Bénin/Retour des biens culturels: Urgence de restituer aussi l’Etat de droit et la démocratie

995

Get real time updates directly on you device, subscribe now.

Le mardi 09 novembre, il y avait du beau monde en France pour la cérémonie de restitution des biens culturels pillés par les Français au Dahomey. Ces biens culturels ont foulé ensuite le sol béninois. Une cérémonie grandiose a été organisée pour la circonstance au palais de Marina autour du président de la République, Patrice Talon. Ce fut une belle carte postale nationale. Malheureusement, toute cette ambiance est entachée par une crise sociopolitique provoquée par la gouvernance à la tête du pays depuis 2016, avec à la clé la mort de plusieurs compatriotes, l’emprisonnement d’autres et l’exil pour les plus chanceux.

 

Si le  retour de ces biens culturels est nécessaire et reste une fierté nationale, il est tout de même loin de cacher la grave crise socio-politique qui déchire, depuis plus de 3 ans, le Bénin, berceau de la démocratie en Afrique. En effet, beaucoup de nos compatriotes estiment que le gouvernement de Patrice Talon doit déployer la même énergie pour restituer au peuple béninois  la démocratie et l’Etat de droit en souffrance au Bénin avec ce que d’aucuns qualifient de vassalisation des institutions. Les Béninois et Béninoises sont d’accord pour le retour des trésors culturels, mais ils veulent également vivre dans un État démocratique. Ils rêvent d’un peuple uni.

 À l’issue de l’historique conférence nationale, le rapport général rédigé par le professeur Albert TEVOEDJRE disait : « Vous voulez un État de droit où le pouvoir exécutif, le pouvoir législatif et le pouvoir judiciaire soit clairement séparés. Et voulez une presse libre et responsable. Vous voulez aussi que puissent s’exprimer et fleurir des mouvements associatifs, des coopératives dynamiques et productrices de biens. Vous voulez que les libertés fondamentales soient garanties pour tous et que nul ne s’arroge le droit de chosifier l’autre et de le mettre à genoux. Notre peuple a souffert dans son histoire de la tragédie de l’esclavage et de la condition servile. C’est donc par tragique inculture historique qu’aujourd’hui avec l’aide de spécialistes qui ont fait leur preuve, des nègres se retrouvent torturant et tuant d’autres nègres. C’est par tragique inculture historique que des gouvernements indépendants organisent eux-mêmes la dispersion de leurs peuples à travers le monde…»

Hélas ! Aujourd’hui, le Bénin, qui autrefois s’illustrait fort bien en matière de démocratie a perdu sa couronne sur bien des plans. Le récent rapport de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) sur les demandes d’asile des Béninois en France pour le compte de l’année 2020 est alarmant et interpelle. Ce rapport révèle que 160 Béninois ont demandé l’asile en 2020 dont 3 demandes de réexamen. Sur les 160 demandes, 19 statuts de réfugiés et 8 protections subsidiaires ont été accordés.

Dans une tribune publiée par Le monde, les avocats Ludovic Hennebel, Christophe Bass et François Mazon ont dénoncé amèrement l’arrestation et la détention arbitraires des prisonniers politiques au Bénin. « Dans le pays de l’ancien royaume d’Abomey, une chasse aux sorcières est à l’œuvre. Les opposants politiques, les journalistes, les défenseurs des droits humains et les intellectuels y sont arrêtés, sans mandat, sans motif, et sans juge, et détenus de manière cruelle. Ils n’ont commis ni crime, ni délit, mais ont osé exprimer une opinion dissidente, formuler une critique au régime, ou manifester leur intérêt pour participer activement à la vie politique.»

Ils poursuivent « Le constitutionnaliste Joël Aïvo, professeur à l’Université d’Abomey-Calavi et intellectuel béninois engagé, fut arrêté et continue d’être détenu pour avoir osé exprimer des opinions politiques dissidentes et pour avoir lu à haute voix la Constitution du Bénin, dont il rappelait les garanties. Des opinions et des critiques véhiculées par les médias français, qui ne furent pas du goût du régime justifièrent son arrestation brutale, suivie d’une détention à durée indéterminée, sans charge, sans motif, validés par une institution judiciaire paralysée, asservie et incapable de regagner l’indépendance qui fait sa grandeur». On note également l’arrestation de plusieurs autres opposants notamment l’ancienne Garde des Sceaux et candidate recalée de l’opposition à la présidentielle de 2021, Reckya Madougou.

Les deux avocats invitent alors chaque acteur qu’il soit président, ministre, diplomate, conservateur de musée, journaliste, étudiant, impliqué ou observant les cérémonies de restitution des trésors d’Abomey, à ne pas oublier  « celles et ceux qui chérissent les droits humains et les valeurs de l’Etat de droit et même à les soutenir, et à solliciter, avec tact, force, insistance, la restitution du trésor de l’Etat de droit au Bénin. Cela exige à tout le moins d’organiser un autre type de cérémonie, à laquelle la communauté internationale peut contribuer : la libération des opposants politiques au Bénin.»

 

Comlan Hugues Sossoukpè, Web chroniqueur

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Ce site utilise les cookies pour améliorer votre expérience. Êtes-vous d'accord ? Vous pourrez le désactiver à tout moment. Accepter Lire la suite