décider d’écarter Ousainou Darboe ? Quoi qu’il en soit, en avril 2016, lors d’une manifestation demandant la libération d’Ebrima Solo Sandeng, secrétaire national à l’organisation de l’UDP, Ousmane Darboe est arrêté. Il ne sera remis en liberté qu’après l’élection présidentielle de décembre 2016.

En prison, il apprend avec surprise la victoire d’Adama Barrow, le candidat de l’UDP en son absence. Après sa sortie de prison, Ousainou Darboe est nommé ministre des Affaires étrangères par le nouveau président qui l’évoque comme « son père en politique ».

Mais la lune de miel entre Adama Barrow et l’historique opposant de Yahya Jammeh ne dure guère. En 2018, craignant l’influence d’Ousainou Darboe, Adama Barrow lui retire le portefeuille des Affaires étrangères pour lui confier celui de la Condition féminine. Mais pour le président, Darboe reste toujours une menace majeure. Il est alors éjecté du gouvernement et doit se consoler avec un fauteuil de vice-président, loin désormais des principaux cercles de décision de l’action publique. A partir de ce moment, la relation entre les deux hommes s’envenime. En 2019, Adama Barrow le limoge de son poste de vice-président et se sépare de plusieurs ministres de l’UDP. Le parti soupçonne l’homme fort de la Gambie de vouloir créer un autre parti politique pour sa candidature aux élections de 2021.

Finalement, le président coupe définitivement les ponts avec l’UDP pour se rapprocher du parti de Yahya Jammeh. « Barrow a utilisé mon nom pour conquérir le cœur des Gambiens et détrôner Jammeh », explique Ousainou Darboe qui entre en guerre ouverte contre lui.

Election à haut risque

Aujourd’hui, Ousainou Darboe voit en Adama Barrow un autre Yahya Jammeh. « La prévarication ne s’est jamais aussi bien portée en Gambie que sous son magistère. Même Jammeh n’a pas fait pire : le secteur de la santé est à genoux, l’école exsangue. Le pays a régressé dans tous les domaines », critique l’opposant. Pour lui, le scrutin du 4 décembre est à la fois l’occasion de vaincre son nouveau rival, mais également de réparer une erreur de l’histoire. Selon plusieurs proches de l’opposant, s’il n’avait pas été en prison au moment de l Réélu secrétaire général de l’UDP en 2018, l’opposant compte se servir de la majorité absolue de son parti à l’Assemblée nationale. Mais c’était sans compter sur un retour en scène de Yahya Jammeh. L’ancien dictateur s’est prononcé, ces dernières semaines, sur la gestion de son successeur, lors de ces 5 dernières années.  « Adama Barrow a détruit tout ce que j’ai construit », a déclaré l’ancien président gambien qui s’est rapproché de Mammah Kandeh, un autre candidat et opposant au régime d’Adama Barrow.

Yahya Jammeh intervient même par téléphone dans les meetings de ce candidat. De quoi installer une ambiance électrique avant le scrutin de ce samedi qui pourrait confirmer ou infirmer le statut de « démocratie » acquis par la Gambie.

 

Servan Ahougnon

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