Mode: Jerry Sinclair, cette fierté béninoise qui habille les célébrités africaines

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On l’a connu journaliste sportif avec des commentaires claironnés. Il a ensuite réussi brillament son passage dans les télécoms et la banque. Promoteur de mode aujourd’hui, Jerry Sinclair sait affronter le risque pour mieux le rendre structurant. Jusqu’ici habilleur de grands noms, il franchi un nouveau pas : habiller les acteurs de la célèbre maison de production Marodi TV sur les séries Maîtresse d’un homme Marié, Impact et Karma. Retour sur un parcours, son parcours.

 

Dans sa parution numéro 21, le magazine panafricain de Showbiz Blue Life informe ses lecteurs de la signature d’un contrat entre la marque béninoise Jerry Sinclair Bespoke et la maison sénégalaise de production Marodi TV. Le premier devient l’habilleur des acteurs de leurs séries à succès. “Un contrat en or » dit le magazine mais auquel Jerry Sinclair répond de façon modeste : “C’est une preuve de reconnaissance du travail que nous faisons. Notre ambition est de faire rayonner le Bénin et nous y mettons toute notre énergie”.Sauf que dans ces propos, il manque du Jerry. Celui-là même qui aime tenir le rôle du gandin à des occasions précises. Qui ne se laisse intimider par quiconque. De même, en plus de savoir ménager sa monture, il sait en changer le cap au milieu du gué et va vers son risque. Mais, il est aussi de la race de ceux qui redoutent leur patronyme. A moins que ce ne soit dû à une blessure jamais cicatrisée : « Je m’appelle Jerry Sinclair AGUENOUKOUN. Mais c’est pour des raisons très personnelles que je décide parfois de faire l’impasse sur ce patronyme. ». Il avait même choisi de rectifier cet état civil. Dehors, dedans ? Jerry Sinclair a l’apparence d’un passeur d’entre deux mondes. D’un côté, il tient la rampe pour la restauration d’un style africain contemporain. D’un autre, il est du giron des anticonformistes et qui pensent que l’Afrique mérite mieux que cette avalanche de couleurs qu’on lui assigne. D’un côté, il connut un passage plus ou moins feutré, mais réel dans l’empire de la finance béninoise. Et de l’autre, témoin direct de l’arrivée des premiers opérateurs de téléphonie mobile et de leur évolution. Sans oublier qu’en plus d’avoir été journaliste de profession, il est également un acteur majeur du show-business de ces quinze (15) dernières années. En tout cas, Jerry Sinclair est de cette jeunesse consciente qui a choisi de lever très tôt l’ancre et de tronçonner en toute résilience les amarres qui l’auraient empêché de rêver et d’affronter les nombreux challenges sur le cheminement. « Je me définis comme un gros rêveur qui veut être dans l’action. Je suis dans l’envie d’essayer constamment des choses », dit-il pour expliquer cette insatisfaction professionnelle et perpétuelle qui à première vue, lui colle à la peau. Bien évidemment, pour ce garçon devenu orphelin de père à l’âge de trois (03) mois, la vie n’est pas un poème, encore moins une tarte à la crème. Mais une aventure enveloppante et fleurie, mais parfois risquée et toujours délicate.

 Des « excès de liberté », mais des rêves accomplis

  1. Malgré une adolescence agitée et prêtant presque flanc à « quelques excès de liberté », il décroche son baccalauréat après deux tentatives infructueuses. Derrière lui, l’insouciance d’une enfance modeste et heureuse, le rêve d’être footballeur mais très vite dévié par la tutelle d’une mère protectrice et très ouverte, les vices et les caprices du collège mais aussi le souvenir d’une année entière auprès de sa grand-mère maternelle qui souffrait d’un cancer du sein.

Au côté de l’ancien et célèbre journaliste feu François Mensah, il rentre à Radio Tokpa où il tiendra son office de journaliste, de reporter sportif et animateur de plusieurs émissions. Et très tôt, sa prédisposition ajoutée à sa passion pour le métier l’a propulsé dans le cœur des auditeurs de cette radio. Certes, sur les ondes, sa langue alerte et sa voix tintée de trémolos ne s’adossait pas au classicisme attendri de Ronsard ou à la gaudriole de Rabelais, mais restaient captivantes et maîtrisées.  « Mais la réalité, les médias ne sont pas bien payés dans notre environnement », oppose-t-il. Sa passion s’adoucit alors face à une nouvelle opportunité. Le réseau de téléphonie mobile Areeba recrutait. Le profil recherché était un Bac+3. Jerry Sinclair n’avait pas ce niveau. Après la deuxième année universitaire entamée, il avait renoncé à continuer les études. Soit. Mais il postule et se souvient : « Lors de l’entretien, j’avais pris le soin de dire la vérité au recruteur. Je lui ai dit ne pas avoir un Bac+3 requis mais que je suis venu plutôt lui prouver que je disposais des aptitudes nécessaires pour faire le job ». L’entretien fut réussi. C’est le début d’une aventure dans les télécommunications, un secteur en pleine mutation au Bénin.

 

Ce n’était qu’un rêve et ensuite un parcours

Il entre dans la multinationale en tant que Conseiller Clientèle et franchit très vite les étapes. En quatre (04) années, il est devenu le Responsable en charge de l’implémentation des cellules dédiées pour fournir un traitement personnalisé à des segments spécifiques d’abonnés. Sous ses orientations et instructions, plus de 30 agents de centres d’appels ayant pour mandat d’offrir un soutien de qualité aux clients et en particulier aux VIP, aux Dealers, et aux Marchands Mobile Money. Tour à tour, il est ensuite en charge de l’élaboration des offres (Customer Segment – Middle & High end), de la conception et l’organisation des évènements internes et externes visant à renforcer le positionnement de la marque MTN (Events & Sponsorship).

Yello Summer, le plus grand show des vacances au Bénin pendant des années, les soirées de récompense Apps Challenge , la compétition de développement d’applications mobiles initiée en 2014 pour célébrer les codeurs, HKH Découvertes Talents, le concours de découvertes de jeunes talents sur le festival de musique urbaine HKH. C’est d’ailleurs par ce canal que son implication et sa connaissance du monde culturel ont permis de révéler des stars comme Tyaf ou encore Vano Baby. Chez MTN, Jerry Sinclair était aussi en charge de la planification de la stratégie marketing B2B (BTL & ATL) et de l’identification des nouvelles opportunités d’affaires.  « Quand je rentrais à Areeba devenu MTN plus tard, je me disais que j’avais dix ans à faire et qu’au bout de cette période, je devrais pouvoir passer à autre chose», avait-il prévu. Sauf que cela n’aura pas été possible pour celui qui résume : « Dans la foulée, il y a eu la famille. Dès lors, pour prendre des décisions, on ne pense plus qu’à soi. Je me suis donc résolu à réajuster mes plans avant de faire une transition ».

 

Les télécommunications, la banque et Jerry Sinclair

Bien avant cette transition, le gentleman s’est taillé une réputation d’atypique. « Jerry Sinclair est un vrai baroudeur. Il ne faisait rien pour attirer la lumière mais c’est un vrai combattant qui sait nourrir ses ambitions », détaille un de ses amis. Sans défausse, avec sa prévenance enjouée et lesté de ce sourire régulier, il s’aime bien en baroudeur, en mec qui ne se prend pas la tête et aime l’élégance de la vie : les belles femmes, l’alcool (modérément), l’art, la culture… Il est désormais loin ce garçon qui connut en classe de Première au collège, son premier « vrai ami ». C’était le fils de Anne ADJAI CICA, l’ancienne patronne de la Cellule de Moralisation de la Vie Publique. Avec d’autres compagnons, c’était la descente : quelques addictions, insuffisances de résultats scolaires, les mauvaises notes en conduite, l’expulsion. Aujourd’hui, Jerry Sinclair ne surjoue pas le rôle de l’homme multitâche qu’il est devenu. C’est seulement au fil des incompréhensions en face que son visage se creuse. Il sait se fixer des objectifs et les atteindre, « avec une barre d’aplomb dans la tête » selon une formule de Kersauson. Sa devise : « L’important, c’est d’avoir des rêves et d’être dans le processus de les atteindre pour que l’histoire retienne ton passage ». Alors, il accomplit son désir de rejoindre la banque. « Généralement, c’est le chemin inverse qui est le plus pertinent : partir de la banque pour les télécoms parce qu’avec le dernier, il y a plus d’ouverture, de possibilités et de budget (en tout cas en ce qui concerne le marketing et la com). Mais je n’avais pas autre choix parce que nous sommes dans un environnement où il n’y pas vraiment de grosses boîtes alors que je tenais à soigner mon CV », at-il expliqué. Dans la foulée, il quitte MTN Bénin pour Société Générale du Bénin (SGB). Filiale du groupe Société Générale, cette banque jusqu’en 2018 occupait la troisième place sur 15 banques installées au Bénin avec un capital de 37 milliards de francs CFA au 31 décembre 2019. Installée depuis février 2003 au Bénin, l’entreprise a axé son évolution sur la qualité de la relation client et le renforcement de son positionnement. Débauché de chez MTN, Jerry Sinclair devrait s’occuper de la reconstruction de toutes les stratégies de communication interne et externe appuyées par une démarche éthique et sociale qui permet de valoriser l’image de l’entreprise. Mais l’expérience tourne court. « C’est un mariage qui n’a pas duré. J’ai appris de belles choses mais il y avait une sorte d’incompatibilité entre cette banque et moi…  Et c’est à ce moment que j’ai décidé de me consacrer davantage aux choses que j’aime », a-t-il dit. Le déclic de ce changement de cap lui est venu dans une chambre d’hôtel lors d’un voyage personnel au Cameroun sur invitation de l’influenceuse Nathalie Koah. « Un soir après avoir fini mes routines habituelles, je me suis mis devant le miroir et je me suis posé des questions : Jerry est-ce que tu es épanoui ? Est-ce ce que tu as vraiment envie de faire ? Est-ce qu’il n’est pas temps de prendre de nouveaux risques ? », s’était-il demandé. La réponse à ces questions sera sa démission de Société Générale Bénin une fois rentré. A son épouse et sa mère, surprises par cette décision, il répond : « …Si je n’essaie pas, personne ne saura si cela marche ».

 

Jerry Sinclair, un ovni, un imposteur dans la mode ? 

Plus question alors que l’incertitude du choix à faire danse le tango avec le risque à prendre. C’est décidé : ce sera un métier créatif, la couture et la création de mode. Avec ses économies, il réaménage pour la circonstance les anciens bureaux de la web radio, Radio Waka Waka (première web radio Info & divertissement au Bénin) dont il fut le promoteur. En effet, dans son souci d’innover chaque fois, il créa la première web radio info & divertissement au Bénin. C’est une plateforme d’écoute & téléchargement d’émissions phares de radio FM sous forme de podcast. Elle ne durera que quelques années. Mais le nouveau choix pour la couture était lointain et datait de l’époque où petit garçon, il contemplait la dextérité avec laquelle sa mère faisait les petites retouches (boutons, fermetures, ourlets…), sur certains vêtements. « En grandissant, je me suis rendu compte qu’à part les médias et le monde du show-business, s’il y avait quelque chose qui me passionnait, c’était de créer des vêtements. Je ne sais pas coudre, mais je sais caricaturer des vêtements » détaille Jerry Sinclair. Et depuis lors, du bout de son crayon, sur la machine à coudre, il célèbre les étoffes dans une approche plutôt contemporaine. Sa signature s’impose. La marque Jerry Sinclair est prisée par des personnalités diverses, des maires, des députés, des artistes, des chefs d’entreprise, des peoples, des ministres de la République et même des Chefs d’Etat… Tout cet exploit grâce à une vingtaine de machines modernes, une demie douzaine d’employés permanents et rompus à la tâche et 10 autres temporaires, tout aussi disponibles. Considéré au début par ses autres confrères créateurs de mode comme un ovni, un imposteur, un prétentieux, une grande gueule, sa notoriété progressive a fini par le légitimer. « En vérité, le marché béninois de la couture et de la création de mode est très dynamique mais souffre d’un problème de qualité et il est commun à beaucoup de marchés africains », sourit-il avant de préciser que « les béninois sont exigeants mais pas toujours prêts à payer le prix de la qualité ». Et c’est d’ailleurs à ce niveau que les ateliers Jerry Sinclair nourrissent une vision plus large et novatrice : « Je ne suis pas sûr qu’il y ait suffisamment d’innovations exportables. Les quelques-unes sur place sont parfois folkloriques. C’est difficile de supporter de voir les gens réduire la mode africaine au mix de tissus imprimés dits africains. Mais mon option est que les créations africaines doivent pouvoir s’exporter déjà en Afrique au point de constituer une véritable alternative à certains vêtements occidentaux ». Lui, c’est sa vision. Car, on ne saurait avoir ce parcours, sans qu’il n’en reste quelque chose. Soit : « Il faut beaucoup écouter les autres et faire ses propres expériences. Et faire ses expériences, c’est être dans l’action ».  Car, pour lui, le journalisme est l’envie d’être en contact avec les autres, la banque, c’est l’envie d’expérimenter quelque chose de nouveau, les télécommunications, c’est la découverte d’un nouveau monde au bon moment et la mode, l’envie de mettre en valeur ma fibre créative pour m’épanouir. Des expériences diversifiées pour le presque quarantenaire qui commence à agrandir son entreprise en développant une ligne d’uniformes professionnels : «  L’idée, c’est de mettre en place une vraie plateforme de production des uniformes professionnels. Que ce soit pour l’hôtellerie, la grande distribution, l’armée, les hôpitaux et autres », affirme-t-il. Mais au delà, il s’agit pour Jerry Sinclair d’impacter positivement ses concitoyens. Mais comment ? Toujours est-il que la problématique de la formation des jeunes, de l’emploi, de la valorisation des métiers créatifs, le social et même la politique sont des sujets qui le préoccupent.

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